8 avril 2012 7 08 /04 /avril /2012 16:01

http://images.forum-auto.com/mesimages/420189/967fb83696.jpgJe ne sais pas, vous, mais moi qui vous ai abreuvé de quelques dizaines de chroniques sur l’aliénation linguistique, j’en ai un tout petit peu ras-le-bol de ces publicités pour des marques françaises imposées dans la langue de la CIA et de Wall Street réunies.

 

Quand il s’agit de produits non français, c’est limite (pardon : border line), mais ça passe. Comme pour un récent produit Chevrolet : « Make It Happen ». Encore que…Mais quand les produits sont français, on ne voit vraiment pas pourquoi nous devrions nous laisser entuber par des slogans publicitaires immédiatement abscons, dont la traduction nous est offerte, comme pour s’en excuser, en Times 2, en bas à droite de l’affiche.

 

On pourrait aussi parler de ces produits français, mais dont le nom est wall-streetien. Je pense par exemple à la voiture 16 soupapes à 11990 euros (« scandaleusement accessible », hé oui, vous les ploucs pauvres, vous pouvez frimer avec votre 4/4 sur les parkings des hypermarchés !) fabriquée en Roumanie pour Renault, la (le ?) Duster. Alors, là, je me perds en conjectures. Le mot « dust » signifie poussière. Fort logiquement, « duster » signifie chiffon. Par extension, tablier de protection ou pulvérisateur. Où donc l’excellent Monsieur Carlos Gohsn (lui dont le nom est arabe, le prénom espagnol et qui jouit des trois nationalités française, libanaise et brésilienne) est-il allé chercher un nom de bagnole pareil ? Dans le même ordre d’idée, il m’a fallu un bon moment pour comprendre ce qu’il en était de la nouvelle Citroën (pardon « Citroen » et non plus « Citroën », pauvre André !) DS4 « Just mat ». « Just mat » renvoie à « Hickory mat ». « Mat » signifie « mat », tandis que le « hickory » est un noyer blanc d’Amérique. Le mot est d’origine indienne : « pawcohiccora ». Tous les enfants anglais connaissent la célèbre comptine du XVIIIe siècle « Hickery Dickery Dock* ». Pour nous résumer (ça devient de plus en plus passionnant), « just mat » signifie que certains éléments de la voiture sont peints en blanc mat. Kolossal foutage de gueule !

 

Mais revenons au slogan publicitaire du titre de notre article. Il s’agit, avec ces quatre mots, de faire vendre la nouvelle 208 Peugeot. C’est tout le mal qu’on leur souhaite, d’autant que la firme au lion vient de passer dans l’hexagone une annus horribilis. La famille Peugeot, pour sa part, viendrait plutôt de savourer une annus mirabilis. Pensez-donc : elle réside en Suisse, sa fortune est estimée à 4 milliards d’euros. Elle va même jusqu’à détenir des actions dans la Sanef (qui gère pour nous les autoroutes du nord et de l’est de la France) une société bien juteuse présidée par Alain Minc.

 

La précision n’étant pas toujours le fort de la langue anglais, « Let your body drive » signifie soit « Laissez votre corps conduire », soit « Que votre corps conduise ». Ce n’est pas aussi important que le délabrement du Mali**, mais la différence n’est pas mince. En bas de l’affiche, le capitalisme transnational nous fait une petite fleur en nous donnant une traduction, ou plutôt une adaptation. Sachez qu’avec la 208, « Votre corps reprend le pouvoir ». Comme disait Cavanna il y a quarante-cinq ans, « La publicité nous prend pour des cons, la publicité rend con ». Qu’il s’agisse de la version wall-streetienne ou de la version montbéliardaise, cela  signifie tout et n’importe quoi. Comme tout bon slogan publicitaire, il s’agit d’un enfumage – la fumée se reniflant plus facilement en sabir atlantique. Peugeot a décidé de décliner le concept macluhanien des années soixante selon lequel l’outil étant un prolongement du corps, l’homo sapiens a plus de pouvoir si sa main sait appréhender un levier de vitesse.

 

Au fait : notre corps reprend le pouvoir. Mais quand l’avait-il donc perdu ?

 

 * Premier couplet d'une comptine épatante pour apprendre aux enfants à dire l'heure :

Hickory Dickory Dock,
The mouse ran up the clock.
The clock struck one,
The mouse ran down!
Hickory Dickory Dock.

 

** Il y a une trentaine d’années, j’ai séjourné dans ces coins du nord Mali. Je me souviens d’une discussion, à l’époque, à mes yeux, un peu abstraite avec un Touareg qui me dit : « Pour nous, le Mali, ça n’existe pas. C’est une invention de la colonisation. » Comme disait Salman Rushdie : « The Empire strikes back. »

 

PS : un correspondant, qui s'y connaît en industrie automobile, écrit ceci, qui est passionnant :

 

Quand Jacques Calvet a pris la direction de PSA, l’industrie automobile était au bord de la débâcle en Europe. On parlait même de supprimer Citroën. Il a défendu son entreprise becs et ongles et l’industrie auprès des politiques. Il a relevé la société au prix de mains efforts, a misé sur la production de voitures bien françaises et est devenu numéro deux européen.

 

Aujourd’hui, la nouvelle direction choisit de s’allier à un géant d’outre-atlantique qui a été relevé de la faillite en 2009 par le gouvernement des Etats-Unis grâce à une injection de 50 milliards de dollars (Bonjour l’émission monétaire...).

 

La direction de GM a adopté une stratégie de guerre commerciale :

 

- Les nouveaux modèles sont copiés des constructeurs européens (compact - premium) et n’ont plus rien à voir avec les voitures américaines. Cela saute aux yeux rien qu’à la conception esthétique. On peut aussi se demander si GM n’a pas copié également les processus de production européens, vu que les télécommunications et les logiciels sont aussi contrôlés par les Etats-Unis.

 

- acquiert en février 2012 une participation dans PSA grâce à ce surplus de capital étatique - une manoeuvre totalement anti-libérale - comment peut-on accepter qu’une entreprise s’appuie sur des subsides pour acquérir un concurrent ? - mais que la Commission Européenne devrait avaliser comme toutes les décisions iniques imposées par Washington.

 

En se soumettant de la sorte, la direction de PSA commet une erreur stratégique. Elle devra ouvrir son réseau de distribution Gefco et livrer ses derniers secrets de fabrication en échange d’une diminution de ses coûts d’achat et de production (réduction des effectifs).

 

Ce faisant, PSA accroît sa soumission à un concurrent direct dont elle renforce considérablement la taille tout en diminuant son propre pouvoir de décision et sa liberté commerciale (car ils sont concurrents directs sur le même segment commercial).

 

Et c’est sur PSA qu’on rejettera la responsabilité de la fermeture prochaine de l’usine Opel en Allemagne.

 

Malgré les difficultés, PSA était pourtant une entreprise saine et bien gérée.

 

Le problème ne vient pas de l’entreprise et encore moins de ses "surcapacités" comme aime à le claironner la presse des investisseurs avides d’opérations de fusions-acquisitions juteuses.

 

Il eut mieux valu s’attaquer au problème qui est conjoncturel  la demande sur le marché européen.

 

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Published by Bernard Gensane - dans culture et politique
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commentaires

John F. Ellyton 18/07/2013

Just mat (mat : paillasson, carpette, etc. – Et la Rolls, devient-elle une vieille baderne ?) -- peut-être que chez les néo-citroen (citron en néerlandais), la nouvelle DS4 est-elle l’équivalent du tapis volant d’Aladin dont rêvent tous les cons attachés à un volant et rampant dans les embouteillages. Maintenant, si on permet à tous les cons de voler… les chefs d’escadrilles se compteront assurément parmi les marchands de tapis (de Pierre Dac ?).

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