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29 juin 2011 3 29 /06 /juin /2011 14:53

Un de mes amis qui a travaillé dans un service des examens sous les tropiques me fait passer un témoignage intéressant :

 


         L’affaire des fuites au bac dure depuis quelques jours et l’on y cherchait le chaînon manquant. Pour ma part, je considère que c’est la cheville ouvrière de l’affaire, puisque c’est ce qui a permis la prise du cliché. Voilà que, ce matin, on a logé un agent d’une société de maintenance auprès d’une imprimerie qui avait la responsabilité d’imprimer les sujets. Il y a quelques jours, Aujourd’hui en France avait publié des croquis laissant entendre que même l’imprimeur ne voyait pas les sujets : tout était automatisé, comme, prétendument, à Chicago, capitale mondiale du cochon : l’animal vivant entre dans un tuyau, il est tué, nettoyé, débité, mis en conserve. S’il y a un problème à la sortie, on fait marche arrière et le cochon ressort vivant.

 
    Comment traite-t-on en France les sujets d’examen ? Il semblerait que la partie technique soit entièrement “externalisée”. Jusque dans les années quatre-vingt-dix, la direction des examens des départements et des régions était confiée, parente subalterne, à des exécutants de catégorie C. 


Dans un pays d’Afrique situé sous les tropiques, l’idée était que les examens étaient affaire d’enseignants. Quand j’ai intégré, en 1976, la direction des examens et concours de ce pays, nous assurions presque toute la chaîne, sauf la confection des films que nous confions à un fournisseur ; bien entendu, il les réalisait en notre présence mais cela ne l’empêchait pas d’en prendre connaissance. C’est ainsi, qu’en 1977, un collègue français de la direction régionale nous avertit qu’il avait entendu dire que tel exercice accessoire serait proposé à la sagacité des candidats au concours d’entrée en sixième. Nous signalâmes ce problème à nos supérieurs hiérarchiques et nous acquîmes alors l’autonomie technologique totale.


    Les commissions de sujets élaboraient, à partir des propositions des profs, trois sujets au choix. Le directeur choisissait celui qu’il voulait et nous l’imprimions sur offset. En cas de panne dépassant nos compétences, il suffisait de tout enlever, les plaques, le blanchet, les épreuves détériorées. La maintenance extérieure pouvait alors intervenir.


    Les possibilités de fraude étaient limitées à deux foyers : la commission de choix et nous-mêmes. La commission de choix triturait les propositions des profs et nous laissait trois options. Tous les participants étaient répertoriés, intervention après intervention. A nous de jouer. Jusqu’en 1985, ce service n’était composé que de coopérants, excepté le directeur.


    A la rentrée 85-86, on m’adjoignit deux nationaux (un enseignant ex-député et un instit chevronné)  pour remplacer un collègue parti.


Lors de la session du BEPC en 1986, gros problèmes de fuites. Les sujets se vendaient sur le trottoir l’équivalent d’un euro. Le ministre minimisa le problème pour que le spectacle puisse continuer. Quand la police judiciaire vint me chercher le matin où il s’agissait d’imprimer et de diffuser les barèmes, je déclinai l’invitation en disant que je me rendrais sur place le travail achevé.


    Je me présentai à 19 h. Un grand jury, le directeur de la PJ, le ministre (pas un tendre) et des comparses. L’ex-député, dont le domicile avait été perquisitionné, avait dit que je lui avais demandé d’emporter des sujets à la maison pour les lire « à tête reposée ». La question me fut posée pendant que je buvais le café qu’on m’avait fait apporter. « C’est sa version », répondis-je.


 Mes comparses nationaux furent condamnés à deux ans de prison. Le service redevint entièrement “blanc ”.


Je quittai le pays en 1992. À partir de 96, les sujets de bac et BEPC furent traités par l’Imprimerie Nationale française, solution sans doute bien plus économique que l’entretien de quatre coopérants qui pourvoyaient à tout.

 

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