22 mars 2012 4 22 /03 /mars /2012 07:27

Ci-dessous un article de Fiacra Gibbons, traduit par Gaëlle Rowarch Anne Burkel-Gibaud et Florent Bahuaud, étudiants à Poitiers :


http://media.melty.fr/media_aggregate-807534-ajust_614/fusillade-toulouse-mohamed-mehra-arrestation.jpg

 

Fusillade à Toulouse : race, religion et meurtres

 

 

Les meurtres de Toulouse surviennent à un moment où le personnel politique français tient des discours de haine.

  

Au cours de ces dernières années, entre récession et régression, l’idée qu’on ne peut pas avoir tort si on glisse à droite est devenu une tarte à la crème de la politique européenne. Sur tout le continent, les hommes politiques ont trouvé une nouvelle formule magique pour assurer leur succès électoral et leur survie en jouant sur la peur des étrangers et en particulier de l’Islam – le clin d’œil appuyé sur le mode « l’immigration est à la racine de notre déclin économique et social. Ce n’est nullement, d’ailleurs, un vice propre aux partis de droite. Quiconque ayant entendu récemment le parti travailliste néerlandais aura du mal à distinguer ses idées de celles du démagogue Geert Wilders.

 

Jusqu’à aujourd’hui, ils pouvaient essayer de prétendre qu’ils n’entendaient causer de tort à personne, qu’il s’agissait là, au contraire, d’un processus de rééquilibrage salutaire après vingt ans d’autocensure et de politiquement correct sournois.

 

Ces dernières semaines, les média audiovisuels français ont débordé de discours aussi bassement équivoques, Nicolas Sarkozy ayant fait prendre à son parti un brusque virage vers la droite pour tenter de sauver sa peau, déclarant qu’il y avait « beaucoup trop d’étrangers en France » et nourrissant l’islamophobie avec l’argument ridicule que les Français étaient forcés, à leur insu, de manger halal ; on entendit même son premier ministre, François Fillon, déclarer que Juifs et Musulmans devraient oublier leurs préceptes alimentaires archaïques et s’ouvrir à la modernité.

 

Claude Guéant, le ministre de l’intérieur, qui s’est personnellement chargé de la supervision de l’enquête, est celui qui a été le plus systématiquement xénophobe, se faisant le champion de la supériorité de la civilisation chrétienne européenne sur d’autres cultures inférieures qui forcent les femmes à porter le voile – oui, messieurs les Juifs et Musulmans pratiquants, c’est de vous qu’il parlait. On a atteint le fond du fond la semaine dernière lorsque le nouveau chargé de l’immigration, Arno Klarsfeld – qui, ironie du sort, se trouve être le fils aîné du chasseur de nazis Serge Klarsfeld – a prôné l’érection d’un mur entre la Grèce et la Turquie pour préserver l’Europe des invasions barbares.

 

Aujourd’hui, ce qui s’est produit à Toulouse nous donne l’horrible illustration de ce à quoi peut mener un cynisme aussi aberrant. Tous ceux qui ont été blessés ou tués dans les environs ces huit derniers jours avaient une chose en commun. Ils étaient issus d’une minorité visible. Leur nom ou leur visage indiquaient bien qu’ils ne faisaient pas partie des descendants de « nos ancêtres les Gaulois », comme dirait Jean-Marie Le Pen. Leurs racines – à la fois juives et musulmanes – étaient au Maghreb ou dans les Caraïbes. En somme, ils étaient un résumé de la « France métissée », fruit d’un mélange, la France immigrée qui travaille dur et qui « se lève tôt » pour vider les poubelles ou garder les enfants ; des gens qui ont un taux de mortalité disproportionné pour la France et qui pourtant sont la plupart du temps enfermés dans ses prisons ou ses banlieues délabrées.

 

Comme le disait un père ce matin, alors qu’il serrait son fils dans ses bras devant l’école : « Ils s’attaquent à nous parce que nous sommes différents ».

 

La police est bien loin, pour l’heure, de saisir, plus encore de comprendre ce qu’il peut se passer dans la tête de quelqu’un capable d’attraper une petite fille par les cheveux pour ne pas avoir à gâcher une deuxième balle pour elle. […]

 

Tout comme pour Breivik, les politiques ne tarderont guère à accréditer la thèse du malade mental solitaire. Un nouveau fou solitaire, influencé par rien d’autre que son esprit dérangé, comme ce gang de néo-nazis qui avait tranquillement tué des Turcs et des Grecs en Allemagne durant des années sans jamais être inquiété par la police, laquelle préférait conclure à des règlements de compte ou à des crimes d’honneur.

 

La question, diront-ils, est de savoir quel lien il peut y avoir entre des écoliers juifs et des militaires français. Le lien est qu’ils sont tous perçus – et pas seulement par les milieux d’extrême droite – comme un symbole de ce qui a dégradé « la France forte » pour citer le slogan de campagne de Sarkozy. Les écoles confessionnelles, qu’elles soient juives ou musulmanes, sont perçues comme des éléments qui sapent les fondements de la République laïque par des activistes appartenant à des groupes tels que le Bloc Identitaire, le Front National, ou encore comme certains membres de l’UMP, le parti de Sarkozy, voire même par certains membres de partis de gauche.

 

Un Noir ou un Musulman, plus particulièrement s’il est d’origine algérienne, portant un uniforme de parachutiste, ça touche une corde sensible dans la vieille garde de l’extrême droite. Ce sont les parachutistes qui ont accompli la plus grande partie du sale travail lorsqu’il s’agissait de garder l’Algérie française, et qui ont essayé d’évincer De Gaulle quand il s’est opposé à eux.

 

C’est aujourd’hui le cinquantième anniversaire de cette guerre qui a fait plus d’un million de morts et a laissé deux pays transformés et déformés par la douleur du deuil, aussi bien d’un côté que de l’autre.

 

Pas même Sarkozy, qui a le plus à perdre du point de vue politique dans cette affaire de meurtres, n’essaie de cacher le lien avec les questions de race et de religion. Alors qu’il venait de faire écho au vieux slogan du Front National « La France, tu l’aimes ou tu la quittes » – avant de nier l’avoir dit – il a appelé hier le peuple français à s’opposer à la haine, haine qu’il a lui-même passé ces dernières mois à attiser de manière irraisonnée. Les 34 jours à venir nous diront s’il sera balayé par la tempête qu’il a contribué à déchaîner. 

 

Original de l'article : (link)

 

Petite remarque (qui n'a rien à voir) que j'adresse à tous les gens des médias français : dans le mot "Guardian", gua ne se prononce pas goua mais ga. Quand on ne sait pas, faut demander. Perseverare diaboolicum.

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Published by Bernard Gensane - dans Politique
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commentaires

Pierre Verhas 22/03/2012

Je ne crois pas que la thèse du "malade mental solitaire" passera, cette fois-ci.

En tout cas, cette affaire est du pain bénit pour la Marine et le kleiner mann. Il est plus que temps que la gauche ait une position claire sur cette question du terrorisme, sans tomber dans le
délire liberticide de la droite, ni le laxisme presque complice d'une partie de l'extrême-gauche.

Le terrorisme est une arme utilisée dans une lutte d'influence pour le contrôle des ressources énergétiques. Cela n'a rien à voir avec une lutte des peuples opprimés contre les exploiteurs. L'Islam
salafiste et wahabbite est un instrument de pouvoir, comme toute religion, utilisé pour renforcer un pouvoir.

Tout cela mérite une analyse approfondie afin que la gauche puisse répondre efficacement à ce défi.

Ezna 22/03/2012

Analyse pertinente. Le style reste maladroit pourtant.
Évitez les lourdeurs telles que "voire même" par exemple.

kulturam 22/03/2012

http://fr.news.yahoo.com/m%C3%A9lenchon-devant-bayrou-pen-182210685.html

BM 23/03/2012

Une autre analyse, de Tariq Ali :

http://www.counterpunch.org/2012/03/22/behind-the-toulouse-shootings/

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