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21 avril 2011 4 21 /04 /avril /2011 06:28

 

Je fais partie des privilégiés, des nantis, comme disent certaines bonnes pommes, qui, touchés par une affection de longue durée (dans mon cas, un cancer dont j’ai réchappé), voient leurs soins médicaux remboursés à 100% pour cette affection particulière, et non pour d’autres soins. En général, je n'ai pas besoin de trop d'efforts pour me sentir solidaire de victimes ou de personnes menacées. Mais, cette fois-ci, je sens le SCUD des vrais privilégiés et des vrais nantis pointés dans mon dos.

Cette prise en charge était insupportable pour Servier et ses affidés politiques du style Sarkozy, Lagarde ou Bachelot. Le gang du Fouquet’s prépare donc un décret visant à normaliser par le bas cet état de fait.

Avant de proposer des extraits d’un témoignage bouleversant d’une adolescente atteinte d’un diabète très handicapant, je rappelle une poignée de chiffres désormais bien connus, grâce à la Cour des comptes en particulier : les sommes énormes que l’État doit à la Sécurité sociale et qui ont créé artificiellement le fameux “ trou ”. Ce n’est pas que l’État ne peut pas rembourser ces sommes, c’est qu’il ne le veut pas :


* Une partie des taxes sur le tabac : 7,8 Milliards

* Une partie des taxes sur l’alcool : 3,5 milliards

* Une partie des primes d’assurances automobiles : 1,6 milliards

* La taxe sur les industries polluantes : 1,2 milliards

* La part de TVA : 2 milliards

* Retard de paiement à la Sécu pour les contrats aidés : 2,1 milliards

* Retard de paiement par les entreprises : 1,9 milliards

 

Si l’État payait, la Sécu serait excédentaire de 9 milliards d’euros.

 

 

http://vulgariz.com/wp-content/uploads/2009/01/diabete-glycemie.jpg« Je ne vous adresse pas ce courrier par hasard. Je proteste contre les réformes gouvernementales qui visent la réduction du remboursement du traitement des affections longue durée.

«Je m’appelle Lucile. Je n’ai pas encore tout à fait 15 ans, mais cela fait déjà plus de douze ans que je me bats pour vivre une vie normale. Je suis atteinte de diabète insulinodépendant depuis l’âge de 2 ans. Je dois me faire quatre injections d’insuline par jour. J’y suis habituée maintenant, et ce n’est sans doute pas le plus pénible. Pourtant, il arrive que le découragement me prenne : je n’ai aucune chance de guérir. C’est un cauchemar sans fin. Vous n’avez pas idée, vous ne savez pas, vous ne pouvez pas vous représenter. Ma vie se réduit à cela : me piquer pour m’accorder un répit. Parfois, je dérape, ou veux aller trop vite ; il n’est pas rare que je saigne. Je souffre, mais je serre les dents. Je supporte en silence.

«J’aurais beau vous expliquer, je ne pourrais pas vous décrire l’horreur de dix années de vie. Il y a des moments où on ne peut rien faire à part attendre que ça passe. On se sent faible et démuni, parce qu’on est dépendant de cette insuline qu’on déteste. Sans elle, autant nous suicider : la mort nous trouvera de toute façon. On est dépendant des autres également : il ne faut jamais se relâcher, il ne faut jamais oublier sa seringue. On est obligé de manger à heures fixes pour ne pas faire d’hypoglycémies. Synonymes de malaises, elles sont la peur de tous les diabétiques. On contrôle la glycémie quatre ou cinq fois par jour grâce à un lecteur spécifique pour les éviter. Sans cela, nous serions victimes de malaises graves, voire d’arrêts cardiaques. Ou au contraire, ne pouvant gérer notre dose d’insuline, nous ferions plus d’hyperglycémies, ce qui entraînerait des problèmes au niveau des reins, des yeux et de la circulation du sang.

 

La population diabétique est d’environ 3 millions de personnes en France, soit un vingt-et-unième de la nation. Pour vous c’est peu ; pour moi c’est trop. La santé est le plus précieux des droits. Tout le monde doit y avoir accès : n’est-ce pas écrit dans la Déclaration des droits de l’homme ? Le serment d’Hippocrate engage les médecins à soigner quiconque a besoin d’aide. La réduction du remboursement des affections longue durée va à l’encontre de tous ces articles, écrits par le peuple.

 

«Ne sommes-nous pas déjà assez punis par la vie ? Qu’avons-nous fait pour mériter de mourir jeune ou d’agoniser ? Car il s’agit bien d’agonie, au sens propre. Ne sommes-nous pas suffisamment handicapés, n’avons-nous pas déjà assez de contraintes ? N’avons-nous pas le droit de vivre normalement ? Il ne nous suffit donc pas de savoir que nous aurons des complications ? Devons-nous en plus nous inquiéter chaque jour sur le prix de notre matériel, devons-nous nous appauvrir, n’avons-nous pas le droit de profiter comme les autres de l’argent que nous gagnons à la sueur de notre front ? Ne laissez pas le gouvernement réduire le remboursement du traitement des affections de longue durée. Il s’agit là d’un appel à l’aide. »

 

 

Source : Libération.fr

 

 


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commentaires

J
<br /> Merci. En ce qui concerne le deuxième lien, autrefois il y avait une différence entre les hôpitaux publics et les cliniques privées : les premiers ne facturaient pas le jour d’entrée ET le jour de<br /> sortie, mais les secondes oui. Je ne sais pas ce qu’il en est aujourd’hui, mais selon cet article, les hôpitaux publics se seraient alignés sur les cliniques privées ?<br /> <br /> <br />
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B
<br /> Vous pouvez aller là :<br /> http://mai68.org/spip/spip.php?article2357<br /> <br /> là :<br /> http://www.echos-judiciaires.com/economie/trou-de-la-secu-realite-ou-arnaque-a4336.html<br /> <br /> là :<br /> http://www.lepost.fr/article/2009/12/29/1862365_le-trou-de-la-securite-sociale-mythe-ou-arnaque.html<br /> <br /> <br />
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J
<br /> Merci d'indiquer, si vous en connaissez un, le lien vers un article de référence synthétique sur les chiffres mentionnés.<br /> <br /> <br />
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L
<br /> La remise en question du remboursement des traitements de longue durée serait effectivement une double peine, très injuste, pour ceux qui en "profite", si l'on peut dire!<br /> <br /> Je suis d'autant plus sensible au témoignage poignant de Lucile que mon petit-fils de 17 ans est également atteint de ce diabète insulino-dépendant, et je retrouve chez elle les états d'âme qu'il<br /> veut bien nous livrer et sans doute ceux qu'il nous cache, par pudeur...<br /> <br /> <br />
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K
<br /> transmis à la commission santé<br /> <br /> <br />
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