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22 août 2011 1 22 /08 /août /2011 06:01

Jean-Bernard Pouy. Colère du présent. Paris : Editions Baleine, 2011.

 

http://nantes.indymedia.org/attachments/apr2011/reiser__vive_lanarchie.jpgJean-Bernard Pouy est un auteur extrêmement prolifique : romans, nouvelles, théâtre, essais. Il a signé, à mes yeux, plusieurs petits chefs-d'oeuvre, dont Spinoza encule Hegel, La Belle de Fontenay, 54X13 (mon préféré). Je rappelle qu'il a créé en 1995 le Poulpe, un détective aux longs bras.

 

Il y a, dans presque tous les livres de Pouy, le fantasme libertaire d'un Mai 68 avorté. Même dans 54X13 qui met en scène le fol espoir d'un coureur échappé interdit de victoire pour des impératifs commerciaux qu'il est bien obligé d'accepter.

 

Un des tours de force de Colère du présent, c'est qu'on ne sait jamais vraiment si on est dans le délire ou la réalité. Ainsi chaque chapitre s'ouvre sur une citation qui fleure bon son bidonnage, mais qui est, pour finir, avérée. Quelques exemples :

 

Ce qui est bien avec les guerres civiles, c'est qu'on peut rentrer manger à la maison (H. Galtier-Boissière).

Les barricades n'ont que deux côtés (Elsa Triolet).

La guerre, c'est comme la chasse. Mais, à la guerre, le lapin tire (C. De Gaulle).

A la guerre, on devrait toujours tuer les gens avant de les connaître (M. Audiard).

La façon la plus rapide de mettre fin à une guerre est de la perdre (G. Orwell).

L'immobilité est le plus beau mouvement du soldat (Caran d'Ache).

Un brave général ne se rend jamais, même à l'évidence (Jean Cocteau).

Mettons un terme aux maîtres (Pierre Desproges).

 

Comme Pouy, en bon oulipiste qui sait jouer avec les mots, la littérature et nous-mêmes, pratique à merveille l'entourloupe, je me permets de lui faire observer qu'il a commis deux erreurs : Pétain n'est pas né à Arras mais dans un petit village du département ; Guy Mollet est né dans l'Orne.

 

Bref, l'action se passe à Arras, au Salon du livre d'expression populaire et de critique sociale. Or ce salon se tient effectivement tous les 1er mai dans la préfecture plutôt bourgeoise du Pas-de-Calais, et Jean-Bernard Pouy en est un des parrains ! Cet événement rassemble forcément, dans un climat post-soixante-huitard, des anars, des trotskistes, des partisans de la décroissance, des économistes radicaux etc. Il y a roman parce que les participants, une fois la fête terminée, décident de se barricader et de déclarer Arras commune libre.

 

Entre les émeutiers pour qui un 4X4 est une "merde terroriste à roulettes" et les militaires qui rêvent de Dien Bien Phu et du Ghetto de Varsovie, ça va bouillir, comme disait Zappy Max quand Pouy et moi-même étions gamins.

 

Un dernier mot pour préciser que le livre s'achève de manière inattendue (malgré la photo de couverture), à la mesure de la folie douce de ce récit très contagieux.

 

 

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