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17 mars 2011 4 17 /03 /mars /2011 07:50

Potimaron - copieJ'ai rédigé ce texte début 2008 pour les 80 ans d'un de mes cousins. On m'avait demandé d'écrire pour lui un compliment. Comme je trouvais un peu convenu de consacrer une ou deux pages à sa gloire, je décidai, en collant au plus près au champ politique et aux bidets, de raconter les affaires de la courette, en m'inspirant – justement – de "La cour", la célèbre chronique de Fressoz et Moisan (1960-1969) qui narrait par le menu la geste d'un De Gaulle peint sous les traits de Louis XIV. Les anciens se souviennent, par exemple, de "Mon Couve" ou, mieux encore, "Mon Quai" pour Couve de Murville, ministre des Affaires étrangères, à l'époque où notre pays s'exprimait d'une voix qui ne faisait pas rigoler la terre entière ; ou encore de "Mon humus", pour Louis Terrenoire, ministre et porte-parole du premier président de la Cinquième.


 

L’Asperge, le Potimarron et la Zucchina : conte de la folie ordinaire


Il était une fois dans un pays lointain un couple qui encombrait les gazettes et les lucarnes de sa présence ostentatoire. Il habitait la bonne ville de Portum Lulliaco. Lui, qui était petit et dont les moqueurs disaient que ses fesses rappelaient celles de la femme hottentote, était issu, de par son père, de terres tellement reculées et transylvaines et où l’on parlait des langues tellement barbares que l’imagination avait peine à concevoir une telle étrangeté. Elle, qui était longue comme un jour sans pain, avait pour ancêtre un barde fameux, grand fumeur de cigares et pianiste prodigieux. Avant de connaître son Potimarron, elle avait aimé Gros Jacques, l’amuseur officiel du royaume de France. Deux filles étaient nées d’une union dont les gazettes avaient fait leurs choux gras. Potimarron, quant à lui, avait d’abord convolé en justes noces avec une dame originaire d’une île célèbre pour ses fromages et sa coppa. Deux fils leur étaient nés.

 
Parce qu’il était le premier échevin de Portum Lulliaco, une bourgade qui comptait au moins une célébrité par palier d’immeuble, Potimarron avait marié la Grande Asperge et Gros Jacques. En cette occasion, il était tombé éperdument amoureux de la dame et s’était juré qu’un jour, elle serait sienne.

 
Bien qu’ayant plus qu‘à son tour porté un bonnet d’âne, Potimarron était un petit homme tenace et audacieux. Très jeune, il avait écarté de sa route un premier parrain, puis un second parrain, des costauds originaires de l’île aux fromages. Comme, par ailleurs, il avait su séduire les grandes fortunes du royaume qui possédaient les gazettes influentes, il avait fait trembler le roi lui-même après avoir mis sous sa coupe la cohorte de ses chevau-légers.

 
Lorsque l’Asperge finit par tomber sous le charme du Potimarron, ce ne fut pour le couple que fla-fla, tralala et falbalas. Le Tout-Paris était à leurs pieds. Les pommadés pommadèrent, les flagorneurs flagornèrent.


Un jour, en se rasant, Potimarron décida de partir à la conquête du royaume, au grand dam du roi – qu’on appelait aussi Monseigneur Lescroc – lui qui se serait bien vu mourir en son palais. L’affaire fut réglée en deux temps et trois mouvements, avec virtuosité, force promesses et démagogie. Potimarron qui, sa vie durant, n’avait fréquenté que des gandins et des Crésus, se rendit au contact des pue-la-sueur et s’enivra dans les vestiaires odorants des joueurs de soule. Bien lui en prit. Il triompha aisément d’une concurrente aussi raide qu’un passe-lacets et à l’esprit aussi embrumé que les chutes du Zambèze.


Malheureusement, le jour de son triomphe, Grande Asperge n’était pas aux côtés de Potimarron. De folles rumeurs coururent alors. Certains l’avaient vue aux Amériques, d’autres dans l’hôtel luxueux où Gros Jacques vivait ses derniers jours, d’autres, enfin, outre-Manche, en la galante compagnie d’un écrivain du Royaume. On expliqua aux manants que l’épouse de Potimarron était une femme moderne et libre. Le Tout-Paris, quant à lui, comptait les convulsions du visage du petit roi, s’inquiétait de son aphasie face à des pêcheurs courroucés et de sa panique dans le fiacre du tsar de Russie lancé à toute allure. On voulut bien se souvenir qu’il avait écourté un voyage aux Amériques, pourtant en compagnie de son ami le plus fidèle (c’est une singularité de Potimarron qu’il n’a jamais pu être seul avec lui-même), terrorisé par le spectacle des geôles du pays et de son métropolitain.


Les gazettes attendirent sans broncher que Grande Asperge quittât son Potimarron, ce qu’elle fit un jour de mécontentement national des pue-la-sueur. Les rumeurs les plus folles continuèrent. Grande Asperge, ayant vécu un enfer, aurait fréquenté les établissements de Monsieur Pinel. On prétendit même que, son petit prince l’ayant battue, elle aurait porté plainte, sous son nom d’Hispanie, chez un connétable du Val d’Oise qui aurait été affecté depuis à la circulation des carrosses et des fiacres.


Bref, le petit peuple avait compris qu’il n’en avait pas fini avec la sortie du sillon de son roi.


Après le départ de l’asperge, l’effondrement de Potimarron fut de courte durée. Point de traversée du désert : plutôt l’enjambement d’un bac à sable. On prêta au roi des passades interlopes : il aurait sonné l’halali d’un mannequin croate ; on l’aurait vu, Rolex© au poignet, pénéter sans effraction une Ferrari©. Et puis, le miracle survint. Non, Potimarron ne rencontra pas une spécialiste des poètes métaphysiques anglais chez un grand éditeur de la rive gauche de la capitale. Non, il ne s’éprit pas d’une sympathique hôtesse de caisse, mère de deux enfants. Il succomba, comme des dizaines d’autres mâles avant lui, aux charmes d’une beauté italienne dont la devise était « je ne souffre pas ceux qui forniquent tranquilles » et qui, dans les falbalas, faisait commerce de ces mêmes charmes. La mère de Carla avait été pianiste. Sa fille était organiste et trompettiste, tant elle avait connu d’organes : ceux de troubadours électriques, de comédiens de toutes nationalités, de chevaux-légers et lourds de la politique, d’un père et de son fils. Et même d’un avocat issu d’un peuple qui avait beaucoup souffert et qui, sûrement pour éprouver son amour, avait donné son ancienne dulcinée à son ami le roi. Pour se consoler, l’Arno judéo-médiatique s’était remis à courir dans le XXe arrondissement de Paris, une terre qu’il convoitait en joggant.

Cupidon darda ses flèches, Potimarron banda son arc, la Zucchina prit sa guitare et sussura au petit roi (elle ne savait que suss...urer) :

« Tu es les fesses, je suis la chaise.

Tu es les compensées, je suis la dépensière ».

Des mauvaises langues prétendirent que la courgette n’était qu’une asperge avec dix ans de moins et vingt fausses dents en plus à deux mille euros l’unité. La nouvelle compagne du roi avait tellement été refaite qu’elle ne ressemblait plus à rien et ne pouvait qu’espérer que des jeunes filles pubères souhaitassent lui ressembler. On forgea pour le petit roi et sa beauté refaite par ordinateur une nouvelle expression : la « monarchie bling-bling », tant, lorsqu’ils se déplaçaient, le roi et sa diva faisaient tinter bijoux, strass et paillettes. La première sortie du couple eut lieu en terre américaine, dans le royaume du faux et du rêve de Monsieur Disney. Immédiatement, le couple fit la une des gazettes qui défendent la cause des people. Puis, protégés par des lunettes de soleil et des cohortes de lansquenets, le roi et sa dame parcoururent le monde, l’infant de la diva juché sur les épaules du roi. De vils railleurs prétendirent que le petit roi s’infligeait cette charge roturière pour paraître aussi grand que sa belle.

Voulant que son bonheur fût connu du monde entier, le petit roi en vint à étaler sa goujaterie de méridien en parallèle. Devant le pape, il envoya des messages téléphonés à sa courgette, tant son amour était fort. Devant le roi des Saoudiens, il lut les messages que sa favorite lui adressait depuis Paris. Il plaça le maharadja des Indes dans les pires affres protocolaires car il voulait visiter le grand temple du kamasoutra avec la zucchina.

Enfin, par un beau samedi de février, après que sa belle se fut offerte nue, en cuissards, dans une gazette d’Hispanie, le pays d’origine de l’asperge désormais oubliée, le potimarron et la zucchina convolèrent dans leur palais de l’Élysée, devant un édile des beaux quartiers. Décidément, Potimarron aimait les femmes aux goûts multiples, éclectiques et changeants…

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commentaires

I
<br /> Oh ! Comme cette proposition me touche ! En guise de remerciements , vous aurez droit à mon répertoire de chansons ch'ti !<br /> Il nous reste quand même encore pas mal d'années pour peaufiner ce programme !<br /> <br /> <br />
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B
<br /> Si vous m'invitez pour vos 80 ans, je vous préparerai une exclusivité.<br /> <br /> <br />
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I
<br /> Absolument hilarant !<br /> Voilà qui illustre parfaitement votre surnom de "Café drôle "<br /> <br /> <br />
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