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26 février 2011 6 26 /02 /février /2011 07:30

Gilbert Bécaud

 

Gilbert Bécaud a marqué mon enfance de manière indélébile. Comme, dans un tout autre domaine, Jacques Anquetil. Si j'ai tant roulé à vélo, c'est sûrement de la faute du champion normand. Heureusement, je ne me suis jamais essayé à la chanson...

Je reprends ici deux textes publiés sur Bécaud dans mon ancien journal de bord (censuré).


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On ne sait jamais trop pourquoi on se met à aimer un individu, un livre, un film. On se reconnaît en eux, ils apportent quelque chose qu’on attendait sans le savoir, quelque chose de jamais vu, de jamais imaginé. Tout cela est bien mystérieux et relève pour une bonne part de l’inconscient. J’ai découvert Gilbert Bécaud en 1957, cinq ans après ses débuts dans la carrière. Il avait tout pour plaire : il était beau, avait une voix unique, pleine de vie, ses textes (dont il n’était pas l’auteur mais qu’il défendait admirablement) exprimaient merveilleusement la joie de vivre, le dynamisme, mais aussi les fêlures, les angoisses que nous connaissons tous, et ses musiques, dont il était le compositeur, étaient les partitions très originales d’un musicien authentique, (premier prix de conservatoire de piano). J'écoutais récemment une compilation de vingt de ses chansons de 1955-1956 : elle comporte davantage de mélodies que dans – je n'exagère pas — une année de chansons françaises d'aujourd'hui.
Il avait accédé à la célébrité en mettant superbement en musique – alors que tous les musiciens de la place s’y étaient cassé le nez – “ Les croix ”, un texte impossible (pour une chanson) de Louis Amade qu’Édith Piaf avait voulu créer. Son premier passage à l’Olympia en 1953 avait été historique : les spectateurs déchaînés par celui qu’on appelait déjà “ Monsieur 100.000 Volts ” avaient fracassé tous les sièges. Je pus le voir une fois sur scène, en 1957. Je n’oublierai jamais le moment où, en fin de récital, il descendit dans la salle sans micro et entonna “Les baladins ” a capella. Disque après disque, j’ai suivi sa carrière jusque vers 1964-65, époque de deux de ses immenses succès “ Et maintenant ”, qui sera reprise par des milliers de chanteurs dans de très nombreuses langues, et “ Nathalie ”, cette très belle chanson qui scellait une certaine réconciliation franco-russe. Ensuite, ce n’est pas qu’il fut moins bon, disons que ses chansons des années soixante-dix et suivantes ne résonnèrent plus en moi comme celles de la première décennie de sa carrière.
Je crois qu’il avait la grâce. En témoignent ses interprétations dans deux ou trois films qu’il a tournés dans les années cinquante. Ces films ne sont pas des chefs d’œuvre (seul Le pays d’où je viens de Marcel Carné tient la route), mais Bécaud semble flotter sur la pellicule en attirant à lui toute la lumière, comme dans les moments chantés dans Casino de Paris (Ah, cet “ Incroyablement ” !)..
Je l’ai rencontré au milieu des années quatre-vingt-dix. Il habitait près de Poitiers et prenait régulièrement le même train que moi pour Paris. Il était à la buvette du TGV avec sa femme et sirotait un whisky. Bien que le voyant de dos, je le reconnus instantanément. Je fus d’abord amusé par l’attitude des autres voyageurs du bar qui, eux aussi, l’avaient bien évidemment reconnu, mais se la jouaient blasés, comme si le fait d'avoir à deux mètres de soi l’un des deux ou trois chanteurs les plus populaires des cinquante dernières années n’avait aucune espèce d’importance. Il se trouve que, le matin même, j’avais fait du vélo et que, pour me donner du cœur à l’ouvrage, j’avais fredonné un air entraînant, sa chanson “ Le Square Séverine ”. Je ne me souvenais que des paroles des deux premiers vers:

Le Square Séverine
S’illumine

Je racontai cela à Bécaud et je lui demandai s’il se souvenait de la suite. Il ne s’attendait certainement pas à une telle requête à ce moment-là. Il se mit néanmoins à fredonner, et moi à l’accompagner, mais nous ne pûmes guère progresser. Les passagers étaient morts de jalousie, surtout quand Bécaud me dit: « Venez dans mon compartiment, on va réfléchir au problème ». À la gare Montparnasse, le problème n’était toujours pas résolu, mais Bécaud avait bu, en moins d’une heure, trois whiskies et fumé quatre cigarettes. Il est mort d’un cancer à l’âge de 74 ans.

 

 

 

 

 

dvorak.jpgJe me suis rendu compte il y a peu que le début d’un des plus grands succès de Gilbert Bécaud, “ Je t’appartiens ”, une sorte de prière à dieu (« Comme l’argile, l’insecte fragile, l’esclave docile, je T’appartiens »), repris en anglais sous le titre “ Let It Be Me ” par des dizaines d'interprètes anglo-saxons, lui avait été très directement inspiré par une “ Miniature pour deux violons et alto ” d’Antonin Dvořák.

Consciemment ou inconsciemment ?

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Je t'appartiens.jpg.gif

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commentaires

B
<br /> Je vous comprends très bien, cher Rotary, mais vous ne pouvez pas imaginer l'effet qu'il a pu produire sur les gens qui ont aujourd'hui entre 60 et 80 ans. Sa chanson sur De Gaulle était une ânerie<br /> qu'il n'a pratiquement chantée en public. N'oubliez pas que Bécaud, très jeune, avait été résisatnt.<br /> Un peu de gossip : Brigitte Bardot, que Bécaud plaqua, lui a inspiré cette petite merveille : Coquemitoufle.<br /> <br /> <br />
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D
<br /> Personnellement, je n'aime pas trop Bécaud (c'est peut-être une question de génération : j'ai la trentaine). Son "Tu le regretteras" me reste un peu en travers de la gorge (même si de nombreuses<br /> chansons de Sardou sont bien pire).<br /> <br /> Son vrai nom était François Silly. Son imprésario lui a fait changer de nom en raison du sens que ce mot a en anglais.<br /> <br /> <br />
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