Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
2 juillet 2011 6 02 /07 /juillet /2011 15:02

http://www.afrique-intellect.com/wp-content/uploads/2009/09/3201562_blog-300x200.jpgLorsque le manuscrit du premier roman d’Alexandre Soljenitsyne, Une journée d’Ivan Denissovitch fut publié en 1962, on expliqua que ce texte – comme, par la suite, celui, volumineux, de L’archipel du Goulag – avait été composé de tête par l’auteur afin de ne pas être subtilisé par les gardiens des camps où il avait été enfermé. La société russe étant profondément ancrée dans l’oralité, la mémoire est bien meilleure que celle des pays de civilisation écrite.

 

À Moscou, il n’y a jamais eu de répertoire dans les cabines téléphoniques car les Russes sont capables de mémoriser des dizaines de numéros sans effort. Nous aussi, peut-être, si on voulait bien s’y mettre. Tenez, au hasard, moi : je me souviens de numéros que je n’ai pas utilisés depuis cinquante ans (celui de mon correspondant anglais ; six four seven six two eight) ou encore celui, que je ne vous donnerai pas car il appartient toujours à la famille d’une célèbre actrice de cinéma : DAG (pour Daguerre ; remember Auteuil, Balzac, Opéra…) suivi de quatre chiffres.

 

En Afrique noire, c’est pareil. J’ai en mémoire une délibération d’examen à l’université d’Abidjan. Nous nous arrêtons sur le cas d’un étudiant qui pour nous, enseignants français, avait pompé le texte du cours pendant l’épreuve. Nous fûmes démentis par un collègue ivoirien qui nous expliqua qu’un étudiant pouvait fort bien mémoriser cent pages de cours, donc préférer passer plus de temps à apprendre par cœur qu’à comprendre.

 

Cette explication me laissa dubitatif. Un soir que je faisais mon footing autour de l’hôtel où resta récemment réfugié l’actuel président du pays, je tombai sur un de mes étudiants, debout sous un lampadaire. Les moustiques l’attaquaient consciencieusement, mais cela ne semblait guère le déranger, tout concentré qu’il était à apprendre par cœur mon cours d’histoire de la Grande-Bretagne. Il m’assura qu’il avait quasiment terminé. Comme je n’en croyais ni mes yeux ni mes oreilles, je tentais une expérience. Je pris le texte, l’ouvris au hasard à la page 7 et commençai la lecture du deuxième paragraphe : « In the middle-ages, most houses were built in… ». L’étudiant termina la phrase et commença la suivante.

 

Grâce à Bouygues and co, l’Afrique de l’Ouest est désormais inondée de téléphones portables … à mémoire. Celle des Africains va en prendre un coup.

 

 

Partager cet article
Repost0

commentaires