Lorsque cette chanson est apparue sur les ondes au début des années 80,
je résidais en Côte d’Ivoire. Parce que je me trouvais loin de mes sources, je ressentis une émotion très profonde à l’écoute de cet hymne si bien réussi. Mais je sus dès la première écoute que
Bachelet, dont je n’avais jamais entendu parler, n’était pas ch’ti. Il dit en effet :
J’avais les terrils
À défaut de montagnes
en prononçant terril comme barril, alors que les ch’tis prononcent terri, comme outi (et non outil) ou nombri (et non nombril). Je crois que cette prononciation vient de l’ancien picard.
Je n’en eus d’ailleurs que plus d’admiration pour le chanteur et son parolier, pas du tout ch’ti, lui non plus.
George Orwell a écrit quelque part qu'il aurait donné l'écriture de ses meilleurs livres contre celle d'une chanson toute simple que le peuple reprend dans les pubs ou les fêtes de famille. Ce qu'ont réussi, par exemple, Freddy Mercury avec “ We Are the Champions ”, Paul McCartney avec "Mull of Kintyre", Jean Dréjac avec "Ah, le petit vin blanc", et donc Bachelet (et son parolier Lang) avec ces “ Corons ”, chantés à pleins poumons dans le stade de football de Lens.
Dans cette chanson j’aime particulièrement ces quatre vers :
Mon père était "gueule noire" comme l'étaient ses parents
Ma mère avait les cheveux blancs
Ils étaient de la fosse, comme on est d'un pays
Grâce à eux je sais qui je suis
Cette phrase nous parle de l’identité par le travail, et non de l’identité « nationale » des nationalistes rances créateurs de chômage du style Sarkozy, Guaino, Besson. Sans parler du ch’ti Guéant.
Depuis, on a vu TF1 fabriquer (comme cette chaîne fabrique du remplissage pour cerveaux vides) un quatuor composé de chanteurs lyriques de talent qui font de la variété. Ils chantent l’hymne de Bachelet. La boucle est bouclée.
Pierre Verhas 18/07/2012
Juliette 06/11/2012