29 mai 2012 2 29 /05 /mai /2012 06:46

http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/c/c1/Pierre_Moscovici_en_mai_2010.png/225px-Pierre_Moscovici_en_mai_2010.pngOn lira ci-dessous une lettre ouverte de l'AFRAV au président de la République :


 

Lettre ouverte à Monsieur le président de la République, M. François Hollande.

Objet : Code de déontologie : un volet linguistique !

 

 

Monsieur le Président de la République,

 

 

Vous avez fait signer récemment aux membres du gouvernement, un code de déontologie visant à ce qu' « ils ne mélangent pas les genres et qu'ils soient exemplaires dans leur comportement ». Bravo.

Toutefois, nous avons constaté qu'il n'existait dans ce document de deux pages aucun paragraphe sur la question linguistique et nous le regrettons.

Nous le regrettons d'autant plus que, comme vous l'avez certainement remarqué, la langue anglaise prenant une place de plus en plus excessive en France, en Europe et dans le monde, un nombre croissant de nos politiciens croient bon, désormais, de s'exprimer en anglais, en notre nom, pour défendre nos intérêts. Pourtant, s'il est de l'intérêt des Anglo-Américains que le monde entier adopte leur langue comme seule langue de communication internationale, il est du nôtre d'aller contre ce diktat, en affirmant l'existence de notre langue sur le plan diplomatique et sur le plan international, et en promouvant et en développant la Francophonie institutionnelle.

 

Notre intérêt est celui de défendre l'exception culturelle française, et avec elle en premier lieu, notre langue. Cet acte de résistance, loin d'être un repli sur soi, sera une invitation aux cultures et aux langues du monde à mener le même combat, car la mondialisation avec une seule langue, donc avec un seul schéma mental et économique est aussi destructrice que la disparition de la biodiversité.

Cela dit, force nous a été de constater qu'au lendemain de votre élection, M. Pierre Moscovici, votre directeur de Campagne, s'est exprimé en anglais lors de la conférence de presse qu'il a donnée en direct de votre QG à Paris.

M. Moscovici sera-t-il une Mme Lagarde-bis, qui avait l'anglais facile, elle aussi, et qui a obtenu pour cela le Prix de la Carpette anglaise, un prix d'indignité linguistique ? La folie d'anglais qui a animé la plupart des membres de l'équipe Sarkozy, va-t-elle animer aussi votre équipe ?

Allez-vous être comme lui, un promoteur de la langue des « Collabos de la pub et du fric » ?

- Non, nous espérons que non. Alors, Monsieur le Président de la République, voudrez-vous bien adjoindre un paragraphe sur la question linguistique au code de déontologie que vous avez soumis récemment aux membres du gouvernement ?

Un paragraphe pour rappeler que si la langue française est bien la langue de la République et de la Francophonie, elle est AUSSI notre langue diplomatique et notre langue internationale.

Un paragraphe pour rappeler que ce n'est pas parce que les Anglo-Américains ne veulent qu'une seule langue internationale pour le monde qu'il faut accepter cette dictature.

Un paragraphe pour rappeler que le courage politique, c'est aussi refuser de se mettre à genoux devant la langue du plus fort du moment.

Un paragraphe pour rappeler, enfin, que les Francophones ont le devoir de se battre pour la langue française, en évitant d'abord de parler anglais - ou franglais - en France, puis de parler anglais à l'étranger dans les pays non anglophones et même d'éviter l'anglais chez les anglophones, s'il n'y a pas de réciprocité.

Pour finir, nous nous permettrons de citer une parole du philosophe et patriote québécois, Pierre Bourgault, qui ne disait pas moins :

« Lorsque nous défendons le français chez nous, ce sont toutes les langues du monde que nous défendons contre l’hégémonie d’une seule ».

En vous remerciant de votre attention et dans l'espoir que cette lettre aura su vous convaincre de l'impérieuse nécessité d'ajouter un volet linguistique au code de bonne conduite que viennent de signer les membres du gouvernement, je vous prie d'agréer, Monsieur le Président de la République, l'expression de ma très haute considération.

 

Régis Ravat

Président de l'A.FR.AV (http://www.francophonie-avenir.com)

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Published by Bernard Gensane - dans culture et politique
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BM 29/05/2012

"Un paragraphe pour rappeler, enfin, que les Francophones ont le devoir (...) d'éviter l'anglais chez les anglophones, s'il n'y a pas de réciprocité."

Arf. Imaginons un instant que les Sénégalais ou les Gabonais aient le même genre d'exigence envers nous en ce qui concerne leurs propres langues. Combien de Français installés en Afrique parlent ne
serait-ce qu'un mot de Wolof (ou de toute autre langue locale) ?

Je suis quand même un peu gêné quand on brandit la "Francophonie" comme alternative à la domination du tout-anglais. La "Francophonie" n'est qu'un remugle néo-colonial. Il faut bien admettre que
les Anglais ont réussi là où nous avons échoué. Nous n'avions qu'à ne pas perdre le continent Nord-Américain à cause de l'insouciance de Louis XV (perte du Canada en 1759 à cause de troupes
insuffisantes en nombre) et de Napoléon (vente de la Louisiane en 1803). Sans parler de la Nouvelle-Zélande que Louis-Philippe a cédé aux Anglais pour que ces derniers le maintiennent sur le trône
de France, quelques années avant la révolution de 1848 (épisode peu connu de notre histoire ; pour en savoir plus, tapez "Akaroa" dans un moteur de recherche).

Frédéric Maurin 29/05/2012

Je travaille dans un établissement public à caractère commercial (un indice : il a fait l’objet d’une votation citoyenne que l'ancien gouvernement entend ignorer, la démocratie ne relevant pas leur
conception de l'identité nationale ).

Eh bien, quand il s'agit d’y préparer quelque chose (un rendez-vous, un projet), on ne prépare rien, on fait un briefing. S'il faut en tirer un bilan, on assure un débriefing. On n’y pratique pas
de compte-rendu mais des reportings. Le personnel, invité à être de plus en plus mobile, s’est vu proposer des speed-dating avec des recruteurs potentiels.

J'y ai vu des commerciaux faire l'objet de classement : ils pouvaient être leaders, outsiders ou challengers. Bon, j'arrête là.

Quand je rappelle ponctuellement que la langue de la République est le français, si j'en crois l'article 2 de la Constitution, et ceci quel que soit le statut de l'entreprise je ne m'attire que des
sourires polis. Alors, oui, dans ce domaine, "l'exemple devrait d'en haut"

Dandidan 29/05/2012

Francophonie : notre identité française est en effet très discrète, voici un exemple: en Irlande, la tradition est faite de pubs et de Guinness, de musique gaélique et de danses, de rugby et de
hurling, de pêche et d’airs folkloriques appris dès l’enfance et chantés avec un fort accent. Cette identité se maintient d’autant que le pays est une île, et que cette culture reste vivante; dans
les rues les jeunes jouent du violon, du bagpipe ou du bodhran.

Si on fait un parallèle en France, on se souvient des bretons et leurs traditions celtiques, on se souvient de la bourrée d’Auvergne, des danses d’Alsace et de Lorraine, de la Sardane, des flûtes
et tambourinaïre et j’en passe. Tout cela est obsolète. Depuis longtemps nos gouvernements ont découragé ces richesses et standardisé le pays. L’identité nationale inoculée par les media, c’est le
foot associé a l’hymne national et à la fierté d’avoir gagné.

J'apprécie les communiqués en français, mais je regrette notre sabotage de l'enseignement de la langue anglaise.

Torsade de Pointes 30/05/2012

Certes, la francophonie est un enfant du colonialisme français (et belge), mais c’est un néo-colonialisme dont on sent, ou dont moi du moins j’entrevois, qu’il pourrait se muer en autre chose, en
un espace de solidarité, d’échange entre gens de conditions et d’univers très différents, à condition de pousser ce machin-là dans la bonne direction, de façon à ce que les habituels rapports de
domination ne soient pas à nouveua la règle. Mais je rêve peut-être.

D’autre part, si l’anglais occupe la position qui est la sienne aujourd’hui, n’est-ce pas aussi le résultat d’une histoire coloniale, non moins atroce et inique que la française? Pourquoi cela
serait-il moins une tare dans le cas de l’anglais que dans celui du français (ou de l’espagnol, car j’ai vu un Américain qualifier l’espagnol de langue coloniale)?

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