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2 novembre 2012 5 02 /11 /novembre /2012 07:04

http://1.bp.blogspot.com/_Iw25sZ6g5sM/St3bVhPbq9I/AAAAAAAAA-I/s79VpKk8Ghk/s400/JeanLouisFournier.jpgJean-Louis Fournier. Veuf. Paris, Stock, 2011.

 

J’ai un gros faible pour Jean-Louis Fournier et son œuvre (link). Beaucoup de talent, d’autodérision, d’inventivité, une aptitude incroyable à évacuer sa propre souffrance en se faisant mal. Le statut de son livre le plus connu, peut-être, Où on va, papa ?, n’est pas facile à définir : autofiction, biopic, récit, roman ? La mère de ses deux enfants handicapés a vigoureusement contesté la manière et la matière de cet ouvrage dans un blog (link) dont Fournier a exigé et obtenu la censure de certains passages.

 

Jean-Louis Fournier a refait sa vie, avec une personne assurément exceptionnelle (« une fille charmante, cultivée, avec le sens de l’humour »), scripte de cinéma. Qu’il méritait. Elle est morte foudroyée par une crise cardiaque, beaucoup trop jeune. Alors, Fournier a écrit Veuf. Et comme toujours avec lui, c’est très bon. Parce que chez lui la tendresse, l’amour, sont constitutifs de la vacherie et du désespoir. Il faut être anéanti – mais tellement plein d’amour – pour écrire, à quelques pages de distance : « Cette année, on n’ira pas faire les soldes ensemble », « Elle est tombée délicatement avec les feuilles », elle dont les pompiers « n’ont pas réussi à ranimer le feu », et enfin « J’ai retrouvé ton trousseau de clé. Son bruit était aussi beau que l’“ Alléluia ” du Messie de Haendel. »

 

Fournier va tenter de réapprendre à vivre seul à condition de se dire et de nous livrer tout ce qu’il lui doit : « Moi, le rustique, elle m’a affiné comme un fromage, raffiné comme du sucre. » Sylvie était rayonnante, la plus belle des femmes puisqu’elle était « aussi belle que la femme des autres. »

 

Pour aider Fournier, de bonnes âmes lui ont offert le livre de la psychologue Anne Ancelin Shützenberger Sortit du deuil : surmonter son chagrin et réapprendre à vivre. Depuis Sarkozy, on évalue tout, alors ce livre note les catastrophes qui peuvent bouleverser nos vies : 100 points pour la mort d’un conjoint, 73 points pour un divorce, 63 points pour une incarcération, 11 points pour une contravention. Malin comme un singe, Fournier ne commente pas ce classement absurde et insensé. Il observe que, comme il a pas mal cumulé les accidents durant son existence, il lui reste neuf mois à vivre. Neuf mois à se réveiller chaque matin en pensant, un dixième de seconde durant, qu’elle est toujours en vie, comme si elle « remourait » tous les matins.

 

Jea-Louis Fournier a placé en exergue de son livre cette phrase de Voltaire : « Il est poli d’être gai. »

 

 

 

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