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3 mars 2011 4 03 /03 /mars /2011 20:11

Dans le numéro de mars 2011 du Monde Diplomatique, Serge Halimi se demande si l’Iran va, lui aussi, basculer vers une révolution démocratique :

« Les balles qui tuent peuvent être chiites ou sunnites, modérées ou radicales, pro-occidentales ou « anti-impérialistes ». Les populations qui meurent, aussi. Mais les régimes qui tirent se ressemblent. Celui de Tripoli a d’ailleurs su remplacer l’appel incantatoire à la révolution mondiale par le gardiennage des frontières de l’Union européenne.

Les mêmes falsifications réunissent aussi des gouvernements que tout semblerait distinguer. Téhéran a ainsi prétendu percevoir dans le soulèvement démocratique arabe les prodromes d’un « réveil islamique » inspiré par la révolution iranienne de 1979 ; Israël a repris ce fantasme, mais pour feindre de s’en alarmer. Toutefois, quand des opposants iraniens ont voulu saluer les manifestants du Caire, la théocratie au pouvoir leur a fait tirer dessus. L’armée israélienne, elle, ne massacre pas des civils aux mains nues — sauf quand ils sont palestiniens (1 400 morts à Gaza il y a deux ans). Mais M. Benyamin Netanyahou n’apprécie pas davantage que Téhéran l’exigence de liberté de la jeunesse arabe. Car elle pourrait priver son pays d’excellents partenaires, autocratiques mais proaméricains. Il ne resterait plus alors à Tel-Aviv qu’à crier au loup en se rabattant sur l’épouvantail iranien.

Or les tensions avec Israël et les sanctions internationales permettent au régime de Téhéran, enhardi par l’affaiblissement de ses grands rivaux régionaux (Egypte et Arabie saoudite), de réactiver son discours nationaliste. Cela lui est d’autant plus utile que le « mouvement vert » de 2009 n’a pas été assommé par la répression qu’il a subie. Le Guide suprême Ali Khamenei espérait que le « vaccin » des pendaisons et des tortures avait détruit les « germes » de la contestation. Hélas pour lui, les soulèvements arabes ainsi que le contraste humiliant entre une population instruite et un système politique moyenâgeux sapent la légitimité déjà ébranlée de son régime. Alors, à défaut de faire mitrailler la foule des mécontents par l’aviation, « à la libyenne », le clan religieux au pouvoir encourage les clameurs meurtrières de ses séides. Au lendemain d’une forte mobilisation de l’opposition, 222 des 290 députés ont ainsi réclamé le procès de MM. Mehdi Karroubi et Mir Hossein Moussavi, deux anciens dignitaires du régime qui vivent en résidence surveillée depuis qu’ils se sont dressés contre le Guide suprême. Et, le 18 février, Téhéran fut le théâtre d’une manifestation destinée à « exprimer sa haine, sa colère et son dégoût devant les crimes sauvages et répugnants des chefs de la sédition et de leurs alliés hypocrites et monarchistes (2) ». « Agents sionistes » ou « hooligans », ils sont menacés de mort. »

 

Alain Gresh analyse les conséquences du « réveil arabe » :

« Si les craintes d’une immigration massive venant de Libye dominent dans l’Union européenne, les Etats-Unis s’intéressent plutôt aux retombées du réveil arabe sur l’ordre régional. Ils redoutent les conséquences de la chute de M. Hosni Moubarak, pilier de leur politique, qu’il s’agisse du dossier iranien ou du conflit israélo-arabe. Mais tous ces calculs pourraient être chamboulés par l’irruption des opinions publiques, sensibles au calvaire des Palestiniens.

Plusieurs semaines de grèves et de manifestations submergent ce grand pays musulman. La crise économique et sociale, le pillage de l’Etat par la famille du président, un autoritarisme sans bornes ébranlent ce pilier de la politique américaine dans la région. Washington lâche pourtant son vieil allié. La secrétaire d’Etat demande au dictateur de démissionner afin d’« ouvrir la voie à une transition démocratique ».

Nous ne sommes pas en Egypte en février 2011, mais en Indonésie en mai 1998. C’est Mme Madeleine Albright, et non Mme Hillary Clinton, qui s’exprime. Suharto, arrivé au pouvoir avec l’aide de la Central Intelligence Agency (CIA), en 1965, après avoir fait massacrer un demi-million de communistes ou supposés tels, doit quitter la scène. Avec la chute du mur de Berlin (1989) et la fin de l’Union soviétique (1991), l’Indonésie a perdu sa place d’avant-poste de la lutte contre le communisme et, à Washington, on préfère accompagner un mouvement de démocratisation, l’orienter dans un sens favorable aux intérêts des Etats-Unis. D’autant que le président William Clinton veut déjà donner au monde une image plus ouverte de l’Amérique. Finalement, le choix s’avère habile, et Djakarta maintient des relations étroites avec Washington, même si l’Indonésie, membre actif de l’Organisation de la conférence islamique, fait preuve d’indépendance, par exemple sur le dossier nucléaire iranien. »

 

Jean-Christophe Le Duigou, que l’on a connu plus réformiste, à propos de la « réforme » des retraites notamment, enjoint de « réhabiliter l’impôt » :

« Alors que les déficits publics s’accumulent, la course au moins-disant fiscal se poursuit. M. Barack Obama a prolongé les baisses d’impôts pour les plus riches. En France, M. Nicolas Sarkozy veut supprimer l’impôt sur la fortune. Des économistes socialistes cherchent un peu plus de justice, tout en restant dans le même cadre. N’est-il pas temps d’aller plus loin ?

Enfin, le vent a tourné et la réforme fiscale revient au goût du jour. Certains osent même évoquer la perspective d’une « révolution ». Mais sommes-nous au seuil d’une vraie transformation de la fiscalité ou d’un simple aménagement de l’Etat-providence secoué par la crise ?

Pendant trente ans, les gouvernements successifs ont vécu avec l’illusion de la solidité de notre système de finances publiques. Quelles que soient les difficultés, les services publics continuaient à fonctionner. Les budgets assumaient tant bien que mal les conséquences de la montée du chômage. La décentralisation permettait de transférer des charges de financement importantes aux collectivités territoriales. En contrepartie, l’Etat, via un endettement en forte croissance, devenait le principal soutien des marchés financiers — au point de former avec eux un couple indissociable.

En France comme ailleurs, le conformisme a dominé le débat sur la politique économique, les fiscalistes ne contribuant guère à son renouvellement. La réduction des prélèvements sur le capital et ses revenus fut ainsi le nec plus ultra des choix proposés. Gauche et droite, successivement, ont creusé ces fameuses « niches » qui font de notre système de prélèvement un gruyère, où coexistent des taux d’impôts et de cotisations apparemment élevés et des assiettes réduites, au moins pour tout ce qui n’est pas rémunération salariale. Les exonérations ciblées étaient déjà nombreuses. Mais en cinq ans, de 2003 à 2008, l’ampleur des cadeaux octroyés a augmenté de 47 %, passant de 50 à 73 milliards d’euros.

Désormais, en dépit des tentatives d’en reculer l’échéance, l’augmentation des prélèvements paraît inéluctable. Preuve, une nouvelle fois, comme le disaient à la fois Karl Marx et Joseph Schumpeter, que « l’impôt est la base matérielle de l’Etat ».

 

Vincent Drezet et Liem Hoang-Ngoc nous disent ce qu’il en est de « l’obsession patrimoniale de Sarkozy » qui vise, ce qui s’est confirmé à supprimer l’ISF.

 

Géard Duménil et Dominique Lévy analyse ce qu’est désormais devenu le « dissensus » de Washington : « La commission d’enquête crée par Obama en 2009, met au jour les causes de la débâcle qui a commencé en août 2007 et a culminé un an plus tard avec la chute de plusieurs grandes institutions financières américaines. »

 

Depuis l’élection des lib-cons en Grande-Bretagne, l’université souffre (David Nowell-Smith) : « David Cameron avait promis que, pour compenser le retrait de l’Etat, il favoriserait l’avènement d’une communauté de bénévoles : la Big Society ». Selon The Economist, les Britanniques voient dans le projet un camouflage des coupes budgétaires. Lesquelles, sévères, ont commencé. Notamment à l’université. »

 

Et pendant ce temps-là, les chercheurs n’osent plus chercher (Howard S. Brecker) : Il n’y a plus guère de liberté pour la recherche en sciences sociales. Des pressions politiques, judiciaires ou économiques s’exercent sur les chercheurs. Mais le conformisme académique et la crainte des responsables universitaires de troubler l’ordre établi constituent des formes beaucoup plus insidieuses de censure.

 

Un grand reportage de Jean-Arnaud Dérens sur « la sale guerre de l’UCK au Kosovo » : « Des enquêtes révèlent l’ampleur des exactions commises par des membres de l’Armée de libération du Kosovo (UCK). Les victimes se comptent aussi bien parmi les civils serbes que dans les rangs des rivaux politiques de l’UCK. »

 

Jean-François Boyer nous raconte quand « le Mexique cessa d’être indépendant » : « Autour du cas de Madame Florence Cassez,  Paris multiplie les gesticulations. Sur ce dossier, le Mexique affiche son inflexibilité et met en avant son indépendance. Vis-à-vis des Etats-Unis, toutefois, il sait se montrer beaucoup plus souple. »

 

Partout dans le monde, des bases militaires étatsuniennes (William Pfaff) : « Le ministre de la Défense Robert Gates a déclaré que les effectifs et l’équipement de l’armée subiraient  les effets de la situation financière de la nation. Néanmoins, avec 553 milliards de dollars prévus en 2012, le budget militaire continuera d’augmenter. Au risque d’aggraver les tensions. »

 

Philippe Rivière explique comment Téhéran subit une cyber-attaque : « Le virus informatique Stuxnet qui a affecté l’Iran aurait été mis au point en Israël avec  l’aide des Etats-Unis. Ciblant des infrastructures industrielles, cette attaque présage-t-elle une nouvelle ère de cyber-guerre ? »

 

Serge Quadruppani (auteur de La Politique de la peur) décrit les restructurations et résistances chez Fiat : « Deux établissement de Fiat subissent une nouvelle mise au pas. Mais le durcissement des conditions de travail entraîne une mobilisation inattendue. »

 

Salam Kawabi et Bassma Kodmani analysent les révoltes arabes selon la thématique des armées, des peuples et des autocrates. Raphaël Kempf décrit les racines ouvrières du soulèvement égyptien. Gilbert Achcar estime que les Frères musulmans sont pour « une transition dans l’ordre ». Quant à Akram Belkaïd, il évoque les attentes sociales et la peur du chaos en Tunisie : « la disparition des forces de l’ordre et les manœuvres des partisans du dictateur déchu pourraient voler la victoire des révolutionnaires. »

 

Plaignons MAM, « emportée par la foule » (Laurent Bonelli, Elwis Potier), cette foule qui «  apparaît comme le pendant conservateur du peuple. Un peuple qui semble aspirer à un autre avenir. »

 

A lire un dossier très intéressant sur le modèle mutualiste « au défi de l’Europe », et de Sarkozy qui envisage (avec son frère ?) toutes les solutions, y compris celles des assurances privées, pour des raisons qui sont aussi idéologiques.

 

François Danglin explique comment des puissances du Sud (Indé, Brésil, Afrique du Sud) s’efforcent de nouer un « pacte démocratique » pour favoriser la coopération Sud-Sud. Les projets communs concerneraient bien évidemment la santé et l’agriculture (Folashadé A. Soulé-Kohndou).

 

SelonMartine Bulard, Pékin « cherche à concilier puissance et stabilité » : « Le pouvoir reconnaît que des changements s’imposent en économie. Il veut en décider le rythme et rejette toute pression extérieure. »

Il existe maintenant un « CNN à la chinoise » (Pierre Luther) : « La chine implante peu à peu, dans le monde entier, des médias d’Etat qui remplissent une double fonction de communication et de renseignement. »

 

Le Diplo publie des bonnes feuilles du dernier livre d’Ignacio Ramonet : L’Explosion du journalisme. Des médias de masse à la masse des médias.

 

Mona Chollet se demande si l’on peut « refaire le monde à coups de bistouri ». Vit-on la crise des subprimes du corps ?

 

 

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