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3 août 2011 3 03 /08 /août /2011 15:30

http://www.motifake.com/image/demotivational-poster/0811/opulence-demotivational-poster-1225987301.jpgAvant de partir en congé – mais prennent-ils jamais des vacances ? – les collaborateurs du Monde Diplomatique nous ont concocté un superbe numéro.

On vient de voir que Barack Obama avait été contraint d'accepter les mesures imposées par les Républicains pour combler les déficits. Serge Halimi l’avait prévu (« Chantage à Washington ») : « Relative à la réduction de la dette américaine, la querelle qui oppose le président Barack Obama et la majorité républicaine au Congrès dissimule l’essentiel : cédant au chantage de ses adversaires, M. Obama a concédé d’emblée que plus des trois quarts de l’effort budgétaire des dix prochaines années, soit 3 000 milliards de dollars, proviendraient de coupes dans les budgets sociaux. La droite américaine aurait pu se satisfaire de ce triomphe, mais elle veut toujours plus. Y compris quand son intransigeance risque d’entamer sa popularité.

En décembre 2010, cédant une première fois à sa pression, le président des Etats-Unis avait prolongé de deux ans les baisses d’impôts très inégalitaires décidées par son prédécesseur George W. Bush. Quatre mois plus tard, parlant cette fois comme Ronald Reagan, M. Obama s’est réjoui de « la réduction annuelle des dépenses la plus importante de notre histoire ». Il a ensuite enchaîné les cycles de négociations avec les parlementaires républicains, annonçant : « Je suis prêt à me faire taper sur les doigts par mon parti pour arriver à un résultat. » Résultat : de nouveaux reculs de la Maison Blanche… »

 

Robert W. McChesney et John Nichols expliquent comment, aux États-Unis, médias, pouvoir et argent achèvent leur fusion : « Au Royaume-Uni, le scandale créé par les agissements du groupe de M. Rupert Murdoch a révélé les liens délétères entre journalisme, police et politique. Aux Etats-Unis, où le milliardaire possède de nombreuses chaînes de télévision, le rôle du complexe médiatico-financier dans la vie institutionnelle s’est encore accru récemment… ». Pendant ce temps, Greg Grandin revient sur le rêve amazonien de Henry Ford : « Au début du XXe siècle, l’industriel américain Henry Ford impose sa vision du monde à la construction automobile, avec l’ambition d’étendre « rationalisation » et « standardisation » à toutes les activités humaines. En créant Fordlandia, au cœur de l’Amazonie, il met son rêve en pratique. »

Magnifique article de Frédéric Lordon sur la nécessaire démondialisation (par parenthèse, un concept inventé dans les années 90 par Bernard Cassen, alors directeur du Diplo : « Perchées sur le fil de la dette, les économies occidentales flageolent de crise en crise. Réunions et sommets « exceptionnels » où se joue le sort d’un pays, d’un continent, constituent désormais l’ordinaire des responsables politiques. Depuis trois ans, ces derniers ont endossé le rôle de voiture-balai de la finance. Mais une autre piste s’ouvre, suscitant déjà craintes et controverses : qui a peur de la démondialisation ? Au commencement, les choses étaient simples : il y avait la raison – qui procédait par cercles (avec M. Alain Minc au milieu) –, et puis il y avait la maladie mentale. Les raisonnables avaient établi que la mondialisation était la réalisation du bonheur ; tous ceux qui n’avaient pas le bon goût d’y croire étaient à enfermer. « Raison » cependant confrontée à un léger problème de cohérence interne puisque, se voulant l’idéal de la discussion conduite selon les normes de la vérité et du meilleur argument, elle n’en aura pas moins interdit le débat pendant deux décennies et n’aura consenti à le laisser s’ouvrir qu’au spectacle de la plus grande crise du capitalisme. »

 

Alain Gresh raconte l’horreur en Syrie où les balles ont tué la peur : « De récents affrontements entre sunnites et alaouites à Homs ont illustré les tensions confessionnelles et les risques de guerre civile. Pourtant, la majorité des manifestants rejette ces dérives et réclame la démocratie. Le pouvoir syrien affirme vouloir de profondes réformes, mais sa crédibilité est minée par la violence de la répression. »

On se divertit avec Allan Popelard et Paul Vannier qui nous expliquent pourquoi Marrakech est plus high society que la Gascogne (j’avais personnellement des doutes !) : « Le référendum du 1er juillet dernier sur la Constitution marocaine a permis au roi Mohammed VI de donner au moins, dans le contexte des révoltes arabes, l’illusion d’une démocratisation. Mais le sort de Marrakech, transformée en « nouveau Saint-Tropez » de la jet-set parisienne, illustre le creusement des inégalités sociales.

Jean-Arnault Dérens nous parle de la “ Yougonostalgie ” : « Vingt ans après le tragique éclatement de la Yougoslavie, la nostalgie de l’ancien Etat commun se ravive dans les républiques héritières. Que représente ce sentiment, où se mêlent le regret d’un Etat puissant, respecté sur la scène internationale, et les souvenirs idéalisés d’un socialisme « à visage humain. »

Tony Wood nous emmène au pays du capitalisme réel : la Russie, bien sûr : « À l’approche des élections russes de mars 2012, les grandes manœuvres politiques ont commencé au Kremlin. Moribonde au début des années 1990, la Russie a opéré depuis une décennie un spectaculaire redressement économique et diplomatique sur fond d’autoritarisme et de corruption. A l’heure du bilan, deux visions de la transition postsoviétique s’affrontent. » Pendant ce temps-là, selon Cédric Gouverneur, calcutta est bien « délaissée » : « Entourée de Bidonvilles en expansion continue, la capitale bengalie a moins profité de la croissance économique que New Delhi ou Bombay. La mégapole conforte une certaine image de dénuement, au risque de se caricaturer elle-même. »

Laurent Bonelli nous brosse un historique des luttes armées depuis une quarantaine d’années : « Depuis les attentats du 11 septembre 2001, les puissances occidentales ont érigé la guerre contre le terrorisme en priorité stratégique sans que l’on sache vraiment ce que recouvre le terme. Quoi de commun en effet entre les groupes révolutionnaires nés dans les années 1970, les réseaux d’Al-Qaida et les luttes armées pour l’indépendance ? Les témoignages de militants éclairent les logiques de la violence politique. »

Même l’École Normale Supérieure de la Rue d’Ulm est contaminée par le capitalisme financier, pour lequel sa directrice à les yeux de Chimène (Mathias Roux) : « Créée après guerre, l’ENA devait former des grands commis de l’Etat ; bicentenaire, l’Ecole normale supérieure avait pour mission de produire un corps enseignant d’élite baigné de valeurs humanistes. Devenues des instruments de reproduction de la classe dirigeante française, ces deux institutions prestigieuses tentent de s’imposer comme un sas vers le monde des affaires. »

Qu’est-ce qu’un réactionnaire, s’interroge Évelyne Pieillier ? « Longtemps, on put le définir comme celui qui préfère l’ordre ancien au progrès, et le classer à droite. Mais les réfractaires aux réformes libérales sont eux aussi taxés d’immobilisme, alors même que les anime un idéal de progrès... Confusions, équivoques, que les propos des antimodernes et autres conservateurs énervés peuvent éclairer à leur manière. »

Grand (aux deux sens du terme) reportage d’Olivier Cyran. Écologie de droite, cave canem ! Voir l’exemple des grands écolos allemands (Joschka Fischer en tête) qui ont vendu leur âme aux financiers : « Longtemps, le parti des Verts allemands a semblé vouloir faire de la politique autrement, loin des Parlements. Héritiers de la contestation des années 1960, les Grünen ont lutté contre le nucléaire, expérimenté de nouvelles formes de vie collective. Forts de résultats électoraux encourageants, leurs dirigeants tentent de concilier écologie, économie et jeu institutionnel. A Hambourg, le compromis donne des résultats surprenants. »

Un article inattendu mais très édifiant de benoît Duteurtre sur ce « Charming Paris » qui devient un parc à thème : « À la boulangerie du quartier, la plupart des touristes s’expriment en « globish ». Sitôt entrés dans la boutique, ils bredouillent quelques mots d’anglais pour commander leur sandwich. Plus loquaces, certains Américains se lancent dans de longues phrases, avec toute l’assurance de représentants de la culture dominante. Quand je me trouve dans la file d’attente, j’ose parfois leur signaler qu’en France on utilise généralement le français - la politesse consistant à demander : « Parlez-vous anglais ? » Certains me regardent, l’air ahuri, et je comprends leur étonnement. Car tout semble fait aux alentours pour leur éviter semblables préoccupations. Les cafés déguisés en bistrots typiques affichent sur des ardoises les prix de leurs appetizers et de leur French merlot. Quant aux autobus qui passent toutes les cinq minutes, pour déplacer les visiteurs d’un monument à l’autre, ils ont également opté pour l’affichage en anglais. Bref, le voyageur venu découvrir la double destination « Paris-Eurodisney » peut avoir l’impression d’évoluer, à deux pas de Notre-Dame, dans une annexe du parc de loisirs mondialisé. »

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