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5 avril 2013 5 05 /04 /avril /2013 07:55

http://static1.purepeople.com/articles/2/11/00/42/@/975896-jean-michel-aphatie-lancement-de-la-620x0-1.jpgVu l'admiration sans bornes que je voue au Grand Timonier de la pensée et de la pratique journalistiques (link) ou encore (link), comme j'aurais aimé écrire cette lettre ! Christophe Conte des Inrocks, s'en est chargé.

 

Cher Jean-Michel Aphatie,

A l’occasion de son cinquième anniversaire, le site trotsko-moustacho-indépendantiste Mediapart nous a fait un sacré beau cadeau. Avec l’aimable complicité de la justice française, il nous a offert sur un plateau, celui du Grand Journal, le spectacle de ta déconfiture étalée façon crêpe, avec tentative misérable de retournement soudain dans la poêle à frire du bavardage politique.

D’ailleurs, cela ne trompait personne, sous le bronzage tout juste acquis lors de vacances en haute altitude, là où tu étais assuré de ne croiser aucune des analyses que tu dispenses le reste de l’année sur les antennes, tu semblais bien vert. De rage, ou de honte, bue, avalée de travers même, après que les récents rebondissements de l’affaire Cahuzac ont eu pour effet de ruiner en 24 heures ta réputation d’encarté de presse au-dessus de tout soupçon.

Oui, Jean-Minou, je te le dis avec tendresse, tu viens de passer pour une nouille. Tu auras beau agiter les bras, prétendre comme tu le fais depuis une semaine, à grands coups de “rira bien qui rira le dernier”, que TA vérité surgira au bout du tunnel judiciaire où l’ancien ministre du Budget a été contraint de s’engager, rien n’y fera.

Si la parlotte dont tu as fait profession, avec une efficace faconde, peut se dissiper dans les airs et s’oublier avec le temps, les écrits numériques ont la fâcheuse et horripilante faculté de rester coller aux basques de celui qui les a émis trop hâtivement. Depuis des mois, depuis les premiers indices révélés par Mediapart d’un possible compte en Suisse ayant appartenu à Cahuzac, tu t’es acharné sur Twitter à discréditer le sérieux de cette investigation. Tes échanges musclés avec Fabrice Arfi, le journaliste en charge du dossier, ont plus encore amusé la galerie que le clash Booba/La Fouine, et s’il n’était question d’une affaire grave de distorsion morale entre un ministre en charge du budget de l’État et le monde obscur de l’évasion fiscale, on aurait presque pu s’en moquer avec toi. Car tu étais très moqueur, bien assis sur ta chaise, face à ceux qui cherchaient à démontrer la possible existence de ce boulet helvétique. A trop fréquenter Laurent Gerra sur RTL, tu as notamment voulu à tout prix faire passer le fameux enregistrement des “aveux” du ministre pour une grossière et peu crédible imitation.

Sans doute mieux informé sur la question que quiconque, tu t’es abstenu de lire en détail les enquêtes de tes confrères, ne serait-ce que pour nourrir ce qui doit servir d’appétit à tout journaliste, le doute.

Tu réclamais des preuves et encore des preuves concernant Cahuzac, comme si les journalistes devaient se substituer à la justice, et non lui apporter des éléments objectifs à son instruction. Des preuves de ta suffisance, il en est une pourtant irréfutable. Pendant plusieurs mois après ton inscription sur Twitter, alors que des milliers de gens te suivaient, toi, en retour, tu ne suivais personne. A quoi bon entendre l’avis des autres quand on est convaincu que le sien fait autorité ? Pourquoi s’abaisser au dialogue, voire à la contradiction, lorsqu’on cumule les monologues en une polyphonie radio/télé sauce béarnaise qui devrait forcément tenir lieu d’oracle ? Aujourd’hui tu suis quelques personnes, mais ton assurance semblait demeurer inentamée. Jusqu’au moment où, la justice ayant décidé d’ouvrir une instruction d’après les informations de Mediapart, tu fus le premier à demander la démission du ministre. La veste que Hollande a administrée au présumé innocent Cahuzac ressemblait alors étonnamment à celle que tu retournais à la hâte sous nos yeux amusés. La collection printemps-été du journalisme suiveur aura ainsi trouvé en toi un mannequin sur mesure.

Je t’embrasse pas, j’ai pas de preuves.

Christophe Conte

 

PS : En photo, Aphatie à Disneyland ; gratuitement, évidemment.

En anglais, “ to take the Mickey ”, c'est “ se moquer ”. “ Mickey ” est l'abréviation de “ micturate ” (miction). “ To take the Mickey ” signifie donc, à l'origine, “ pisser ”.

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commentaires

6
Ce délinquant (# "personnalité")n'avait-il pas été condamné à une peine de prison ferme ?J’ai la mémoire qui flanche…Il est vrai que selon M.le président de la République française les paradis fiscaux n'existent pas...Pourtant un citoyen lambda aurait été condamné,lui,à une peine incompressible de 20 ans ferme avec comparution immédiate.Va comprendre Charles!On pourrait peut-être souhaiter un bon séjour et de bonnes vacances (en Guyane)à M.Cahuzac qui se croit (visiblement à bon droit)AU-DESSUS des LOIS!Mais l’explication de cette justice qui dysfonctionne gravement doit être ailleurs...J'ai entendu un leader politique affirmer récemment "Ce nouveau monde a tout de l'Ancien Régime et rien de la République".Cette explication est déjà plus intéressante et convaincante...
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O
Enfin je comprends la chanson du grand Serge!... :-)
http://www.youtube.com/watch?v=9rfrJ1XFo5o
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I
@ Jacques Lacaze .
Votre commentaire est très pertinent . Il nous fait aussi penser au personnage de Vautrin ,(inspiré par celui Vidocq), nommé chef de la police chez Balzac .
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J
Quand même, on critique, on critique, mais la position d'Apathie de minimiser - et le choix d'Hollande de nommer Cahuzac au budget - n'était pas si bète que ça. Qui était le mieux placé pour lutter
contre la fraude fiscale, sinon Cahuzac précisément? les boites informatiques embauchent bien les petits génies qui savent franchir tout les pares feux .....
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