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21 avril 2012 6 21 /04 /avril /2012 15:03

Une de mes amies m’écrit ceci :

 

« Ci-dessous un petit échange avec ma tante (sœur aînée de mon défunt père) qui confirme une histoire que je croyais sortie de mon imagination : c'est mon grand-père paternel, Maurice V., commandant de gendarmerie, ex-prisonnier de guerre, que je n'ai jamais connu puisqu'il est mort à 53 ans (deux ans avant ma naissance), qui a conduit Pétain à sa première prison, dans les Pyrénées, au Fort du Portalet, en août 1945, juste après le jugement de celui-ci et sa condamnation pour haute trahison et pour tout ce qui s'en est suivi d'abominations au cours du sinistre régime de Vichy.

 

Ma grand-mère m'avait aussi bien souvent raconté que, bien qu'entretenant le jour des rapports nécessairement corrects avec la Kommandantur locale, mon grand-père partait parfois des nuits entières porter des informations aux résistants dans les montagnes toutes proches d'Oloron Sainte-Marie (qui était en zone occupée, comme Bordeaux) où il était en poste. 

 

Un petit moment d'histoire familiale, petite parcelle de la grande Histoire. Cela ressemble sans doute à beaucoup d'autres, mais il importe de collecter de tels fragments, de ne jamais oublier.

 

Oui papi avait conduit Pétain au Portalet en fourgon blindé. Nous étions présents puisque le Convoi s'est arrêté devant l'église Notre- Dame à Oloron . C'et alors que  papi l'a pris en charge et l'a conduit au Pourtalet. C'était assez impressionnant. »

 

http://madatana.com/colline/ambohimanga/ranavalona-III.jpgCette histoire a réactivé chez moi un vieux souvenir. Le seul de mes quatre arrière-grands-pères que j’ai connu a, durant son service militaire, gardé en prison pendant quelques semaines, la dernière reine de Madagascar Ranavalo III (link). En 1897. Mon aïeul avait 27 ans. Il nous disait, dans son accent picard à couper au couteau, que la seule personne noire qu’il ait jamais rencontrée était une reine ! Il était de Bonnières, dans l’Oise. Tout près, dans le petit village de La Neuville-Vault (L'Neuville-Weu, comme on dit là-bas), résidait le grand poète Philéas Lebesgue (link). Lui et mon aïeul avaient des champs mitoyens. Ils avaient quasiment le même âge. Philéas, qui se vivait comme un paysan poète et non comme un poète paysan, considérait mon arrière-grand-père Demarseille comme son collègue. Un collègue presque illettré qui ne put jamais savourer la beauté de la poésie de son voisin. Philéas Lebesgue eut la gentillesse de nous accueillir, mes parents instituteurs et moi-même (âgé d’environ 5 ans) à deux ou trois reprises chez lui. Je me souviens de l’âtre (visible ici link) de la salle à manger et de sa grande barbe blanche. C’est à peu près tout.

 

http://a7.idata.over-blog.com/0/30/38/90/p.lebesgue.jpg

 

De Lebesgue, j’aime bien ceci :

La bicyclette

 

 

Toi, tu me plais.

Tu es agile,


Tu es fine et nerveuse

Comme l'hirondelle et comme les chevreuils;

Tu franchis vallons et collines;

Tu es ivre du moindre rayon de soleil matinal;

Tu es heureuse d'être libre,

Et de fuir par la campagne.

Souple et vive

Tu bois l'espace!...

Tu me plais, et je veux que tu sois ma compagne;

Avec tes muscles d'acier,

Tes roues

Qui agrippent le gravier,

Tu t'élances sur la route :

Les pierres du sentier

N'arrêtent point ta course,

Ni le clair filet d'eau qui jaillit de la source,

Ni les feuilles mortes des bois,

Ni la pelouse....

Je te vois jaillir de la forge,

Métal brûlant et rouge aux reflets bleus;

Je te vois peu à peu prendre forme....

Que le mécanicien ajuste la brasure ;

Qu'il tende tes rayons de la jante au moyeu;

Qu'un féal cortège de billes

Arme contre l'usure

La tige

De chaque essieu;

Que chaque écrou, d'un tour de clef habile,

Prenne sa place la plus sûre,

Et que le pédalier soit bien réglé de jeu!

Or le voici bien d'aplomb et gracile,

Avec son nickel qui brille,

Et où le soleil fait feu !

Te voici comme un jeune oiseau qui rêve :

L'air entassé captif en la prison des pneus

Te soulève!

A l'homme maintenant d'avoir du cœur!...

 

Et ceci :

 

Mon père

 

Mes pas dans les tiens, mon Père,

Etouffent leur bruit mou, ce soir,

Dans la bruyère

Où tu vins si souvent t’asseoir,

Pour y bercer ton rêve austère ;

Mes pas dans les tiens,

Mon père, Je me souviens...

Voici le ruisseau, mon Père,

Où nous buvions, loin des regards,

La belle eau claire ;

Voici la prairie aux grisards ;

Voici le sentier aux fougères.

J’entends le ruisseau, Mon Père,

Dans un sanglot...

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Published by Bernard Gensane - dans Tranches de vie
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commentaires

geronimo87 21/04/2012

Bonjour.
Merci pour cette découverte et par la même occasion celle de Armand Robin.
Merci.
Sincères salutations.

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