"À midi, j'ai regardé le journal télévisé de France 2 qui, bien entendu, était consacré,
pour sa plus large part, à l'affaire Strauss-Kahn. Le journal était centré depuis le bureau d'Elise Lucet - la présentatrice - qui, d'une part, s'adressait à divers correspondants, d'autre
part, recevait des invités à sa table (Vincent Peillon, membre du PS, un commentateur de la chaîne et un avocat
américain, doublement habilité au barreau de Paris et à celui de New York).
Mais le point sur lequel je veux insister est celui-ci : tout le long de ce sujet, les commentaires de la journalistes ou de ses invités, n'ont pas cessé d'être accompagnés des mêmes images, celles des quelques secondes entre la sortie de Dominique Strauss-Kahn, menotté, du commissariat où il avait été interrogé et son départ dans une voiture. [Cette séquence comportait trois plans (j'appelle "plan" - peut-être le mot est-il inexact - une séquence filmée sans interruption)]. En dehors de ces plans filmés, on trouvait des photos fixes, prises dans les mêmes séquences du même DSK.
Rien qu'au début, au bout de 3 mn 10 s, il y avait eu 10 plans filmés du prévenu. Puis un autre plan à 4 mn 54, puis 2 à 5 mn 30, puis 1 à 6 mn 21, puis une photo à 7 mn 15, plus 7 ou 8 photos entre 7 mn 30 s et 8 mn, puis 4 plans à 9 mn 36, puis 1 plan à 15 mn 01, puis un plan à 15 mn 43, puis un à 16 mn 35, puis un à 16 mn 50, puis une photo à 20 mn 57, à 21 mn 12, à 21 mn 22, à 21 mn 31, à 22 mn 17, à 22 mn 55 et à 23 mn 19.
En tout, donc, en 25 minutes à peu près de traitement du sujet, Dominique Strauss-Kahn a été vu 37 fois, soit en séquence filmée, soit en photo, et vu avec les mains menottées derrière le dos, sans cravate, et, parfois même à moitié habillé, sa veste ayant glissé le long de sa manche gauche, presque jusqu'au milieu du dos, et les policiers n'ayant pas même songé à la lui remonter.
Cette image évoque, pour des Français, un souvenir sinistre, à l'époque de la guillotine, lorsque le condamné se voyait découper le haut de sa chemise pour que le bourreau positionne mieux le cou à l'aplomb de la lame.
Ce que j'ai trouvé particulièrement indécent (voyeur, obscène), c'est qu'après les premières images - qu'il n'était pas la peine de montrer trois fois ! - les téléspectateurs aient été abreuvés au moins toutes les 40 secondes de l'image du directeur du FMI dans cette situation humiliante. Et j'ai eu un peu le sentiment que le "texte" du journal (les questions, les analyses, les reportages), loin de constituer le fond de l'émission (dont les images n'auraient été que l'illustration"), n'en avait été que le "prétexte", comme si l'objectif caché était davantage le racolage du téléspectateur (arrivant en zappant d'une autre chaîne et retenu par cet appât) que l'information.
Je n'ai pas de sympathie particulière ni pour Dominique Strauss-Kahn, ni pour la ligne politique qu'il incarne au P.S. Je suis évidemment consterné par ce qu'il est censé avoir fait (en attendant d'autres preuves) et, si c'est vrai, je partage la frayeur, l'épouvante, la détresse de la femme de chambre confrontée à une telle agression.
Mais je ne peux m'empêcher d'éprouver les images exhibées par France 2 comme la diffusion complaisante d'une scène de lynchage."
Ce que Philippe aurait pu ajouter, c'est que la "Loi Guigou" de 2000 interdit de montrer une personne entravée alors qu'elle n'a pas été jugée. Tous les médias français ont donc agi dans l'illégalité.
Ce n'est pas parce que les EU ont des mœurs et des lois bien à eux, et un peu
particulières, qu'il faut se couler, tels des colonisés de la tête, dans leur moule.
kulturam 17/05/2011
Ida C 17/05/2011
Torsade de Pointes 18/05/2011
Bernard Gensane 18/05/2011
Torsade de Pointes 18/05/2011