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28 juillet 2011 4 28 /07 /juillet /2011 15:24

 

http://iletaitunefoislecole.fr/IMG/jpg/piquet2.jpgOrwell l’a postulé il y a soixante-dix ans : quand on pense dans une autre langue, on pense d'autant plus mal qu'on connaît mal cette autre langue.

La plupart des journalistes français pensent en anglo-américain (en « sabir atlantique », comme disait Étiemble) parce que c’est plus rapide, moins fatigant et aussi, j’imagine, parce que cela doit rapporter plus.

    
 À propos du carnage d’Oslo, ils nous parlent donc d’« attaque ». En lieu et place d’« attentat ».

   
Parfois la langue anglaise est plus riche et plus précise que le français. Souvent, c’est l’inverse. Le mot anglais attack signifie à la fois attaque et attentat. Les deux vocables français n’ont pas le même sens, la même origine et ne sont pas apparus en même temps dans la langue.

   
Je me plonge dans mon Robert préféré. Attaque vient du verbe attaquer, qui vient lui-même de l’italien attacare, qui signifie assaillir, investir par la violence : attacare battaglia (commencer la bataille). Le mot italien attacare vient soit du gothique tacca (entaille), soit de staccare (détacher), du gothique stakha (pieu).

   
Une attaque est donc l’action de commencer le combat, une attaque, une guerre. Le mot s’emploie aussi pour une attaque au football, une attaque verbale, l’attaque d’un acide, l’attaque d’un morceau de musique. Par extension, on a des expressions du style « être d’attaque », c’est-à-dire être prêt à affronter les fatigues.

   
Le verbe attenter a donné attentat, ces deux vocables étant nettement plus anciens qu’attaque et attaquer. Attentat vient du latin attemptatum, attentatum, participe passé neutre de attemptare (attaquer quelqu’un, entreprendre quelque chose contre quelqu’un). C’est donc la notion d’entreprise qui domine (les journalistes adeptes du capitalisme financier devraient apprécier), de tentative criminelle contre une ou des personnes, contre des biens, ou même contre des droits. Par extension, on trouvera « attentat à la pudeur » et, au figuré, l’idée d’un acte qui heurte les sens, la raison, la morale.

   
Attenter est donc beaucoup plus fort qu’attaquer puisqu’il implique une tentative criminelle (meurtre, viol). De même, on n’attaque pas ses propres jours : on attente à sa vie.

 

PS : il en va des attaques comme des frappes (chirurgicales, comme on sait) qui font moins mal que les bombardements et sont tellement plus précises...

 

 

PPS : un correspondant apporte les précisions suivantes :

abuse en anglais qu’on trouve en association avec sexual devrait être traduit en français par aggression (sexuelle) et non abus sexuel ; il y a aussi en anglais verbal abuse qui veut dire insulte.
En français on peut dire abus d’alcool, de bouffe, de drogues ou abuser de la crédibilité des gens.
On appelle ces mots des faux amis . Par exemple actual (A) = réel ( F) ; fool (A) = idiot ; idiot (A ) = débile , etc...

 

 

PPPS : J'ajoute pour ma part ceci :

 

Dans le même domaine, et puis qu’on a beaucoup parlé de DSK et de Tron ces temps-ci, crime signifie à la fois délit et crime. Lorsque, pour une fellation imposée, les anglophones parlent de sexual crime, s’agit-il d’un délit ou d’un crime ? En tout cas en français, un crime est un crime.

Un correspondant me demande de donner des exemples d’imprécisions de l’anglais. Il y en a des milliers. Pensons simplement à fucking machine qui peut signifier putain de machine, machine baisante, machine à baiser, machine en train de baiser. Ou, plus gentiment, flying machine : machine qui vole, machine servant à voler, machine en train de voler. De même, je préfère bombe sexuelle à sex bomb qui pourrait signifier bombe en forme de sexe.

 

L’anglais est souvent plus précis dans le domaine des sensations et des perceptions.
C’est bon, ce truc : it tastes good
Chouette, ce morceau de musique : it sounds nice.
On sait en anglais quels sont les sens sollicités.

 

Plus précis également dans les phrases exprimant du mouvement :
je suis dans la pièce : I am in the room
je vais dans la pièce : I’m going (mieux : walking si j’y vais à pied) into the room.
Mais up the road ou down the road ne sigifient pas forcément que la rue est en pente montante ou descendante. Encore une fois, c’est une question de perception subjective.

 

Autre exemple de meilleure précision de l’anglais :
J’ai une Clio : I drive a Clio.

 

 

 

 

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