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7 novembre 2011 1 07 /11 /novembre /2011 15:57

http://www.ladepeche.fr/content/photo/biz/2009/05/12/200905121128_zoom.jpgVous vous souvenez de cette publicité à propos des poulets gersois : « Élevés en plein air, élevés en plein Gers ? » Moi qui suis Gersois d’adoption (par contiguïté), je peux vous dire que, globalement, il n’y avait pas tromperie sur la marchandise. Lorsqu’on se promène dans la campagne gersoise, on tombe, à tout bout de champ – c'est le cas de le dire – sur des poulets, des canards, des oies, mais aussi des cochons qui s’ébrouent dans les prés.

 

Cela ne pouvait pas durer. L’industriel Christophe Terrain, de la société Vivadour, a décidé d’installer un élevage industriel à Lannepax, un village de quelques centaines d’habitants situé à une encablure de Vic-Fezensac. Christophe Terrain se définit comme « cultivateur transgénique et président du syndicat des producteurs de maïs ». En septembre 2007, suite aux palinodies gouvernementales concernant les OGM, il déclarait : « Pendant la campagne présidentielle, la plupart des candidats avaient prôné un frein aux OGM, sauf M. Sarkozy. On imagine mal que son gouvernement prenne maintenant une position hostile aux OGM. Ce serait complètement anormal. » Terrain entend produire dans le Gers des poulets de 35 jours, nourris avec de la nourriture importée, garantie OGM pur sucre.

 

Une enquête publique a approuvé ce projet de production de 726000 poulets par an. Serge Briscardieu, le commissaire enquêteur, estime que : « le projet d'élevage du poulet standard est une réalité économique et la consommation de ces poulets est de 85 % du total, ce qui relativise la production du poulet label ». Les conclusions de son enquête ont entraîné des réactions multiples et variées. Pour Jean-Bernard Lecroix, président de l'association “ Bien vivre à Lannepax ”, « L'enquête elle-même est contestable car elle fut réalisée pendant une période estivale, avec des horaires particuliers et des propos partisans du commissaire enquêteur. » En revanche, Bernard Lannes, représentant de la Coordination rurale, s’est déclaré favorable au projet : « Ça ne m'étonne pas, le projet est étudié depuis plusieurs années. À Lannepax, on essaye de faire peur en jouant sur le “ pas de ça chez moi ”. Il faut que les gens se rassurent, ce n'est pas une usine qui va être montée. » Jean-Claude Chatillon, porte-parole départemental de la Confédération paysanne, s’est déclaré hostile : « Ça rentre dans une logique d'agriculture industrielle massive. L'économie est au cœur de ce projet. C'est toute l'agriculture qui est tirée vers le bas. Les décideurs du projet ne mangeront même pas leurs propres poulets ! » Tout comme Martine Delmas, représentante départementale des Amis de la terre : « On s'en doutait. On regrette qu'il n'y ait pas eu de réunion publique préalable. J'aimerais aussi savoir d'où le commissaire enquêteur tire ses chiffres. »

Le préfet a jusqu’au 11 novembre pour trancher.

L’entreprise Vivadour compte 850 salariés et produit 7 millions de têtes de volaille par an. Son implantation à Lannepax lui permettrait d'augmenter substantiellement sa production de poulets dits “ standard ”. Face à elle, s'est dressé le collectif “ Bien vivre dans le Gers ”, qui regroupe 17 associations et organismes opposés au projet, parmi lesquels la Confédération paysanne, Générations futures, UFC 32 – Que Choisir, le Modef (Mouvement de défense des exploitants familiaux). Un sondage réalisé à la demande du Conseil général montre que 77% de la population gersoise est contre ce type de projet d’élevage. “ Bien vivre dans le Gers ” en appelle à la réflexion publique : « avant toute décision, les pouvoirs publics devraient mettre en place une réflexion et un débat public sur l’avenir de l’agriculture avec tous les acteurs concernés, dont ceux de la société civile ».

Le collectif a publié un communiqué mettant en garde contre les méthodes de la production industrielle : des poulets nourris avec du soja importé d’Amérique, donc probablement OGM, des farines animales dès qu’elles seront à nouveau autorisées, ou encore traités avec des antibiotiques. Les risques liés à la concentration de l’élevage sont également pointés du doigt par le collectif “ Bien vivre dans le Gers ” : épizooties et rejet de nitrates.

Face à cette action, c’est peu dire que le président de Vivadour est monté sur ses ergots. « Nous n'avons pas à nous justifier quand nous avons un projet de création, d'investissement et de production. Mais il faut aussi éviter que les gens se fassent une opinion à partir de bases erronées. En décembre 2010, nous avons annoncé en assemblée générale le besoin du marché, le besoin des abattoirs gersois, et on a avancé un projet global qui répond au marché du poulet label, et un projet de poulailler dit “ végétal ” chez nous, “ industriel' ” par d'autres, un produit qui est demandé par le marché. Ces quatre sites répondent à un souci d'équilibre des abattoirs. On a pensé que pendant toute la période d'instruction du dossier, il était maladroit de rentrer dans la réponse parfois erronée de certains pour se concentrer sur la réponse réglementaire et technique. »

 

Terrain assure par ailleurs qu’il n’y aura pas d’antibiotiques dans ses poulets : « La production de poulet végétal a beaucoup évolué. Aujourd'hui, il n'y a pas d'antibiotique activateur de croissance. Depuis la vache folle notamment, tout a été supprimé : activateurs de croissances, farine de viande, farine de poisson. On retombe sur des bases alimentaires qui sont les mêmes que le label. Le grand public est assez perturbé par rapport à ça. On est revenu à des fondamentaux. »

 

Concernant le poulet à 35 jours de croissance, Terrain développe une argumentation qu’il veut imparable : « Le poulet que l'on met dans des bâtiments industriels n'a pas la même génétique que des poulets de plein air. Ce sont des poulets sédentaires. Ils sont adaptés à cette technique qui veut qu'on le fasse pousser rapidement. À chaque type d'élevage correspond une génétique qui a progressé. »

Le président socialiste du Conseil général Philippe Martin s’est dit totalement opposé à cette implantation industrielle.

 

Avec Vivadour et son président sarkozyste, nous sommes dans l’« effet Farfouille ». Il y a maintenant une trentaine d’années que les industriels occidentaux, ayant constaté la baisse structurelle du pouvoir d’achat de la majorité de la population, importent d’Asie des produits de qualité médiocre mais à la portée du peuple appauvri. À court terme, les consommateurs continuent de consommer. À moyen et long termes, ces pratiques créent du chômage qui renforce cette logique délocalisante. Le poulet aux hormones que dénonçait Jean Ferrat il y a cinquante ans, moins onéreux que le poulet plein champ, est à la portée de bourse du smigard ou du chômeur gersois. Mais la production industrielle, outre qu’elle porte atteinte à l’environnement et à la santé, crée du chômage en ce qu’elle ruine la production artisanale de qualité.

 

*En photo : Christophe Terrain et ses hommes. Des vrais !

** Je hais la publicité mais je signale, à Lannepax, une auberge absolument formidable : Les Caprices d'Antan (link).

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commentaires

I
<br /> A propos d'O G M un lien intéressant : pavé dans la mare bien sûr .<br /> http://blogs.mediapart.fr/blog/bahram-houchmandzadeh/261011/les-micro-arn-un-pave-dans-la-marre-des-ogm#comments<br /> <br /> <br />
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