Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
16 juin 2011 4 16 /06 /juin /2011 06:00

http://minesdecharbon.20minutes-blogs.fr/photos/02/00/841598279.jpgEn date du mars 2011, la Cour d’appel de Versailles a estimé que « les licenciements de MM. Daniel Amigo, Roger Blisson, Georges Carbonnier... étaient discriminatoires ». 3000 mineurs avaient été condamnés à trois mois de prison ferme et 6000 francs d’amende (représentant six mois de salaire) en 1948 pour fait de grève et « entrave à la liberté du travail ». Charbonnage de France ayant disparu, l’État a été condamné à verser aux plaignants 30000 euros chacun.

 

Contre 15000 grévistes accusés de « communisme », ainsi que d’avoir fomenté une grève « insurrectionnelle » (c’était le début de la guerre froide), le ministre de l’Intérieur socialiste Jules Moch envoya 60000 CRS, dont certains armés de mitraillette. À l’époque âgé de 21 ans, Daniel Amigo fut brisé par ce combat : il se retrouva à la rue sans possibilité de nouvel emploi, les employeurs ayant des consignes pour ne pas reprendre les grévistes. Cette grève fut réprimée avec presque autant de dureté que celle de 1941 par les occupants allemands. « On a été traités comme des malpropres, comme si on avait tué et volé, déclarait récemment Daniel Amigo au micro de Daniel Mermet (“ Là-bas si j’y suis ”, link).

 

Pourquoi cette grève ? En septembre 1947, le ministre socialiste de la production industrielle Robert Lacoste (qui s'illustrera par la suite en Algérie) avait promulgué des décrets que le Conseil des Prud’hommes de Carvin avait déclaré illégaux. Ces décrets supprimaient le salaire garanti et redonnaient aux patrons le droit de déclarer un mineur silicosé ou pas. Lacoste avait été condamné à rembourser les mineurs du puits 10 de Leforest qui s’étaient mis en grève. C’est pour faire appliquer ces décrets illégaux par la force, par la violence, que Moch déchaîna les CRS qui tuèrent le mineur Jansek à coups de crosse. C’est de ce moment précis que date le slogan « CRS SS ». L’État était devenu terroriste. Alors que des Papon étaient blanchis, les mineurs, qui avaient payé un lourd tribu pendant la Résistance, étaient qualifiés de traîtres par le pouvoir.

 

Au micro de Mermet, Norbert Gilmez témoigna : « Ma femme ne supporte plus cette histoire. Notre vie a été gâchée... Elle était enceinte de cinq mois quand nous fûmes expulsés de la cité 7, à Mazingarbe. J'ai vendu ma bicyclette, je me suis couvert de dettes chez les commerçants. Beaucoup d'entre nous peinaient à retrouver du travail, parce que les employeurs de la région refusaient de prendre un licencié de 1948. »

 

Les mineurs obtinrent de nombreux soutiens : le socialiste italien Pietro Nenni, la reine de Belgique (!), les prêtres de la région, des sportifs comme le champion d’Europe de boxe d’Hénin-Liétard Charles Humez.

 

Votée par 90% des travailleurs, la grève était garantie par la Constitution. Mais les socialistes voulaient briser un puissant bastion ouvrier où l’influence communiste était primordiale, ainsi que le syndicalisme chrétien, d’ailleurs. Il n’y aura plus de grande grève de mineurs jusqu’en 1962.

 

L’arrêt de la Cour de Versailles a rendu leur dignité à ces hommes, à leurs femmes, à leurs veuves.

 

Le pouvoir sarkozyste ne pouvait pas en rester là. “ Là-bas si j’y suis ” nous apprend que Christine Lagarde, si empressée à donner 210 millions (sans les intérêts) à l’ami du président de la République par le biais d’une justice parallèle, venait de faire appel en cassation.

 

PS : Déjà en 1906, lors de la catastrophe de Courrières (1100 morts) le pouvoir avait envoyé les dragons contre les mineurs mécontents. Les ingénieurs avaient reçu la consigne de sauver les installations avant les mineurs, puis les patrons avaient donné l'ordre de reprendre le travail alors que des mineurs pouvaient encore être sauvés. Certains le furent 24 jours après le coup de grisou, par des mineurs allemands munis, eux, de masques à oxygène !

 

PPS (qui ne concerne pratiquement que moi) : en écoutant l'émission de Mermet, un participant me remet en mémoire le grand boxeur Charles Humez. Quand nous étions gosses, sa fille était une de mes copines. Je fais une recherche sur Humez. Je tombe sur une page qui raconte sa vie par le menu (link). Une photo m'interpelle tout particulièrement : le champion se fait rafistoler après un match par son médecin, le docteur Deltombe, notre médecin de famille. Le bon docteur avait fait accoucher ma mère, chez nous, de son troisième enfant, en lui racontant des blagues de carabin toute la nuit. Le bébé (4,5 kilos), était passé comme une savonnette.

 

PPPS : Toujours à propos de Charles Humez (qui était vraiment, comme on disait chez nous, "un bon garchon), un fidèle lecteur m'écrit ceci :

 "Dans ton papier sur les mineurs réhabilités soixante-trois ans après, tu évoques Charles Humez. Il fut pour moi une idole. Je le savais du pays minier, ancien mineur mais je ne gardais pas souvenir qu'il était d'Hénin-Liétard. Charles Humez, vainqueur aux Golden Gloves, ces prix Nobel de la boxe amateur où les Français primés se comptent sur les doigts de la seule main du menuisier qui en a perdu trois (doigts) à la scie électrique. Charly et son combat contre le métis anglais Randolph Turpin! Charly, champion d'Europe des poids moyens qui étaient alors la catégorie reine, Cerdan oblige. Quand ma mère était receveuse des postes à Martainneville, dans la Somme, sur la route Abbeville-Blangy, j'ai appris par des "péqueux" que Charles Humez louait à l'année un étang de pêche à Mareuil-Caubert. J'y suis allé en pélerinage en 1964. Un des rares boxeurs de l'époque à n'avoir pas dilapidé le pognon que lui avait rapporté sa centaine de combats professionnels. Il en a quand même payé l'addition : mort à cinquante-deux balais, sans doute de l'accumulation des coups reçus, car le bougre ne faisait pas dans la dentelle : les bagarres de westerns, sauf que ce n'était pas du chiqué. Un mythe, pour certains des crapauds de mon âge."

 

De fait, Humez était né à Méricourt (8 km d'Hénin) et il est mort à Bois-Bernard (5 km d'Hénin). Mais sa carrière sportive se déroula dans ma ville natale, où il fut formé d'abord par un épicier, puis par Louis Sion, un ancien boxeur aux 400 combats. Humez s'entraînait dans une petite salle aménagée au-dessus d'un bar du centre ville. Ajoutons que Charles fut un valeureux Résistant de 17 ans.

 

Partager cet article

Repost 0
Published by Bernard Gensane - dans Politique
commenter cet article

commentaires

Oscar Clandot 28/12/2011 18:21

Merci de confirmer par cet article une impression.....

yann 19/06/2011 01:38


J'ai ecouté cette émission avec interet elle m'a émue par moment révolté à d'autres !
que pensé de cette action de notre ministre : du mepris !
quelle honte !


  • : Le blog de Bernard Gensane
  • Le blog de Bernard Gensane
  • : Culture, politique, tranches de vie
  • Contact

Recherche