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2 mars 2011 3 02 /03 /mars /2011 10:02
Marianne.fr publie ce jour un témoignage plus qu'intéressant sur la vie au quotidien, le ressenti de fonctionnaires de base du Quai d'Orsay. Tout se tient : le kleiner Mann et sa bande voulaient détruire la fonction publique : université, hôpital, justice, forces armées. Depuis plusieurs années, ils s'en sont également pris à la diplomatie, un espace feutré de la Fonction publique française, où l'on lutte à fleuret moucheté. Mais la lutte semble avoir vraiment commencé.
 
 
 
Sur le modèle des « Marly », ce groupe de diplomates français qui s’était livré à une analyse critique féroce de la politique extérieure de la France, un groupe de fonctionnaires du quai d’Orsay, pas à proprement parler affectés à des fonctions diplomatiques, mais plus proches de fonctions consulaires propose son point de vue sur la crise et l’ambiance qui règne au quai d’Orsay. « Vu d’en bas », ils dénoncent l’absence de ministre depuis 7 ans, une idéologie anti-fonctionnaires, mais plus prosaïquement, des ambassades à la sécurité défaillante, des retards de paiements de salaires etc.

Le pseudonyme qu’ils ont choisi : « Chez Jeannot » du nom du bistrot de Nantes où ils se retrouvent lors de leurs affectations en France. Un quart du Ministère des affaires étrangères se trouve, en effet, à Nantes notamment en matière consulaire et de gestion



Fonctionnaires des Affaires étrangères de catégories B & C, considérant encore que le service de l’Etat à un sens et que nous av(i)ons une mission, la tribune publiée dans le Monde par « un groupe de diplomates » ne peut nous laisser insensibles et sans voix. Nous ne relevons pourtant pas de l’élite de notre ministère mais d’une base qui, au quotidien, gère nos ambassades et/ou accompagne nos communautés françaises à l’étranger.

Plutôt qu’au Marly, c’est à la Brasserie la Charmille, « Chez Jeannot », à l’angle de l’avenue des Plantes et de la route de Vannes à Nantes, que nous nos retrouvons. Moins glamour, mais l’express trois fois moins cher. Nous ne sommes pas du même monde, mais le constat, lui, est similaire : dans nos secteurs de compétence le Ministère des Affaires étrangères n’existe (presque) plus. Tel un poisson sorti de l’eau, il palpite encore, parfois, de manière désordonnée, profite d’une injection artificielle d’oxygène puis reprend son lent mais inexorable processus d’agonie la gueule ouverte.

Dans le quotidien du soir, nos illustres ainés évoquent, en matière politique, les « impulsions » et « l’amateurisme » qui caractérisent les consignes qui leurs sont données ou les pots cassés qu’il leur faut recoller sous les quolibets ; nous y ajouterions volontiers, peut-être n’ont-ils pas osé, l’absence absolue de ministre depuis… bientôt 7 ans et l’intériorisation progressive et masochiste de pseudo-contraintes budgétaires nées purement et simplement d’une idéologie ultralibérale, résolument anti-fonctionnaires, surfant sur l’air du temps et mise en musique par la haine de soi qui anime certains de nos propres collègues. Enfin, des leurs.

Cela étant, vu d’en bas, des sections consulaires ou des services communs de gestion que nous faisons tourner au quotidien, c’est le même sentiment de nausée qui s’installe. S’immisce. Devient notre décor quotidien.

Face aux dépenses somptuaires des à-côtés de certains voyages d’Etat, face aux jets privés nord-africains, face aux projets culturels délirants visant faire passer la pilule de l’amputation du « Département » au profit des rêves audiovisuels de l’épouse de l’ex, comment ne pas perdre pied ? Et perdre foi.

La litanie pourrait être longue, mais, nos camarades gestionnaires de crédits en administration centrale le voient bien : nos ambassades, au quotidien, lavent et repassent le même complet usagé. Et l’on se sent presque gêné de devoir, parfois, s’en justifier par rapport à l’extérieur : Plusieurs bâtiments, aux sas de sécurité défaillants jamais réparés, sont directement exposés aux intrusions. Pour la première fois depuis longtemps, les crédits d’aide sociale ne seront donnés qu’en tranches, empêchant une saine gestion des allocations (théoriquement annuelles) au bénéfice de nos compatriotes les plus démunis.

Les crédits « 151 » (« consulaires ») sont en ce moment saupoudrés entre pays et postes diplomatiques… obligeant nos collègues à argumenter l’un contre l’autre pour obtenir un minimum des « secrétariats de programme » parisiens, monstres impuissants nés d’une Lolf castratrice. Les incohérences nées de l’asservissement de notre politique des visas aux oukases et aux a priori de l’ex-ministère de l’Immigration nous coûte les yeux de la tête, tant au propre qu’au figuré. Le passage, à grands frais, à un système comptable commun à l’ensemble de l’administration a généré des retards de paiement des salaires de nos agents recrutés locaux et oblige nos comptables à ne pas décrocher lorsque nos fournisseurs appellent.

 Le silence radio des services centraux est alors éloquent. Abonnés absents. Même eux n’ont plus de ligne. Ni de carte d’ailleurs ; la navigation se fait à vue et la nuit est sans lune. Pas de cap ; juste du bricolage. Pas de projet ; juste du creux. Rien ne sert d’argumenter, de raisonnablement expliquer (ce qui est, pourtant, notre rôle clef) : tout est verrouillé. Il n’y a rien à dire. Juste à constater et gérer le délitement. Tout vient « d’ailleurs ». Est-ce « d’en haut » ? … de « Bercy » ? de « l’Elysée » ? ou d’une partie malsaine d’entre nous ? Ce n’est, en tous cas, clairement pas du bon endroit, sauf à vouloir concourir à la « casse » évoquée en juillet dernier par MM. Védrine et Juppé.

« Chez Jeannot », comme au Marly, nous « appelons de nos vœux une réflexion de fond ». Notre loyauté et notre expertise sont acquises, pour peu que l’on veuille bien aborder l’exercice avec honnêteté et reconnaitre que si la maison brille par les salons des étages, elle tient aussi par les rez-de-chaussée du quotidien… Mais est-il encore temps ?
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commentaires

K
<br /> encore un "café Dégage" ça devient bon<br /> <br /> <br />
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