Partager l'article ! Hiver 1956 : j’y étais !: Un article de Morgane Bertrand pour Le Nouvel Observateur m’a rajeuni de 56 ans. J’en cite d’ab ...
Un article de Morgane Bertrand pour Le Nouvel Observateur m’a rajeuni de 56
ans. J’en cite d’abord de larges extraits :
« Février 1956, ou le mois le plus froid du XXe siècle [1947 avait été pas mal, mais je n’étais pas né, avec un déficit thermique de plus de 10°C. Entre le 31 janvier et le 28 février 1956, une vague de froid (et de neige) s’abat sur la France et l’Europe, vitrifiant la Côte d’Azur jusqu’à l’Italie et recouvrant la côte Atlantique d’un manteau neigeux.
Pourquoi s’y intéresser ? Parce qu’elle n’est pas sans rappeler l’épisode de grand froid actuel. Points communs : la date, et la présence du même anticyclone situé au-dessus de la Finlande et le nord-ouest de la Russie, repoussant des masses d’air glacial sur l’Europe.
François Jobard, porte-parole de Météo France, joue la prudence :
Nous sommes encore loin de l’hiver 1956, anthologique avec un froid très intense qui a persisté de nombreuses semaines. Il n’est pas exclu que la vague actuelle dure deux ou trois semaines, mais elle est moins froide."
À l’époque, le thermomètre avait enregistré -24,8°C à Nancy, -20,6° à Besançon et -23,1° à Metz. Contre respectivement -12°, -11° et -12° vendredi 3 janvier 2012.
En 1956, la presqu’île de Saint-Tropez est coupée du monde ; Saint-Raphaël et Antibes disparaissent sous la neige ; Nice fait décoller ses avions au compte-goutte et annule son Carnaval. Les cours d’eau, le littoral Atlantique, l’étang de Berre sont gelés. Un match de hockey sur glace est organisé sur le lac du Bois de Boulogne, et des parties de belote sur le canal du Midi. La gare de Strasbourg est paralysée. Puis c’est au tour de Bordeaux, où l’armée est appelée en renfort pour dégager jusqu’à 80 cm de neige dans les rues. Jacques Chaban-Delmas, alors maire de Bordeaux et coincé hors les murs, organise le ravitaillement à distance.
De lourdes conséquences
A la fin du mois, les stocks de charbon sont à sec, renfloués par 140.000 tonnes envoyées par les Américains. Dans l’hebdomadaire France Observateur, on peut lire le 23 février 1956 :
Si la vie industrielle ou la distribution du gaz et de l’électricité ont subi des perturbations qui entraînent plusieurs dizaines de milliards de perte pour l’économie, c’est la production agricole qui est la grande victime."
Destruction de la quasi-totalité des primeurs du Midi et d’une partie des légumes d’hiver du centre de la France, accompagnée d’une flambée des prix : déjà aux Halles, les choux-fleurs, les endives (cependant non gelées), les poireaux ont augmenté de plus 100%. »
Moi, je suis en CE2, à l’École Voltaire à Hénin-Liétard. L’instituteur, c’est mon père, ce qui ne me gêne pas du tout : comme homme du métier, il est très bon et j’aime beaucoup mon père. Chaque matin, nous partons ensemble pour l’école, ma petite main réchauffée par sa grande main. Après 1km5 de marche, nous avons les pieds gelés. Dans la classe, heureusement, un jeu de pantoufles nous attend. Mon père a pris, les conditions climatiques étant ce qu’elles sont, une mesure pédagogique toute nouvelle : au fond de la classe, il n’y a pas de chauffage central, mais un poêle à charbon que, comme ses collègues, il rallume le matin après s’être débarrassé des cendres de la veille. Mon père décide – ce qui en soit n’est pas bête du tout – que les mauvais élèves occuperont les premiers rangs et les meilleurs les derniers. Je me retrouve donc à 1m50 de la source de chaleur. Après toutes ces années, j’ai honte d’apporter cette explication prosaïque aux gentils cancres du CE2 de mon père qui voudront bien me lire.
Je n’ai pas un souvenir précis de l’intensité du froid, mais je me rappelle parfaitement que nous eûmes du verglas jusque fin mars, début avril.
La prochaine fois, je raconterai l’hiver 62 qui ne fut pas mal non plus.
PS : un vieil ami lot-et-garonnais me fait passer le témoignage suivant :
Ton évocation de février 56 fait remonter en moi des souvenirs merveilleux.
J'étais pensionnaire en 4e au collège de Villeneuve. Le Lot, que notre établissement surplombait, charriait des blocs de glace de la taille d'une gazinière. Une nuit, le
thermomètre descendit à - 17 °C, les tuyaux d'eau éclatèrent et l'on nous renvoya dans nos foyers pour trois semaines. Vingt centimètres de neige. Nous passions notre temps à faire de la luge
dans le pré entre la grange de Dumont et la première maison du bourg ou à glisser sur les deux mares qui existaient alors à droite du carrefour du "tour de ville" et de la route de
Montastruc, en montant. 1956 fut une année terrible pour les paysans du canton : un samedi après-midi de juin, un orage de grêle ravagea les pruniers qui n'avaient pas éclaté en hiver,
les vignes, les céréales. Les boulangers furent obligés de leur faire un an d'avance de pain. Le soir, quand le vieux car Augié qui nous ramenait de Villeneuve arriva sur la place, il y avait
encore cinquante centimètres de grêlons sur les trottoirs.
Derniers Commentaires