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22 mars 2011 2 22 /03 /mars /2011 07:50

Claudio Arrau

 

Il eut pour professeur un des derniers élèves de Listzt. J'aime qu'en 1940 il ait quitté Berlin pour fuir le nazisme, mettant en péril sa carrière. j'ai peut-être encore plus apprécié qu'il ait renoncé à sa nationalité chilienne en 1978 pour protester contre la dictature de Pinochet.

 

http://patachonf.free.fr/musique/arrau/img/arrau-50.jpgVers1970, je me trouvais dans la rue principale d’une ville du nord de la France, en compagnie d’un ami musicien, clarinettiste classique. Il souhaitait acheter des partitions et m’avait demandé de l’accompagner chez le marchand d’instruments musicaux de la place.
Le même jour, Claudio Arrau devait donner un concert dans la ville. Pour une raison que j’ai oubliée, je n’avais pu me procurer de billet, ce que j’avais fortement regretté.
Nous étions, mon ami et moi, en train de farfouiller dans les bacs à partition, quand un homme de forte corpulence entra dans le magasin, masquant par sa carrure Claudio Arrau. Si je n’avais pas su qu’il était en ville ce jour-là, et si je l’avais croisé dans la rue, je n’aurais pas reconnu ce petit homme parlant bas. N’étant apparemment pas satisfait du piano de la salle de concert, Arrau était venu faire son marché en ce lieu. Il y avait dans le local trois pianos à queue : deux Steinway et un Bösendorfer. Arrau observa les trois instruments, comme s’il voyait ce qu’ils avaient dans le ventre sans même les entendre. Je commençai à frissonner. J’éprouvais une très grande admiration pour cet artiste formé par le dernier élève de Liszt, et pour cet homme qui avait renié sa nationalité chilienne après le coup d’État de Pinochet. Je dis à mon ami que, comme Arrau allait essayer les trois instruments, nous allions être gratifiés d’un mini concert particulier. À nous les Préludes de Chopin, à la rigueur une moitié d’étude de Liszt.
Arrau s’approcha du piano autrichien, et il joua une note, un la, peut-être. Pas même un accord. Il écouta la note résonner quelques secondes et dit : « celui-ci ». Le concert privé était terminé. Il salua les employés du magasin, mon ami et moi, et puis sortit.
Je pensai, déçu mais encore plus admiratif, que, à ce niveau d'excellence, les Arrau, les Horowitz, les Rubinstein étaient des monstres…

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