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1 septembre 2011 4 01 /09 /septembre /2011 06:44

Philippe Askenazy (et al.). Manifeste d’économistes atterrés. Les liens qui libèrent, Paris : 2010.

http://makemoneyquickandeasy.net/wp-content/uploads/2011/05/1306630936-88.jpgBien qu’il s’inscrive dans une perspective réformiste, ce manifeste est à lire dans la mesure où les réflexions sont de qualité et où, parce qu’il ne se vautre pas dans l’idéologie dominante, ce texte permet de prendre du recul par rapport à des “ évidences ” qui n’en sont pas mais qui constituent le pain béni, l’alimentation de base que les politiques et les grands médias font avaler à des masses, certes de moins en moins réceptives, mais qui ont, cela dit, toutes les peines à se débarrasser de réflexes conditionnés depuis plusieurs décennies.

 

Face aux “ experts ” qui ne font que justifier la soumission des politiques économiques aux exigences des marchés, les auteurs (d)énoncent neuf « fausses évidences » en les prenant à front renversé. À cette langue de bois totalitaire, ils opposent quelques solutions programmatiques pour que les citoyens du monde se ressaisissent, dans les deux sens du terme : qu’ils redeviennent conscients et qu’ils reprennent leur destin en main afin que la politique, se réapproprie une économie qui a échappé depuis des lustres au champ du débat démocratique.

 

J’énumère donc ici les fausses évidences :

N° 1 : Les marchés financiers sont efficients. Uniquement dans un monde où le discours économique « est parvenu à créer la réalité ». La crise est interprétée non comme le résultat de la dérégulation financière mais comme « l’effet de la malhonnêteté et de l’irresponsabilité de certains acteurs financiers mal encadrés par les pouvoirs publics. »

N° 2 : Les marchés sont favorables à la croissance économique. Non, et ce sont aujourd’hui les entreprises qui financent les actionnaires au lieu du contraire. Le freinage simultané de l’investissement et de la consommation « conduit à une croissance faible et à un chômage endémique. »

N° 3 : Les marchés sont de bons juges de la solvabilité des États. Lorsque les agences de notation baissent la note d’un État, « elles accroissent le taux d’intérêt exigés par les acteurs financiers pour acquérir les titres de la dette publique de cet État, et augmentent par là même le risque de faillite qu’elles ont annoncé. »

N° 4 : L’envolée des dettes publiques résultent d’un excès de dépenses. Or « l’explosion récente de la dette publique est due aux plans de sauvetage de la finance et à la récession provoquée par la crise bancaire et financière de 2008. » À noter par ailleurs « l’effritement des recettes publiques du fait de la faiblesse de la croissance économique et de la contre-révolution fiscale depuis 25 ans. »

N° 5 : Il faut réduire les dépenses pour réduire la dette publique. On sait bien que « l’existence de dépenses publiques stables limite l’ampleur des récessions. À long terme, les investissements et dépenses publiques stimulent la croissance. »

N° 6 : La dette publique reporte le prix de nos excès sur nos petits-enfants. Or on n’a jamais prouvé que baisser les impôts stimulent la croissance.

N° 7 : Il faut rassurer les marchés pour pouvoir financer la dette publique. Depuis Maastricht, les États doivent se financer sur les marchés financiers. Il s’agit là d’une « répression monétaire » visant à soumettre les États aux marchés supposés efficients et omniscients.

N° 8 : L’Union européenne défend le modèle social européen. Au contraire : elle adapte les sociétés européennes aux exigences de la mondialisation en mettant en concurrence les travailleurs européens et en détruisant les fonction publiques.

N° 9 : L’euro est un bouclier contre la crise. « L’Europe a été plus durement affectée par la crise que le reste du monde. » L’Allemagne s’est enrichie au détriment de ses voisins et de ses propres salariés « en s’imposant une baisse du coût du travail et des prestations sociales. »

N° 9 : La crise grecque a enfin permis d’avancer vers un gouvernement économique et une vraie solidarité européenne. Au lieu de desserrer l’étau de la finance, le « gouvernement européen » impose l’austérité « au détriment des solidarités sociales dans chaque pays et entre les pays. »

À noter que plusieurs centaines d’économistes et autres universitaires français ont signé ce manifeste, dont Geneviève Azam, Pierre Duharcourt, Roger Establet, Jean-Marie Harribey, Jean-Charles Khalifa, Frédéric Lordon, Jacques Nikonoff et Loic Wacquant.

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