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15 février 2011 2 15 /02 /février /2011 09:37

masque.jpgL’internet a libéré la parole des citoyens de base, et plus encore leur écrit. C’est une très bonne chose.

Moi qui, depuis 1969, ai toujours signé mes écrits de mon nom, j’ai constaté avec surprise que la grande majorité des internautes écrivants (mais pas écrivains ou journalistes professionnels) signaient d’un pseudonyme. Ce n’est pas par souci de protection : en trois clics, un policier ou un gendarme un peu branché retrouve le signataire de n’importe quelle note. Alors, pourquoi ?

Il convient de mettre en corrélation l’utilisation massive du pseudo avec la manière dont les internautes échangent entre eux. Je cite Martina Charbonnel car je me retrouve assez bien dans ce qu’elle écrit :

 

« Bien des internautes persistent à me vouvoyer alors qu'ils tutoient facilement les autres blogueurs. Parmi les gens qui me disent « vous », certains estiment, peut-être à juste titre, qu'ils ont eu trop peu d'échanges avec moi pour me dire « tu ».

Je n'idéalise pas, pour autant, le tutoiement. On n'est pas forcément amis parce que l'on se dit « tu ». Bien des coups bas s'échangent avec la caution d'un tutoiement facilement acquis, comme si la familiarité autorisait à chercher des poux dans la tête d'une personne que l'on estime connaître suffisamment pour prendre un malin plaisir à la dénigrer. En un sens, mieux vaut encore me dire « vous » et me respecter que de me tutoyer pour m'adresser des vacheries.

 Les blogs permettent-ils de créer des liens plus authentiques, que ceux de la vie quotidienne ? Sans doute, car entrer dans le vif du sujet d'une note permet d'échapper à la superficialité des échanges sur tout et rien. Cette forme de communication n'abolit pas pour autant la distance entre des mondes qui ont peu de chances de se côtoyer.

Avec tout ça, je n'ai rencontré aucun internaute du nouvel obs. Est-ce si important ? »

Cette collègue ressent, comme bien d’autres, les limites des échanges sur la toile. Je dirai que ces limites sont renforcées par l’utilisation du pseudo. Je n’insisterai pas ici sur les insultes que certains anonymes nous envoient avec le courage que permet un faux nom, simplement pour déplorer que les administrateurs des blogs où l’on se fait insulter ne censurent pas les propos ignobles qui nous visent. L’important est que, de même qu’on « visualise » un interlocuteur au téléphone qu’on ne connaît pas, de même qu’on « voit » dans le filigrane de la page de son roman un romancier qu’on n’a même jamais aperçu en photo, on se crée une image d’un pseudo dès lors qu’on a lu sa prose. Et bien sûr, neuf fois sur dix, on fait erreur. Tenez : un intervenant régulier et fort subtil sur nouvelobs a pris comme pseudo une expression médicale que connaissent bien les cardiologues. Pour je ne sais quelle raison, j’ai assimilé ce pseudo à une correspondante, me trompant lourdement. Ce qui signifie que chaque fois que je le lisais, je le recevais en tant que femme, avec des réflexions aussi pertinentes que : « Elle écrit cela, forcément puisque c’est une femme » (existe-t-il une écriture féminine, qu’est-ce qu’une écriture féminine ?, ces questions relèvent d’un autre débat, passionnant au demeurant). J’avais une petite excuse : lorsque je parle, dans la vraie vie, c’est moi – à quelques nuances près – qui produit mon énoncé. Lorsque j’écris – que ce soit de la fiction ou non – c’est ce que j’ai écrit qui, rétroactivement, me constitue en tant qu’énonciateur, d’autant plus fictif que j’ai utilisé un pseudo.

J’essaierai de suggérer dans ce qui suit que le pseudo est le contraire de la modestie, que c’est une expansion de l’ego.

Qui dit pseudo dit clivage, dédoublement. Le pseudo d’Yves Montand était un hommage indirect à une expression que sa mère serinait. Le romancier Jacques Laurent signait ses livres alimentaires, ceux qui visaient au commercial, “ Cécil Saint-Laurent ” et ses livres “ sérieux ” Jacques Laurent. Quand Jean-Jacques Goldman écrivait pour Patricia Kaas ou Florent Pagny, il signait d’un pseudo. Mais il signait de son nom les textes qu’il chantait lui-même. Gilbert Bécaud prit comme pseudo le nom du compagnon de sa mère, qu’il considérait comme son vrai père ; et il fit de son deuxième prénom le premier.

Chacun de ces exemples montre, à sa manière, que nous sommes dans le manque ou dans l’incomplétude. Il y a en permanence, chez tout individu, une béance à obturer, ce que les lacaniens appellent une fente (défense de rire !). Nous nous ressentons comme finis et nous sommes imparfaits, aux sens de non achevés et de non parfaits. Cette imperfection peut être comblée par ce que Rimbaud appelait « l’autre » (quand j’écris, de mon nom ou d’un autre nom, « “ je ” est un autre »). Il y a alors désir d’une ou de plusieurs identifications successives. Attention, un chauffeur routier de 130 kilos qui signe “ Mirabelles ” n’est pas aliéné comme celui qui se prend pour Napoléon. Il y a simplement reconnaissance d’une part de lui-même (qui peut être alimentée par de l’humour au 17è degré) qui l’augmente en tant que sujet.

Méfions-nous des justifications a posteriori. Lorsque Patrick (ou Maurice, selon les sources) Benguigui disserte de manière un peu désinvolte sur son pseudo “ Bruel ” en demandant « Qui voudrait passer pour le fils de Jean Benguigui ? », il botte en touche. Quand Philippe Fragione explique qu’il comprit très tôt qu’il ne ferait pas carrière dans le rap avec son nom et son prénom, et qu’il prit donc le pseudo d’Akhenaton, il ne nous permet pas d’accéder à son vrai désir. Quand Björk Guðmundsdóttir nous dit que son patronyme était trop compliqué pour être gardé, elle nous cache quelque chose de très profond par rapport à son père (son patronyme signifie “ fille de Guðmunds ”). Le problème est-il de même nature pour Charles Aznavour lorsqu'il supprime le “ ian ” de son nom (“ fils de ” en arménien) ? Lorsque Marie-Hélène Gauthier choisit pour pseudo “ Mylène Farmer ”, ce n’est pas uniquement pour des raisons de commercialisation. Bernard Lavilliers s’appelle Oulion. Bon, d’accord, il y avait urgence, mais pourquoi “ Lavilliers ” ? Lorsque Hervé Forneri choisit le nom de scène “ Dick Rivers ”, sait-il que cela peut signifier “ Rivières à Bites ”, en d'autres termes, l'appel du fantasme américain est-il plus fort que tout ? Et Chantal Goya, qui s’est époumonée pour quatre générations de bambins, qu’aurait-elle fait de son vrai nom Chantal de Guerre ? Cela dit, qu’a-t-elle à voir avec “ Goya ” ?

Pour approfondir mon questionnement, je citerai Victor Hugo et George Orwell. Que nous dit celui qui risqua réellement sa vie pour ses écrits ?

« Il vient une certaine heure dans la vie où, l'horizon s'agrandissant sans cesse, un homme se sent trop petit pour continuer à parler en son nom. Il crée alors, poète, philosophe ou penseur, une figure dans laquelle il se personnifie et s'incarne. C'est encore l'homme, mais ce n'est plus le moi. »

Hugo étant ce qu’il était, on comprend fort bien qu’il se soit senti « trop petit ». Orwell pose le même problème, mais en creux :

« On ne peut écrire quoi que ce soit de valable si on ne gomme pas sa propre personnalité ».

L’auteur de 1984 a dit et répété qu’il avait pris un pseudo pour protéger sa famille, pour lui témoigner des égards et pour atténuer ses rapports contradictoires avec la bourgeoisie. Certes, mais le choix du nom d’une petite rivière du Suffolk et d’un prénom à la fois royal et prolétaire n’explique pas tout car il ne fait que renvoyer à la biographie. Idempour Hergé, le père de Tintin, qui descendait, peut-être par les croisées et non les croisés, d’un aristocrate belge.

Le domaine de la littérature offre de nombreux cas de figure. L'œuvre d'Honoré de Balzac pose un problème passionnant, quasiment énigmatique : on passe sans transition de livres médiocres et insignifiants (que Balzac qualifiait lui-même de « cochonnerie littéraire » et qu'il signa de pseudonymes pseudonymisants, “ Lord R'Hoone ”, par exemple) aux Chouans, chef-d'œuvre qui ne sera suivi exclusivement que de chefs-d'œuvre. Honoré Balzac s’aristocratisa en prenant un pseudo crédible au moment précis où il se mit à écrire de la grande littérature.

Nombre d'écrivains ont choisi de signer leurs œuvres d'un pseudonyme, parfois pour des raisons de sécurité : Jean Bruller avait adopté le nom de “ Vercors ” aux Éditions de Minuit (qu’il fonda en 1941) pendant la Seconde Guerre mondiale, tout comme François Mauriac qui publiait sous le nom de “ Forez ”. Les écrivains résistants prirent souvent des noms de région de France comme pseudonyme. Philippe Joyaux dit avoir signé d’un nom de plume (“ Sollers ”) pour préserver sa famille et marquer sa singularité par rapport aux siens. Parce qu’il était Conseiller d’État, Erik Arnoult devint “ Orsenna ” en écriture pour ne pas impliquer sa charge, mais aussi pour assumer une double personnalité. Après avoir utilisé des pseudos ridicules (“ Louis Alexandre Bombet ”, ou “ Anastase de Serpière ”) Henri Beyle, en haine de son père, signa “ Stendhal ” (du nom d’une ville allemande où il avait connu une folle passion). Ces écrivains échappaient clairement à l’état civil. À l’inverse de la comtesse de Ségur (née Rostopchine), fille de l’incendiaire de Moscou lors de l’entrée des troupes de Napoléon : en signant du nom de son mari volage, elle se donna une identité d’écrivain français, elle qui descendait de Genghis Khan.

Il est des pseudos qui n’en sont plus, s’ils l’ont jamais été. Ainsi “ Saint-John Perse ” pour le diplomate Alexis Léger. Il est des pseudos parfaits, tel celui d’“ Antoine Volodine ”, qui n’est pas plus russe que vous ou moi, dont on ne connaît ni le nom, ni le lieu et la date de naissance (il a également signé “ Elli Kronauer ”, “ Manuela Draeger ” et “Lutz Bassmann ”).

Utiliser un pseudo est un geste esthétique qui crée de l’identité et du mystère. L’auteur nous livre un double qui n’est pas totalement lui-même. René Lodge Brabazon avait un état civil peu banal : un prénom français, alors qu’il n’avait aucune racine française, et un patronyme fleurant au plus haut point l’anglicité. Il ne mit jamais les pieds aux États-Unis, mais écrivit des polars inoubliables sous le nom de James Hadley Chase, un dictionnaire de slangétatsunien sur sa table de travail. Sans parler d’un des plus grands mystères – résolu – de la littérature française d’après-guerre : l’écrivain totalement inconnu “ Émile Ajar ” obtenant le Goncourt en 1975 alors qu’il l’avait déjà obtenu en 1956 sous le pseudonyme de Romain Gary. Le romancier avait fait un pied de nez extraordinaire au petit monde germano-pratin, à commencer par cette journaliste littéraire du Monde qui était allée interviewer “ Ajar ” (en fait, un neveu de l'écrivain) à Copenhague. Et pourtant, la clé du mystère crevait les yeux, Gary et Ajar signifiant respectivement en russe “ brûle ” et “ braise ”. Gary s’était peut-être inspiré de la mystification de Prosper Mérimée qui avait inventé la dramaturge espagnole “ Clara Gazul ” dont il avait écrit les neuf pièces de théâtre. “ Gazul ” et “ Ajar ” avaient une dimension ontologique évidente : ils étaient de grands écrivains, donc ils existaient.

De ce même point de vue ontologique, le cas de George Sand est également intéressant : elle prend un prénom masculin pour faire croire qu’elle est un homme (comme la très grande romancière anglaise George Eliot ou comme Madeleine de Scudéry qui signe sous le nom de son frère Georges qui, lui, fait comme si de rien n’était), mais, surtout, elle s’affuble d’un patronyme roturier alors qu’elle est noble. Inversement, Isidore Ducasse se fera passer pour “ Le comte de Lautréamont ”. Paul-Pierre Roux se sanctifiera sous le nom de “ Saint-Paul Roux ”. Pierre Louÿs (en fait Pierre Félix Louis) changera de sexe en se faisant passer pour une femme de l’antiquité grecque (“ Bilitis ”), tout comme Raymond Queneau qui s’inventera en la romancière irlandaise “ Sally Mara ”. Lesbienne, Lucy Schwob prendra un autre patronyme juif que le sien : “ Cahun ”, et un prénom bisexué : “ Claude ”. Georges-Marie Huysmans laissera entendre qu'il est hollandais (“ Joris-Karl ”). Malade, le Suisse Frédéric-Louis Sauser voudra renaître tel un phénix (“ Blaise Cendras ”). Cet expert en mystifications fera croire à Pierre Lazareff, directeur de France-Soir, qu’il avait effectué un grand reportage (fort bien payé) à travers toute la Sibérie alors qu’il était resté dans sa chambre. Lazareff ayant flairé une possible arnaque, Cendras lui répliquera : « L’important n’est pas que j’y sois allé ou pas, l’important est que tu y aies cru. »

Esthétique, ontologique, le pseudo relève d’une démarche concrète qui suit une prise de conscience. Signer d’un pseudo revient à couper l’auteur, l’instance énonciative du producteur social. C’est poser devant le “ je ” biographique un sujet qui n’existe que par l’énoncé, que dans l’énoncé. Raison pour laquelle certains blogueurs, certains intervenants sur internet, sont amenés à utiliser divers pseudos à mesure qu’ils proposent des productions différentes. Rien ne dit, d’ailleurs, que l'on soit moins personnel lorsqu’on utilise un pseudo que quand on signe de son vrai nom : ce que Frédéric Dard signa “ San Antonio ” était tout aussi authentique que ce qu’il signa Frédéric Dard. Ce que permet le pseudo, c’est d’isoler l’acte d’écrire parmi toutes les propriétés qui font qu’un individu s’assume en tant que personne publique. Lorsque Jean Dupont signe “ Tartempion ”, il donne en fait à lire un “ il ” au second degré, un “ il ” retourné, un “ presque moi ”. Le grand critique et théoricien Jean Starobinski disait que lorsqu’un auteur revêt un pseudo, nous nous sentons « défiés » car l’auteur se « refuse à nous » qui voulons savoir. Prendre un pseudo, c’est se créer une « identité imaginaire » (S. Hynes) à laquelle nous, récipiendaires, ne pouvons pas avoir totalement accès.

 

Le pseudo est un masque. Porter un masque (d’écriture ou non), c’est produire un repoussé que l’on affirme, que l’on martèle du dedans et qui nous aide à créer une persona qui n’est autre que l’enveloppe du discours. Julien Gracq disait que Céline (pseudo, prénom de sa grand-mère et de sa mère, hum-hum !) s’était « mis en marche derrière son clairon en vociférant ». Utiliser un pseudo, c’est se mettre en marche derrière son masque. Roland Barthes expliquait que le masque/pseudo n’avait rien d’original puisque tous les écrivains et écrivants s’affublaient d’un masque, ce qu’il appelait « les différentes pelures d’oignon ». Enlevez un masque chez un auteur et vous tomberez sur un autre masque.

Pourquoi ce problème à l’infini ?

Parce que, lorsque nous écrivons, nous mettons en branle au moins trois strates de nous-même. Il y a l’individu, disons « Jean Dupont », puis l’instance narrative (le “ Jean Dupont ” écrivant, distinct de l’individu : il est gai, mais écrit quelque chose de triste) et l’image que “Jean Dupont” veut donner de lui aux gens qui vont le lire. À l’intérieur de ces strates, il y a forcément des sous-strates, tout cela évoluant avec le vent, la pluie, le contexte, les rages de dents etc.

Prendre un pseudo, c’est aussi déplacer le lieu d’où l’on parle. C’est vouloir – sans y parvenir jamais totalement – effacer ou faire oublier ses goûts, ses conceptions, ses manières, son origine, son éducation. C’est le signe d'une volonté de transformation, plus importante que le jeu de cache-cache.

Pour les linguistes (voir Oswald Ducrot, Le dire et le dit), tout locuteur se dédouble en un locuteur en tant que tel (le locuteur considéré du seul point de vue de son activité énonciative) et un locuteur en tant qu'être au monde, en tant qu’un être du monde. Ces deux instances ne doivent pas se dissocier. L’utilisateur du pseudo souhaite donc, non seulement, que l’individu et le producteur ne fassent qu’un, mais aussi que l’énoncé et l’image de l’énonciateur se confondent.

Ça marche plus ou moins…

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commentaires

B
<br /> Suite à mon éviction de la bande défilante de nouvelobs.com, Jacques Richaud, un collaborateur régulier du site Le Grand Soir, a proposé cette forte analyse sur l'utilisation du pseudo sur internet<br /> :<br /> <br /> "PSEUDO MA HONTE MON AMOUR ….<br /> <br /> Salut Bernard, et autres internautes masqués ou pas. La question du pseudo est selon moi d’importance, avec plusieurs approches :<br /> <br /> 1 – Le pseudo de l’artiste ou l’écrivain comme le décrit bien Bernard Gensane dans l’article dont il fournit le lien (1) ne me pose guère de problème. Nom de plume ou nom de scène ; il n’est pas<br /> une dissimulation car la personne physique est connue. Il masque parfois une origine par volonté de ‘francisation’ d’un nom aux consonances ‘pas très catholiques’ comme disent les fachos. Je<br /> m’interdirai de porter une appréciation sur cette démarche personnelle qui vise à se fondre dans le banal en rupture avec son origine… Après tout Patrick Bruel, Christine Angot, Yves Montand ou<br /> Akhenaton ont bien le droit de masquer leurs origines si ils le désirent. Ce sont des personnages publics qui n’aspirent à être reconnus que pour ce qu’ils sont où produisent comme œuvre et tout<br /> procès d’intention sur leur décision serait d’inspiration douteuse.<br /> <br /> 2 – Le pseudo de précaution en des temps troublés ou la le rédacteur risquait d’être embastillé sous l’ancien régime ou déporté pendant la résistance est un acte de ‘guerre’ même si elle se situe<br /> sur un champ littéraire. Le pseudo ne fait ici que compenser un rapport de force asymétrique et défavorable. Celui qui en use se sait exposé aux représailles ou pire en cas d’arrestation. C’est<br /> déjà une forme de clandestinité dans une situation qui l’exige. Vercors et aussi Aragon en ont usé, avant eux Voltaire également qui fut embastillé quand même.<br /> <br /> 3 – Mais notre univers du web, qui coexiste avec d’autres ingrédients de nos technologies débridées ; après ‘second life’, face book et avatars divers de la duplication possible de personnalité<br /> offre un ‘possible’ qui ne correspond à aucune contrainte mais libère un champ nouveau qui ne laisse ni empreinte digitale ni reconnaissance graphologique possible. Le ‘corbeau absolu’ est né, et<br /> j’ai même écrit qu’il pouvait se faire ‘sniper’ ; camouflé derrière une adresse IP qui ne désigne elle-même que la machine, l’arme, qui est identifiable et non son utilisateur. Le ‘masque parfait’<br /> en quelque sorte offert à tous et à toutes et on peut même avec jouer plusieurs rôles. Ce que j’appelle la burqa mentale s’adressait surtout à une catégorie de dénonciateurs qui peuvent se faire<br /> imprécateurs d’une cause, la laïcité contre le voile par exemple, sans mesurer l’énorme contradiction que leur propre anonymat reflète.<br /> <br /> Il y aurait un développement psychanalytique à envisager que je n’aborderai pas ici, mais comme Bernard Gensane je pense que, pas toujours mais parfois, le pseudo est le contraire de la modestie et<br /> une hypertrophie de l’ego. Je ne mets pas sur le même plan celui qui signe mimosa ou souris verte ou celui qui signe Imperator ou modestement Mao tse toung…<br /> <br /> C’est dans le champ du civique et du politique que la pratique m’interpelle le plus, en corrélation avec une évolution sécuritaire forte qui valorise l’idée même de la délation comme un ‘devoir<br /> civique’ déjà encadré par des textes législatifs concernant par exemple les professions médico sociales.<br /> <br /> J’avoue que cette pratique m’irrite, beaucoup, lorsque le forum concerné est un forum d’opinion ‘politique’ ou ‘philosophique’. Dans ces cas l’identification me semble être la condition de la<br /> respectabilité de celui qui s’exprime. Sur un autre site en un temps où l’accès m’était encore possible j’avais ainsi répondu à un ‘camarade’ au discours ferme mais masqué. Ma réponse interpellait<br /> aussi la position du gestionnaire du site toujours en situation de décider ou non la parution d’un propos : « A "J F" qui ose dire qu’il se prétend communiste et que en même temps il exige qu’il<br /> n’y ait "aucune censure" je répond : 1 / Je ne connais pas le parti des communistes anonymes...Et JF c’est de l’anonymat ! 2/ Il est aberrant de demander à un gestionnaire de site d’assumer la<br /> responsabilité de la mise en ligne de propos que leurs auteurs eux-mêmes refusent de signer... La lâcheté serait-elle devenue une vertu révolutionnaire camarade ? Et les banderoles tu les fais<br /> porter par des intérimaires payés à la vacation pour ne pas paraître à la manif ? Et pour la grève tu engages des intermittents pour occuper l’usine à ta place ? Et pour le débat d’idées tu fais<br /> écrire tes textes par un intermédiaire déguisé par un pseudo ? J’ai déjà eu l’occasion d’écrire tout le mal que je pensais de l’anonymat, ou son équivalent par initiales ou pseudo, dans les textes<br /> à prétention "politique"...Tous ceux là contribuent à la dégradation des termes du débat, à la dégradation de la démocratie en sa caricature et sa mise en spectacle parfois sordide...L’anonymat est<br /> la forme suprême de l’individualisme, sa forme masquée, aux antipodes du militantisme...On ne prépare aucun "tous ensemble" dans l’anonymat ! L’anonyme n’est qu’un corbeau même lorsqu’il défend une<br /> cause qui lui semble juste...L’habituation à l’anonymat, pratiqué ou consenti, c’est aussi l’apprentissage de la délation qui précède souvent la collaboration avec le pire...Les lois Perben ont<br /> élevé déjà la délation au rang de vertu...Et nous qui combattons ces dérives ne savons les dénoncer que de façon anonyme ? ...Sarko peut se frotter les mains, les forums nous démontrent combien est<br /> vaste la population déjà disposée à dénoncer son voisin, son compagnon d’hier, son ex-camarade peut-être...Honte à tous ceux là. Fréquentez un peu les sites d’extrême droite et vous verrez la haine<br /> débordante des anonymes et des lâches, auxquels certains ressemblent sans même s’en rendre compte. Courage camarades nous serons heureux de vous connaître avant de vous lire avec plus<br /> d’attention... (Il serait dommage que seuls les RG qui ont accès aux adresses ip de chacun sachent qui vous êtes !) Jacques Richaud – 1er mars 2007 » (2)<br /> <br /> Dire cela semble sans doute ‘brutal’ a beaucoup de ceux qui ne font qu’un usage ‘ludique’ d’un pseudo qui ne fait qu’alléger leur personnalité d’une dimension seulement a demi assumée et sans<br /> aucune malveillance pour autrui. Pour d’autres qui savent qu’ils ne tiendraient jamais dans un face à face les propos tombés sur leurs claviers, chacun peut trouver le qualificatif qui lui semblera<br /> le plus adéquat, certainement pas flatteur ni prometteur d’un monde meilleur.<br /> <br /> Jacques Richaud 20 février 2011<br /> <br /> (1) http://blogbernardgensane.blogs.nou...<br /> <br /> (2) In Le "bon dieu" sans confession 1er mars 2007 - 00h54 - Posté par 90.**.209.*** http://agcs.bellaciao.org/fr/spip.p..."<br /> <br /> <br />
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