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29 juillet 2011 5 29 /07 /juillet /2011 05:55

J'ai publié il y a trois ans ce texte consacré à Guy Mollet, jeune, sur mon blog censuré par nouvelobs.com. Il suscita d'intéressantes réactions.

 

Pour les gens de ma génération, ainsi que pour celle qui a précédé, Guy Mollet incarne à merveille la figure du traître, du responsable politique qui, avec ses comparses Lejeune, Lacoste et autres, a envoyé la jeunesse française se faire tuer pour la cause injuste et perdue de l’Algérie française. Sans oublier le fiasco de l’expédition de Suez, au service des intérêts des grands groupes pétroliers. Cette présentation n’est malheureusement pas caricaturale.

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Je voudrais cependant parler de Guy Mollet autrement, car il se trouve que ma famille l’a connu avant qu’il accède à la célébrité comme député-maire d’Arras, comme principal responsable du parti socialiste de l’époque, comme Président du Conseil, bref comme l’homme politique le plus influent des années cinquante.

 
Avant cela, je rappellerai – en renvoyant à l’excellente biographie que lui a consacré François Lafon (chez Fayard) – qu’il fut, au plan intérieur, un homme de progrès (on lui doit, par exemple, la troisième semaine de congés payés) qui doit se retourner dans sa tombe en observant tous les reniements des socialistes français depuis vingt-cinq ans.

 
Issu d’un milieu très modeste (il passa son enfance dans les deux pièces du logement de fonction en demi sous-sol de sa mère concierge), Mollet réussit à sortir de la pauvreté par l’éducation et à devenir pleinement citoyen par le syndicalisme. Angliciste, il sera l’auteur d’une grammaire plutôt innovante (il fréquentera André Martinet), et laissera à ses élèves le souvenir d’un fort bon pédagogue.


Pendant la guerre, il parviendra, malgré son engagement syndical et franc-maçon, à poursuivre son métier d’enseignant. Pour qu’on ne le soupçonne pas d’activités de résistance, il dirigera une troupe de théâtre amateur d’un bon niveau et animera un club d’aéro-modélisme. C’est en jouant L’École des femmes sous sa direction que ma mère (voir photo de Robert Gensane) appréciera celui qu’elle et ses camarades appelleront « le petit Mollet ». Mon grand-père paternel sera un de ses amis. Mon père sera un de ses élèves et verra en lui – jusqu’à l’intervention algérienne – une référence politique, un père spirituel.


J’ai rencontré Guy Mollet en une circonstance sociologiquement intéressante. Un dimanche matin de 1956, mon père et moi étions à Arras, sur la Grand-Place. Guy Mollet était sorti de chez lui pour acheter du pain. Lui et mon père, qui ne s’étaient pas vus depuis plusieurs années, tombèrent dans les bras l’un de l’autre. Mollet nous invita à prendre le café chez lui. J’ai encore dans l’oreille la voix assombrie par le tabac (il fumait comme un pompier) de cet homme inflexible qui avait réussi à sortir indemne des locaux de la police après avoir été interrogé pendant quarante-huit heures par la Gestapo. Je découvris qu'il vivait très simplement dans un petit appartement de la ville dont il était maire. J’ajoute qu’il passait ses vacances à La Napoule, dans une colonie de vacances de la ville d’Arras. Les dirigeants politiques des quarante dernières années nous ont habitués à d’autres Rolex©.

 

 

Guy Mollet et mon blog

Lorsqu’on crée un blog sur le site du Nouvel Observateur, on bénéficie quotidiennement de renseignements fort intéressants : nombre de visiteurs, nombre de pages lues, nombre de visiteurs par entrées et, enfin et surtout, ce que l’internaute a tapé sur son moteur de recherche pour parvenir, par hasard, jusqu’à nous.


Mon blog comporte quelques textes politiques (de moi ou d’analystes dont je me sens proche et qui produisent des papiers que j’aurais aimé écrire moi-même), des textes de littérature, des textes culturels, un texte sur le sport et des textes sur la pop music. En deux mois, j’ai reçu environ 1500 visites. Aucun lecteur ne m’a écrit, ce que je regrette : à l’inverse du journal intime, le blog, journal "extime", vise à l’exposition maxima, donc on dialogue. En revanche, étant assez connu comme universitaire spécialiste des Beatles (mon premier article sur le groupe date de 1969), je constate que des internautes discutent (pardon : chattent) autour de ma prose, sur des sites spécialisés, en particulier autour d'une longue analyse consacrée au « White Album » – que j’aime beaucoup et que j'ai précédemment publiée sur la revue en ligne de mon laboratoire de recherches, le MIMMOC.


Ce qui motive plus particulièrement cette note, ce sont les lectures de ma page consacrée à Guy Mollet. J’ai été très étonné de constater le nombre très important (relativement) de ces lectures. Qui peut encore s’intéresser, me suis-je demandé, à cet homme politique de la Quatrième République, méprisé aujourd'hui par la droite (alors qu'elle le redoutait du temps de sa splendeur) et honni par quantité de gens de gauche ? Ce bref texte n’était d’ailleurs pas politique, mais plutôt de nature privée.


J’ai donc cherché quels mots les internautes avaient tapés sur leur moteur de recherche pour parvenir à la page “Mollet”. Alors, j’ai tout compris. La plupart d’entre eux avaient cherché à partir de l’entrée «La lettre de Guy Mollet». je fus d’abord amusé, puis abasourdi. Ces internautes, plutôt jeunes j’imagine, avaient confondu Guy Mollet et Guy Môcquet. Pour la jeunesse de France, ce valeureux garçon aura longtemps été une station de métro avant de devenir l’auteur d’une lettre lue par des joueurs de rugby à l’instigation de leur patron – dit-on, futur ministre –  multimilliardaire, propriétaire de casinos, de campings, de teintureries, de restaurants etc. Depuis que le Président de la République Française fait référence à d’illustres hommes politiques de gauche (les gens de gauche, il ne les aime que morts ou renégats), l’inconscient collectif est devenu, plus que jamais, un tohu-bohu (au sens biblique du terme), une pétaudière d’incohérence.

 

Photo RG (dr).

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commentaires

P
Bonsoir,<br /> Tres interessant et emouvant ce temoignage personnel. Mollet sous l'Occupation, ca m'interesse; les Beatles aussi! http://blogs.rue89.com/philippe-marliere/2010/01/10/nowhere-boy-un-film-sur-lenfance-retrouvee-de-john-lennon-132649
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