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26 octobre 2022 3 26 /10 /octobre /2022 05:01

Autres temps, autres mœurs : à l’époque de la guerre froide, quand le monde était divisé en deux camps, Jean-Paul Sartre pensait que « tout anticommuniste [était] un chien ». En 1961, il écrira, dans sa revue Les Temps modernes, à l’occasion de la mort de Merleau-Ponty, « Les derniers liens furent brisés, ma vision fut transformée : un anticommuniste est un chien, je ne sors pas de là, je n’en sortirai plus jamais. […] Au nom des principes qu’elle m’avait inculqués, au nom de son humanisme et de ses “ humanités ”, au nom de la liberté, de l’égalité, de la fraternité, je vouai à la bourgeoisie une haine qui ne finira qu’avec moi. »

 

Le jugement péremptoire de Sartre datait de l’après-guerre, à un moment où, lui-même, cherchait une nouvelle voie politique. Il s’estimait marxiste, soutenait la cause communiste sans pour autant adhérer au Parti communiste. Il cherchait une troisième voie dans un refus sans concessions du capitalisme et du stalinisme. Ce qui ne l’empêcha pas, bien au contraire, de soutenir Richard Wright, écrivain étasunien métis (noir, blanc, indien), auteur de l’immortel Black Boy, ancien membre du Parti communiste des États-Unis, exilé en France en 1946, pays dont il demandera et obtiendra la nationalité.

 

Il y a quelques années, Jean Ortiz, militant communiste bien connu dans les Pyrénées, rapportait cette anecdote : « J’ai sur ma table de travail, tamponné Secret, une Liste S du département des Basse-Pyrénées du 8 septembre 1943. La liste fut établie par le régime pro-nazi de Vichy. La plupart des militants y sont fliqués “ terroristes ”, “ subversifs ”, avec une grande précision. On y trouve 62 noms : tous des communistes, excepté deux sympathisants, et un “ ex ”. Cela, un anti-communiste ne le comprendra jamais. »

 

Récemment, France 5 nous a proposé un entretien enregistré en 2006, où Simone Veil racontait sa déportation à Auschwitz à l’âge de 16 ans. Bouleversant, son témoignage était tout en pudeur : sur son tatouage, la faim, le froid et, par-dessus tout, l’humiliation. Mais en un seul moment, elle se lâcha quand elle raconta ses rapports avec les déportées communistes. On retrouva alors la grande bourgeoise viscéralement de droite. De son point de vue – et elle avait raison – elle était là parce qu’elle était juive tandis que les autres avaient été déportée parce qu’elles étaient communistes. Soixante après, elle se percevait toujours comme innocente car elle n’avait rien fait alors que les communistes étaient coupables parce qu’elles avaient agi, ce qu’elle leur avait dit sans aménité. Á ce moment précis du film, sa parole choquait car elle était la plus violente du récit : elle critiquait de manière plus acerbe ces militantes – qui avaient eu la malchance de se faire prendre – que les kapos et les officiers qui leur imposaient une schlague ignoble et les tuaient à petit feu.

L'anticommunisme de Simone Veil
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commentaires

A
Je n'ai jamais adhéré aux louanges unanimes dont bénéficiait Simone Veil. Depuis le début. Quand elle est apparue sur la scène politique lors de sa nomination. Un ministre est par définition comptable non seulement de son ministère mais aussi de toutes les décisions du gouvernement dont il est un des membres. Il adhère par avance à sa philosophie. Par conséquent nommée par Giscard, elle ne pouvait être que dans sa ligne politique, économique et sociale.<br /> La grande arnaque c'est qu'elle a bénéficié de circonstances, de confusion et surtout d'une image lisse et même progressiste en raison de la mauvaise publicité que lui ont fait d'autres plus réactionnaires qu'elle.<br /> D'abord il y a les circonstances ou plutôt le sort ou mieux le choix de Giscard de lui attribuer la charge de la loi sur l'IVG alors que François Giroud par ses combats en avait logiquement une plus grande légitimité d'autant qu'elle était secrétaire à la Condition féminine. Qu'en serait-il d'elle si Giscard avait choisi Giroud ? En passant et bien que n'étant porté à une grande sympathie pour Giscard, il me semble que le bénéfice politique de ce choix devrait lui être attribué en premier. On retrouve d'ailleurs cette logique concernant l' abolition de la peine de mort pour laquelle tout le mérite revient à Badinter en oubliant que le maître d'œuvre est Mitterand, Badinter étant si on peut dire le maître d'ouvrage.<br /> Ensuite il y a en permanence un aller-retour confusionnel entre son martyr et son parcours politique qui est résumé dans la loi IVG. Son martyr est un fait qui tétanise toute analyse critique du parcours politique qui a suivi. Cette confusion a été cultivée et poussée jusqu'aux extrêmes et dont la manifestation la plus éclatante a été sa panthéonanisation. On a pu ainsi entendre à ce moment un chœur rue Soufflot chanter Nuit et Brouillard de Ferrat - moment terriblement beau et émouvant - mais dont la justification n'était pas plus avérée que pour tout autre parmi les millions d'autres martyrs du nazisme. Mais pire encore, cette panthéonisation n'a pu avoir lieu que parce que Macron a accepté les exigeantes des fils qui ont conduit à associer l'époux qui avait aucune raison d'en faire partie. <br /> Quant à sa loi IVG ( pardon, je crois l'avoir déjà dit ), elle reste la démonstration éclatante de la différence qui existe entre une loi de gauche et une loi de droite. En effet on oublie sciemment que sa loi n'est qu'une légalisation car elle ne prévoit pas la gratuité. Il faudra attendre décembre 82 et la loi Roudy. On constate par cet exemple la différence qui existe entre une liberté formelle et une liberté réelle. Qu' est une liberté si on ne peut pas pécuniairement en bénéficier ?
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