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4 mars 2011 5 04 /03 /mars /2011 08:17

Depuis tout petit, j'ai lu Stefan Zweiglink.

 

J'ai commencé à dix ans avec son Fouché, qui est peut-être son chef-d'oeuvre biographique. Mes parents adoraient ce livre et je le leur avais subtilisé. Il faudra que je m'y replonge un de ces jours.

 

Dans son essai sur Sainte-Beuve (la sainte qui avait toujours raison, comme nous disions au lycée), Zweig nous livre le portrait du critique idéal selon lui :

 

 

Avant tout, le critique idéal doit posséder toutes les dispositions de l'écrivain, quoique sous une forme moins développée. Mais il ne doit rien incarner complètement, comme le fait ce dernier : il doit toujours être à la fois d'un côté et de l'autre, en soi et dans l'autre. Il faut qu'il réunisse en lui les qualités les plus différentes : la compréhension pour ce qui est en dehors du temps et une sensibilité très fine pour ce qui touche à l'époque, être capable de sentir le relatif de l'heure comme l'absolu des valeurs, avoir le passé en tête et poressentir l'avenir. Il doit être écrivain, mais pas trop : juste assez pour connaître le secret de l'atelier, la crise de la création, le respect de la composition, afin qu'ensuite, passant à sa sphère propre, la critique, il puisse lui donner des formes complètes. De même il ne doit pas avoir la noble partialité, l'obstination, l'attitude du pur écrivain livré à l'imagination, afin de pouvoir conserver son entière liberté de jugement. Il doit se donner comme lui et pourtant se maintenir dans une perpétuelle transformation, semblable en cela à l'acteur, toujours différent dans chacune de ses métamorphoses, mais restant cependant lui-même par la force de sa personnalité propre. Mais non moins qu'à l'auteur il faut qu'il ressemble à son frère en esprit, le savant, le tranquille rassembleur des faits, le juge consciencieux. Les deux facteurs primordiaux de la connaissance lui sont indispensables : il faut qu'il possède la faculté de sentir, sentir par instinct et qu'il ait le don magique d'expliquer ensuite comme le savant explique les phénomènes obscurs de la nature animée. Il doit toujours être enthousiaste et compréhensif avec calme ; il doit avoir l'amour de la justice, être à la fois humble devant l'oeuvre et capable de la juger. Et résoudre par une lutte incessante et inlassable ce désaccord en une harmonie est l'art propre du critique. Aussi sous sa forme parfaite est-il aussi rare à toutes les époques que le grand art lui-même.

 

 

Traduction : Alzir Hella

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