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13 avril 2011 3 13 /04 /avril /2011 14:10

http://a6.idata.over-blog.com/500x417/0/56/45/40/chignon/chignon-bas-mariage.jpgCe 12 avril 2011, France 3 nous a proposé une fort plaisante soirée consacrée aux derniers mois de la vie de Pompidou. Une fiction avec Jean-François Balmer offrait une puissante réflexion sur la mort, le pouvoir, l’amour (les Pompidou formaient un couple très uni). Puis le précieux boniparleur Taddéi (link) réunit un plateau de qualité avec, entre autres, l’auteur du film et l’inévitable Marie-France Garraud, aujourd’hui âgée de 77 ans, conseillère de Pompidou, puis de Chirac.

 

Bien qu’étant plutôt de gauche (avec la présence d’Yves Boisset – dont j’appris que le père avait été un condisciple de Pompidou à Normale Sup’ – et de Marina Vlady), ce plateau ne fit pas grand mal à l’homme politique, celui qui avait choisi la banque d’affaires contre l’université, qui fut l’instigateur d’une politique anti-ouvrière avec Raymond Marcellin au début des années 70 et qui étouffa toute tentative de liberté dans les médias d'État. Et, avant cela, celui qui avait maté une grève du désespoir des mineurs de charbon en 1962. À cette occasion (j’avais 14 ans), j’avais participé à ma première action de soutien à un mouvement revendicatif en récoltant des fonds pour que les grévistes et leurs familles puissent manger.

 

Malgré cette bienveillance, Marie-France Garraud partit bille en tête contre le réalisateur, estimant qu’il avait manqué de respect pour la statue du commandeur. Ce que tous les participants au débat nièrent.

 

Je l’avais complètement oubliée (refoulée ?), cette acrimonie (j’adore le mot anglais cantankerous) de la conseillère de l’ombre me remit en mémoire notre brève rencontre dans le TGV Poitiers-Paris il y a une quinzaine d’années.

 

J’avais pris place à une table dans la voiture-bar pour manger un sandwich quand je découvris qu’étaient assis en face de moi Marie-France Garraud et un compagnon de voyage, se restaurant tous deux d’une salade composée. Je la reconnus telle que je l’imaginais : brillante, extraordinairement phallique, n’acceptant pas la contradiction. À Châtellerault, l’homme descendit (était-ce prévu ou n’en pouvait-il plus ?) et je me retrouvai seul face à la redoutable égérie. Plusieurs possibilités s’offraient à moi : je faisais comme si elle n’existait pas tout en restant à table, je quittai mon siège ou je restai en sa compagnie en engageant la conversation. J’étais demeuré jusqu’alors impassible, mais je sentis qu’elle savait parfaitement quel type d’individu je pouvais être : assurément pas quelqu’un de son camp politique ou de son milieu (les vieilles familles de juristes bien à droite du Poitou).

 

J’eus l'irrépressible envie de lui envoyer une vacherie. J’hésitai. Si je la jouais politique, il ne lui faudrait pas trente secondes pour me clouer le bec ou me rouler dans la farine, selon le choix de la métaphore. Je décidai de la faire perso et adressai à cette personne qui représentait tout ce que je détestais la flèche du parthe suivante :

 

— En vous regardant et en vous écoutant, je me suis longuement demandé si vous étiez Marie-France Garraud ou la femme de Chaban-Delmas.

 

Garraud détestait Chaban : l’homme, le politique. Mais elle avait la même forme de visage et le même magnifique chignon que Micheline, la femme de Chaban.

 

Je ressentis une forte surprise et une imperceptible indignation chez ma voisine de table : comment pouvais-je la confondre avec cette femme qui n’était rien d’autre qu’une « femme de » ?

 

— On nous prend en effet parfois l’une pour l’autre, dit-elle habilement.

 

Un silence pesant s’installa, que Marie-France rompit par un :

 

— Voulez-vous mon yaourt, je n’ai plus faim ?

 

Comme c’était habile de sa part ! Pour le yaourt, en effet, c’était moi ou la poubelle. Et en me donnant quelque chose, elle reprenait le dessus.

 

Malgré tout, je pris tout mon temps pour savourer ce laitage. Quasiment jusqu’à Paris. Gare Montparnasse, elle me salua courtoisement.

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Published by Bernard Gensane - dans Tranches de vie
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commentaires

Monsieur B. 14/04/2011 16:59


Le personnage est antipathique, c'est vrai. Mais je me souviens, pendant la campagne du référendum de 2005, l'avoir entendue moucher un journaliste oui-ouiste (pléonasme) à la radio. Elle avait lu
le fameux traité constitutionnel, elle, et elle avait corrigé à plusieurs reprises, texte à l'appui, le journaleux qui n'arrêtait pas de débiter des contre-vérités européistes à l'eau-de-rose.

Ce jour-là, moi, un homme de gauche, j'ai éprouvé une immense tristesse en constatant que, sur la constitution européenne, je me sentais plus proche de ce que disait Marie-France Garraud que de la
plupart des pontes du PS. Et à ce moment-là, j'ai compris comment des gens qui avaient voté leur vie durant pour le PC ont pu finir, un beau jour, par voter pour le FN (ou, en 2007, pour Sarkozy).


ida C 14/04/2011 11:01


Le trajet Chatellerault -Paris , la voie lactée ?


j.michel 13/04/2011 19:56


Le dernier yaourt avant le garrot


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