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11 novembre 2022 5 11 /11 /novembre /2022 06:01

 

Un an après son élection à la tête du parti travailliste, le bilan de Keir Starmer n'est ni reluisant ni encourageant. Il n'a ni vision, ni programme, ni projet, et il a été jusqu'à présent incapable de réconcilier les différentes factions de son parti (l'aile gauche pro-Corbyn et les modérés pro-Blair). Il n'a pas non plus su tirer profit de la panade dans laquelle se trouvait le parti conservateur.

Le parti travailliste ne s'est toujours pas remis de la victoire du Brexit. Pour contrecarrer les conservateurs qui avaient été la cheville ouvrière de la sortie de l'UE, pour complaire à l'électorat pro-européen des grandes villes, les travaillistes, en compagnie des libéraux, des verts, des nationalistes gallois et écossais, avaient proposé un nouveau référendum en 2019. L'électorat populaire rejeta cette proposition. Des villes tenues par les travaillistes dans le nord de la Grande-Bretagne depuis des dizaines d'années basculèrent du côté conservateurs. Le Labour perdit 6% des électeurs et 60 députés lors des élections législatives de 2019. d'autant qu'il n'avait pas fait oublier la polémique, totalement infondée, sur l'anti-sémitisme de Jeremy Corbyn. Rappelons que parce qu'il était un des  animateurs de la Campagne de solidarité pour la Palestine, Corbyn avait été traité par le Jewish Chronicle de négationniste, de terroriste et d'anti-sémite patenté.

 

D’abord, il fallait faire oublier que les travaillistes avaient désavoué le verdict des urnes en refusant de soutenir le Brexit. Pour se démarquer des conservateurs défendant un Brexit dur et capter l’électorat pro-européen des grandes métropoles, le parti avait en effet proposé un nouveau référendum aux électeurs en 2019. Un positionnement rejeté par l’électorat populaire, que le parti considérait comme lui étant acquis. Nombre de bastions historiques du Labour dans le nord de l’Angleterre basculèrent en faveur des conservateurs, menant les travaillistes à leur pire défaite depuis 1935.

 

Rapidement, Starmer s'est attaqué à la gauche de son parti. Il força Rebecca Long-Bailey (fille de docker, élue d'une circonscription ouvrière) à démissionner de son poste de ministre du cabinet fantôme. Elle avait, elle aussi été accusée d'antisémitisme. Elle avait partagé une interview de l'actrice Maxine Peake (ancienne membre du Parti communiste, avocate des services publics) dans laquelle elle comparait la technique policière du genou sur la nuque, responsable de la mort de George Floyd, à une technique des services de renseignement israéliens. Puis Starmer s'en est pris à Corbyn. Il lui reprocha d'avoir déclaré qu'une posture antisémite existait chez les travaillistes et lui retira sa carte de membre, que Corbyn récupéra après des réactions outrées des syndicats et de nombreux militants grâce au Comité national exécutif. 10% des membres de base du parti ne renouvelèrent pas leur adhésion après ce fâcheux incident. Le syndicat Unite (3 millions d'adhérents), proche de Corbyn, a fortement diminué sa contribution financière au parti (depuis sa création, le parti travailliste dépend largement des aides financières des syndicats). Peu de temps après, Richard Leonard, un autre proche de Corbyn fut expulsé du parti après une visioconférence où d'importants donateurs du Labour avaient demandé son départ.

 

Á cause de son manque d'ambition et de positionnement clair sur l'échiquier politique, le parti travailliste de Starmer ne gêne en rien la gestion des conservateurs. Il a refusé de soutenir les étudiants qui demandaient une baisse des frais de scolarité désormais faramineux et des loyers des résidences universitaires. Ces tuition fees avaient été introduits en 1998 par le gouvernement d'Anthony Blair. Ils sont d'environ 9 000 livres pour les étudiants britanniques et varient de 10 à 70 000 livres pour les étrangers non-européens. Une chambre d'étudiant coûte une centaine de livres par semaine en Irlande du Nord. Le double à Londres. Mais là où l'ancien avocat des droits humains Starmer a vraiment surpris, c'est quand il a demandé à son parti de s'abstenir lors du vote de la loi sur les agents de renseignement (“ Spy Cops Bill ”) qui accorde l'immunité aux espions commettant des actes criminels en mission.

 

Il n'y a plus de programme du parti travailliste mais mais des “ focus groups ” (groupe de recherche qualitative) qui, au coup par coup, sont chargés de réagir à l'agenda gouvernemental. Starmer : un nouveau Hollande ? Oui, parce qu'à force de reniements, de compromis et de compromissions, le parti travailliste est en train de perdre son aile gauche sans rien gagner au centre ou à droite.

Connaissez-vous Keir Starmer, le François Hollande britannique ?
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commentaires

A
Des nouvelles rassurantes au sujet de la pension de retraites des premiers ministres britanniques qui veillent justement à réduire celle du vulgum pecus du royaume : https://www.lepoint.fr/monde/royaume-uni-la-retraite-doree-de-liz-truss-fait-grincer-des-dents-22-10-2022-2494868_24.php
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A
Starmer/Hollande : une comparaison accablante ! Nous sommes en 2022 et, aujourd'hui, le 11 novembre qui rappelle l'armistice de la première guerre mondiale : anniversaire qui n'est pas sans évoquer un vingtième siècle atroce où tout a commencé à Sarajevo ! Deux guerres mondiales quand même et des millions de morts ! Nous avons tous un arrière grand-père qui en a payé le prix ! <br /> <br /> Je me répète et vous prie de m'en excuser : l'Histoire, qui paraît-il ne se répète pas, a de terribles similitudes : 1914, 1940... (sans évoquer l'Indochine ou l'Algérie). Aujourd'hui, encore, grâce à des politiques plus préoccupés par leur carrière et leur petite personne, n'y a-t-il pas comme un relent de répétition ! " Comme un p'tit coquelicot mon âme/ un tout p'tit coquelicot ". (1953)<br /> <br /> 11 novembre 1918 :<br /> <br /> " Nous sommes les morts. Il y a quelques jours,<br /> nous vivions, sentions l'aube, voyions briller le coucher du soleil,<br /> aimions et étions aimés, et maintenant nous gisons<br /> dans les champs de Flandre. " <br /> <br /> " Dans les champs de Flandre " (John McCrae)
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