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28 mars 2011 1 28 /03 /mars /2011 15:29

Sur deux ménisques et Jean Degros

 

Au début des années soixante-dix, plusieurs sociologues ont développé la thèse selon laquelle il y avait quelque chose d'intrinsèquement fasciste dans le sport de compétition. On sait l'utilisation que les pays totalitaires ont fait du sport. Mais l'on sait également que les fondateurs du sport de compétition en pays capitaliste furent, le plus souvent, des gens de droite ou d'extrême droite. Pensons au baron Pierre de Coubertin qui modernisa les Jeux Olympiques, à Henri Desgranges, l'inventeur du Tour de France, au Marquis de Queensberry qui codifia les règles de la boxe. Cela n'empêcha pas cet aristocrate très irascible, pas du tout "fair-play" à titre personnel, de collectionner les prostituées de luxe, mais surtout d'avoir deux fils homosexuels, l'un étant l'amant du grand écrivain Oscar Wilde. Par la faute de ce gandin et de son père culotte de peau, l'auteur du Portrait de Dorian Gray et du Prince heureux et autres contes qui égaya mon enfance, sera condamné aux travaux forcés alors qu'il n'avait peut-être jamais essuyé une tasse à café. Il ne s'en remettra pas. Il mourra à 46 ans, malade, dans la misère et la solitude.

http://2.bp.blogspot.com/_4wK3KtlDw-Y/S-i-xKuL50I/AAAAAAAAHBE/BOsQ30gT4zU/s1600/Queensbury_1.jpgJe connais très mal  l'univers du sport de compétition. Je ne sais s'il est d'essence fasciste, mais j'observe à l'œil nu que son contexte physique est de plus en plus pesant, carcéral. Un seul exemple : je fréquente régulièrement la piscine municipale Nakache de Toulouse ([->http://www.legrandsoir.info/Daniel-Baud-Alfred-Nakache-le-nageur-d-Auschwitz.html]). Cette piscine est située à deux pas du Stadium, où l'équipe de football du TFC et, naturellement, celle de rugby se produisent régulièrement. Entre la piscine et le stade, on trouve de multiples aires de jeux (football, athlétisme). À côté de Nakache, un bassin olympique où s'entraîne une partie de la fine fleur de la natation française. Tous ces espaces sont clos par des grillages en dur, des portes fortement cadenassées, des murs infranchissables. Et je ne parle pas des caméras de surveillance. Derrière cela, il y a beaucoup d'argent. Ce casernement a été précédé d'appels d'offres extrêmement juteux. Il dut y avoir des luttes féroces chez les fournisseurs d'autant qu'on retrouve ce type d'équipement, à l'identique, dans de nombreuses villes françaises. Dans quelle mesure la "concurrence libre et non faussée" a-t-elle prévalu ?

Jean Degros fut le capitaine de l'équipe de France de basket à la fin des années cinquante et au début des années soixante. Je ne suis pas sûr qu'un seul basketteur français ait joué aussi bien que lui depuis. Quand je l'ai connu, quand j'ai joué au foot dans la cour du lycée de Douai avec lui (je ne figure pas sur la photo ci-dessous), son statut était celui d'amateur à 100%. Je crois me souvenir que la Fédération lui fournissait un survêtement par an et deux paires de baskets, ce qu'on appelle des "converses" aujourd'hui.

L'article qui suit n'est plus visible sur mon blog censuré par nouvelobs.com mais est toujours en tête de gondole google.


Un couple d’amis a un garçon ado qui joue au basket-ball comme il respire, depuis l’âge de 5 ans. Il est vraiment brillant. Il évolue en scolaire et en civil. Il a été sélectionné à plusieurs reprises dans l’équipe de sa région.


Récemment, ses entraîneurs le convoquent avec ses parents à qui ils tiennent à peu près ce langage : « Votre fils est au bord de l’équipe de France cadet. Il est tout à fait au niveau, mais a un léger problème : une réelle faiblesse dans les ménisques. Pour que sa carrière se poursuive, il faudrait opérer et remplacer les deux ménisques naturels par deux ménisques artificiels. Pas d’inquiétude, c’est comme pour la cataracte : on change un ménisque, puis l’autre.


— Oui, oui, dis le gosse, je veux me faire opérer !


Effarés, les parents se lèvent, emmènent leur champion et disent aux entraîneurs de ne plus jamais tenter de les contacter.


Lorsque j’étais gosse, j’avais comme copain de lycée le meilleur basketteur français de l’époque, capitaine de l’équipe de France. J’ai souvenir d’une raclée que notre lycée avait infligée au lycée d’Arras ; nous avions gagné par 221 à 25. Jean Degros avait passé 106 points. Avec lui, je jouais au foot, dans la cour du lycée, ou au volley-ball, sur la plage de Stella.


Degros.jpg

 

 

Je ne l’ai jamais revu. On me dit qu’il est très perturbé par la tournure prise par le sport professionnel en général, le basket en particulier.

 

Évoquer dans un même article Oscar Wilde et Jean Degros, il fallait l'oser !

 

 

 

 

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commentaires

J
<br /> Ouais, "nos" footballeurs grévistes en Afrique du Sud auraient dû prendre pour slogan : « la fascisme ne passera pas ». Ca aurait eu de la gueule, la gueule de prolétaires exploités qui se<br /> révoltent contre leurs exploiteurs.<br /> <br /> <br />
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B
<br /> Merci pour ces réflexions très intéressantes.<br /> <br /> <br />
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D
<br /> Je pense (modestement) comprendre ce qu'il y a de fasciste dans le sport de compétition : l'embrigadement. Le sport de compétition sert également (par la compétition, justement) à instiller l'idée<br /> que toute forme de solidarité est illusoire et qu'il n'est de rapports humains "véritables" que dans la concurrence et l'affrontement.<br /> <br /> Je crois me souvenir qu'il y a quelques années, un sociologue avait pris un texte fasciste italien des années 30, à la gloire du fascisme justement : il l'avait publié tel quel comme tribune dans<br /> "Le Monde", avec une seule modification : il s'était contenté de remplacer les mots "fascisme" ou "fasciste" par le mot "sport". Le texte est passé comme une lettre à la poste, tout le monde n'y a<br /> vu que du feu, et le texte n'a suscité aucune réaction particulière. Quand, quelques semaines après, il a révélé le canular, la plupart des médias ont pieusement passé cet épisode sous silence.<br /> <br /> Comme on le sait, le baron de Coubertin avait choisi pour devise des Nouveaux "Jeux Olympiques" la devise suivante : "Plus haut, plus vite, plus fort". Personnellement, je trouve que cela a un<br /> petit air de famille avec la devise du fascisme italien, qui était : "Croire, Obéir, Combattre" (pour s'opposer frontalement et point par point à la devise émancipatrice de la Révolution de 1789,<br /> "Liberté, Egalité, Fraternité").<br /> <br /> Ah, un dernier petit point : les "vrais" Jeux Olympiques, ceux de la Grèce Antique, étaient conçus comme des préparations à la guerre en temps de paix (si il y avait la guerre, on ménageait une<br /> trêve pour pouvoir tenir les jeux). Ils se terminaient même par une course en armes, où les athlètes revêtus de l'équipement complet d'un soldat de l'époque de l'époque devaient parcourir deux<br /> stades.<br /> <br /> <br />
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