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23 mars 2013 6 23 /03 /mars /2013 06:29

André Gardies. Le vieux Cévenol et l’enfant. Arles : Éditions du Rouergue, 2013

 

http://www.etoile.fr/0.images/vue/239.jpgIl y a quelque chose de délicieusement suranné chez le septuagénaire (pardon André !) André Gardies. Son héros roule en 2 CV. Pourquoi pas ? Mais il appelle sa voiture “ Titine ”. Non, André, même nos plus anciens ne surnomment plus leur voiture de la sorte. Mais il est vrai que le romancier Gardies utilise des expressions comme « depuis le matin tôt », qu’Anatole France en personne hésitait à sortir de ses classeurs.

 

Le dernier roman d’André Gardies fait chaud au cœur. Après des œuvres assez tourmentées, mais nécessaires, l’auteur nous offre un texte d’espoir, ancré dans une France qu’on n’effleure, de manière caricaturale, que dans le JT de Jean-Pierre Pernault. Une France rurale, dépeuplée mais dont le cœur, la raison et la déraison battent encore. Mettons la Margeride, cette portion de Lozère qui lui est si chère.

 

En lisant ce Vieux Cévenol, je me suis remémoré un séjour dans le vin de Faugères, chez des amis qui avaient acheté une résidence secondaire où ils passaient deux mois par an et comptaient s’installer pour la retraite. Nous étions au début des années 80. Dans ce village riche, il n’y avait pas un Noir, pas un Arabe à l’horizon. À peine un couple de Britanniques fort bien intégré. Presque tous les habitants votaient Le Pen.

 

Un vieil homme bourru voit s’installer à côté de chez lui des aliens. Pensez donc : une famille franco-malienne. Au départ, il leur déclare la guerre. Ces “ Bamboula ” lui ont soufflé la ferme qu’il convoitait depuis des années, l’empêchant de devenir un grand (pour ce département) propriétaire terrien. Ah, ces étrangers qui achètent tout et qui vous « donnent l’impression que votre pays vous file entre les mains » ! Ses copains de bistrot le soutiennent dans son ire raciste ordinaire. Dans un premier temps, il va donc empoisonner la vie de ces voisins fort pacifiques, mais qui savent manifester leur fierté. Jusqu’au jour où les “ Bamboula ” lui sauveront la vie après un accident de voiture.

 

Albert Thérond, le personnage principal, est mis en congé pour longue maladie. Ancien mineur (nous ne sommes pas très loin d’Alès), il souffre de silicose, mais aussi de cirrhose. Il est donc revenu au pays, avec la promesse de ne plus boire et de renaître dans son village d’enfance où, il faut bien le dire, on pense que le monde va à sa perte à cause de la présence des étrangers. Il faudra un bon moment à Albert pour retrouver ses idéaux passés de gauche, inspirés par les combattants de la Résistance, bref pour ne plus se tromper d’ennemis.

 

Le problème avec les étrangers d’Albert, c’est qu’ils s’appellent Cordat, comme vous et moi, qu’ils sont bardés de diplômes et gagnent correctement leur vie. Pour les paysans cévenols, ce sont donc des « richards ». Ils ont beau parler un français châtié, ils mangent épicé. Albert ne sait pas comment les aborder, car il finit par en avoir envie : « Comment se comporter avec eux ? Comment leur parler ? Un peu la même gêne que devant un invalide, quand on ne sait si l’on doit faire semblant d’ignorer ou non son handicap. » Comment ne pas « baisser sa garde et se retrouver berné » ? Albert y parviendra petit à petit, surtout grâce aux enfants et à la mère de famille. Et grâce à des repas pris en commun puisque, en Margeride comme ailleurs, la nourriture a une fonction conviviale unique. Et il fera face avec courage à l’hostilité violente de compatriotes prêts à partir en croisade contre les « étrangers ».

 

Ce livre est un hommage à la différence. Mais c’est surtout un hymne à l’amour.

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Published by Bernard Gensane - dans notes de lecture
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