Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
17 décembre 2011 6 17 /12 /décembre /2011 07:10

http://parispascher.typepad.fr/guide/images/2008/05/06/chirac_par_lafp.jpgLa condamnation d’un ancien chef de l’État a été présentée par les médias comme une « première ». Ce n’est pas exact. Le jugement visant Chirac fait suite à ceux de Louis XVI et de Pétain. Certes, ces deux grandes figures de notre histoire nationale furent condamnées à mort tandis que Chirac ne l’a été qu’à une peine infamante de délinquant ordinaire. Mais tout de même.

 

Il n’est pas inutile de replacer cette condamnation dans son contexte historique, c’est-à-dire l’époque déjà lointaine qui a vu Chirac s’emparer de la mairie de Paris. En ce temps-là, Paris n’a pas de maire. Le « maire de Paris » est une invention de la Révolution française. Napoléon, qui se méfie de la capitale, supprime la fonction. La ville sera désormais dirigée par un préfet assisté d’un conseil honorifique. Une loi de 1859 crée les vingt arrondissements actuels. Le président de la République désigne, pour chaque arrondissement, un maire et deux adjoints, nommés pour trois ans et révocables. 1964 voit la création du département de Paris. La capitale dispose alors d’un président de Conseil municipal dépourvu des pouvoirs normalement attribués aux autres maires de France. Les maires d’arrondissement exercent l’essentiel des fonctions locales (les pouvoirs de police exceptés), sous l’autorité du préfet, représentant de l’État.

 

Parce qu’il est « moderne », mais surtout parce qu’il voit là le moyen de renforcer son pouvoir contre le RPR, le président Giscard d’Estaing décide en 1975 de faire voter une loi qui alignera Paris sur le droit commun des municipalités françaises. Ce texte législatif prévoit que le maire de Paris jouira à la fois des pouvoirs dévolus aux présidents de Conseil généraux et aux maires, à l’exception des pouvoirs de police. Les premières élections municipales sont prévues pour le 25 mars 1977.

 

À ce moment précis de notre histoire, la République française est dirigée par le faux noble Giscard d’Estaing (de la Tour Fondue ?), le comte d’Ornano et le prince Poniatowski. Le Premier ministre Raymond Barre (qui a succédé à Chirac, entré en conflit avec Giscard), simple fonctionnaire dont le père a fait un passage en prison avant d’être acquitté suite à une opération frauduleuse, fait figure de petit Chose (à noter que la mère de Raymond Barre s’appelait Déramond – Œdipe, quand tu nous tiens…). Et ce, même s’il avait pour cousin lointain Bertrand  du Guesclin et s’il a passé toute son enfance dans cette somptueuse demeure de La Réunion :


 http://aigrsc.free.fr/personnages_reunionnais/maison_natale_de_dierx_et_raymond_barre.jpg

 

 

Giscard demande au comte Michel d’Ornano (descendant de Marie Walewska, maîtresse de Napoléon, puis épouse du Corse Philippe d’Ornano) de se porter candidat à la mairie de Paris. D’Ornano est un parachuté puisque maire de Deauville. Giscard le voit élu dans un fauteuil. Las ! Il est battu dans le XVIIIe arrondissement par la liste Jospin /Delanoe, tandis que Chirac qui s’était présenté, lui l’élu de la Corrèze, sur les conseils de ses mentors Garraud et Juillet, rafle la mise.

 

La lutte pour la « bataille de Paris » est épique. Les coups les plus bas fusent : petites phrases assassines, sondages bidons. D’Ornano est présenté comme un aristo « élevé dans un pantalon de flanelle », Chirac mettant en avant le retour aux sources d’un titi né à Paris. La pauvre Françoise Giroud, qui avait soutenu Mitterrand pendant des années, a soudain rejoint Giscard avant d'être embarquée dans la galère d’Ornanienne.

 

http://static.lexpress.fr/medias/1249/639649_sans-titre.jpg

Entre Giroud et Mitterrand, le déjà célèbre François-Marie Banier 

 

 

Bref, Giscard est déstabilisé par cette élection.

 

À l’époque, je résidais à Abidjan. Les Français de Côte d’Ivoire étaient majoritairement de droite, avec un RPR très dur et très vulgaire. Le vote lepéniste étant insignifiant, les gens d’extrême droite votant RPR. Un de mes collègues enseignants, ni dur ni vulgaire, avait la carte du RPR comme militant de base. Mais il avait des rapports épisodiques avec les huiles du parti. J’avais été surpris par la décision de Chirac de s’engager dans le combat risqué pour la mairie de Paris. J’avais demandé à mon ami pourquoi son chef avait pris cette décision. Le militant de base au courant de bien des choses m’avait répondu : « Paris sera une pompe à fric ; il faut que le fric soit pour nous et pas pour les Giscardiens. »

 

J’aime quand l’actualité ravive mes souvenirs anciens.

 

Partager cet article
Repost0

commentaires