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13 novembre 2011 7 13 /11 /novembre /2011 06:50
http://media.paperblog.fr/i/310/3109498/affiche-fasciste-1934-L-1.jpegJe reproduis ici un article de Rue 89 d'Imanol Corcostegui sur Fabien Ollier, un professeur d'EPS qui ne respire pas l'air du temps en matière de sport et de compétition.
J'en profite pour me permettre de renvoyer à deux articles que j'ai publiés sur le sport dans ce blog : (link), (link).

Il enseigne l'EPS dans un lycée mais il n'a pas de sifflet, pas de chrono autour du cou et ne porte jamais de survêtement. Pire, il consacre sa vie à combattre le sport.

Alors, nous avons préféré le rencontrer pour comprendre le « personnage » autant que ses idées. La quarantaine souriante, boucle à l'oreille et répartie infaillible, Fabien Ollier, qui a lu Marx dès le collège, nous raconte avoir grandi dans une famille « très à gauche », entre son grand-père « communiste stalinoïde bon teint » et son père directeur des services techniques et secrétaire de mairie. De gauche toujours.

Plus jeune, le prof d'EPS se passionne pour le judo qu'il pratique à un niveau inter-régional et qui le conduit à étudier à la fac de sport de Lyon. Il se lasse vite d'être fatigué en permanence, le corps blessé par les entraînements quotidiens, et trouve ridicule de devoir écraser sur le tatami ses amis du club.

Surtout, une lecture, celle de « Sociologie politique du sport » de Jean-Marie Brohm, bouleverse sa vie. « Le déclencheur de tout mon parcours militant et théorique qui a suivi », dit-il avec admiration.

« Le sport, c'est à celui qui pisse le plus loin »

Depuis, Fabien Ollier a fait un DEA de philo, et il défend et enrichit la théorie critique du sport, un courant philosophique né dans les années 60-70 qui s'appuie sur :

0.la sociologie critique ;

0.la philosophie sociale de l'écolede Francfort (Marcuse, Aderno) ;

0.le marxisme anti-stalinien : « Je me sens en accord avec la critique du capitalisme » ;

0.la phénoménologie de la vie (Michel Henry, Husserl) ;

0.la philosophie de l'instant, du presque rien, du mystère de Vladimir Jankélévitch.

Après avoir lancé plusieurs magazines de philo, Fabien Ollier dirige maintenant la publication de Quel Sport ? qui chaque mois, sur plus de 200 pages, critique l'absurdité du sport.

« L'activité physique s'est historiquement transformée en sport et cela a des implications politiques. L'idée fixe du sport, c'est être le meilleur, celui qui pisse le plus loin. Tout cela va de pair avec l'idéologie capitaliste et son principe de rendement corporel.

L'institution sportive construite tout au long des XIXe et XXe siècles a provoqué l'uniformisation de l'activité physique par le biais d'organisations bureaucratisées qui ont répandu une seule idéologie : celle de la compétition de tous contre tous et du dépassement mortifère des limites physiques. »

« Les gens ne lisent plus, ils courent »

Il ajoute :

« Même l'escalade, le surf, des activités en marge dans les années 70, sont devenus des sports de compétition spectacularisés : l'esprit initial de “ liberté ” s'est dissous dans cette volonté obsessionnelle de la création du champion. Le sport est en somme un capitalisme incarné. Le corps sportif devient un capital à faire fructifier pour qu'il rapporte une plus-value. »

On imagine bien que Quel Sport ? dénonce les salaires mirobolants des sportifs, le poids écrasant des sponsors, le dopage, la place qu'occupent les matches à la télé. Pas uniquement, c'est aussi à la pratique sportive de chacun d'entre vous que Fabien Ollier s'attaque.

« Pourquoi a-t-on besoin de s'aérer la tête en regardant ou en pratiquant du sport ? Parce que la vie quotidienne est aliénante, ennuyeuse. Plutôt que d'affronter cette réalité sordide et de lutter pour créer des conditions de vie qui ne soient pas seulement viables mais vivables, les masses se shootent à l'opium sportif et aux extases illusoires de la victoire.

Les gens ne lisent plus, ils marchent, courent, pédalent et adhèrent tous au dolorisme sportif pour se perdre dans cette douleur égotiste, s'oublier dans cette souffrance monomaniaque et par la même occasion devenir indifférents à l'égard des misères de ce monde. »

Et Fabien Ollier a donc choisi de devenir prof d'EPS... La meilleure place, selon lui, pour mettre ses élèves en garde contre la malfaisance du sport. Le loup dans la bergerie, le punk qui fait la Star Ac'. Durant ses cours, il dit adapter les règles pour que personne ne soit exclu, écouter les corps des gamins et les faire s'interroger sur leur pratique.

« Pourquoi les hommes ne jouent pas avec les femmes ? »

« Je tente de faire penser les élèves sur la nature profonde du sport, ce qui m'a causé beaucoup de problèmes et d'inimitiés. Les matches sont plus ou moins transformés et analysés en fonction des états physiques et intellectuels de chacun.

Il s'agit de déconstruire le sport et d'inventer de nouvelles pratiques. Un cours d'EPS n'est pas une succursale des cours de maths, les corps ne sont pas des identités remarquables qui fonctionneraient comme des machines en appliquant de bonnes formules. »

Pour beaucoup, les cours de sport ont été synonymes d'humiliation. Et Fabien Ollier ne veut pas de ça :

« Quand on constitue des équipes, les derniers choisis, ce sont toujours les filles, les petits gros ou les malingres. Dans la lutte pour être le meilleur, on écarte les plus faibles. C'est symboliquement très violent et les élèves qui y sont confrontés se sentent vraiment humiliés pour longtemps.

Pourquoi ne pas faire jouer les hommes avec les femmes ? C'est impossible dans le sport car loin de la belle socialisation vantée, le sport fragmente le corps social en mettant en avant la supériorité physique des uns sur les autres. Les hommes contre les femmes, les jeunes contre les vieux, les valides contre les invalides... Il ne s'agit que de diviser et mettre chacun à sa place. C'est en cela qu'il s'agit d'une anthropométrie totalitaire. »

Face à son opposition systématique, on lui rétorque, naïfs, que, quand même, un tennis entre potes, c'est sympa. Réponse cinglante :

« On fait subir à l'adversaire une pression, une humiliation, une violence psychique souvent douloureuse à vivre pour ensuite le serrer dans nos bras ou lui mettre une claque sur le cul. Il n'y a pas de continuité des valeurs de solidarité, de fraternité, d'amitié. On s'immerge dans un univers qui est d'une certaine manière hors du temps et de l'espace vivants. »

« Les belles valeurs du sport amateur... »

Ok mais on se fait des amis dans un club, non ? C'est bien, la socialisation par le sport.

« La sociabilité des groupes nazis, c'est aussi une sociabilité. Dans les clubs, la “ sociabilité rugby ”, ce sont des mâles entre eux, “ qui ont des couilles ”, comme dit Chabal. C'est du machisme institué. Les belles valeurs du sport amateur s'éclipsent totalement quand une meute de mâles embiérés se lance dans des chants paillards et s'encourage à commettre des actes excessifs, délictueux ou violents. »

Bon, et si on s'est goinfré pendant une semaine et qu'on veut perdre quelques kilos ?

« Pratiquer la course à pied le dimanche pour perdre sa bidoche et éructer dans les parcs prévus à cet effet, c'est ambigu. Souvent, les coureurs du dimanche matin finissent tout naturellement par faire des semi-marathons, des marathons, des raids, des trails... »

Face au sport, Fabien Ollier est un militant politique, dont la radicalité enthousiasme et rappelle une époque révolue. On le traite de Don Quichotte, lui expliquant qu'il doit se sentir bien seul. Aucun parti politique ne défend sa théorie et les intellectuels sont les premiers à célébrer une belle victoire sportive.

« Besancenot aime se droguer au sport »

« Je ne peux m'identifier à aucun parti car ils sont tous sportivisés, de l'extrême gauche à l'extrême droite. Historiquement, la critique du sport était liée à la LCR dans les années 70 mais quand elle a pris parti pour les JO de Moscou, elle s'en est éloignée.

Aujourd'hui, Besancenot est un supporter du PSG et un fanatique de boxe. Il admet que le sport est un opium du peuple, mais il concède également qu'il aime se droguer ! »

Quel Sport ? regorge de photos grotesques de boxeurs obèses et de femmes moches parce que trop body-buildées. Les phrases du militant Ollier giflent le monde du sport sans jamais le regarder avec pitié ou tolérance. On lui dit qu'il gagnerait plus de place dans les médias en étant moins provocateur.

« Ce n'est pas de la provocation, c'est de la dérision. Je ridiculise le sport parce qu'il est grotesque dans son sérieux. »

On sourit, on lui serre la main et on se dit que lire du Jankélévitch au lieu de prendre une raquette de tennis, ça se tente au moins une fois.

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commentaires

P
<br /> Un peu ambigu. Certes, la valeur suprême de notre société ultralibérale est la compétition, la concurrence, la recherche de "l'excellence". Et cela se traduit dans le sport.<br /> <br /> Cependant, le sport reste encore un des seuls espaces de liberté du peuple. Chacun(e) peut exercer un sport comme il l'entend. S'il (elle) souhaite la compétition, c'est son choix. S'il (elle)<br /> souhaite l'épanouissement individuel, c'est son choix aussi. Un exemple : adhérez à un club de foot. Forcément, il y a compétition, puisqu'un match ne pourrait avoir lieu sans la présence d'une<br /> équipe adverse et l'objectif des deux équipes est de gagner.<br /> <br /> De là à voir l'hydre néo-libéral, il y a un pas que je ne franchirai pas.<br /> <br /> Cela dit, l'auteur a raison lorsqu'il dit que l'on nous prépare à un monde de concurrence. En fait, on se sert de la finalité du sport collectif pour conditionner les sportifs à la vulgate<br /> ultralibérale.<br /> <br /> Enfin, les poncifs du genre "ils ne lisent plus, ils courent", la socialibité du sport est équivalente à celle des groupes nazis, le sport opium du peuple, ne font en rien avancer le<br /> schmilblick.<br /> <br /> Le sport, comme toute activité humaine, est exploitée politiquement, c'est aux sportifs à ne pas se laisser piéger.<br /> <br /> <br />
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B
<br /> <br /> Une de mes petites filles (9 ans) participait récemment à un cross d'un kilomètre. Il n'y avait rien à gagner, au contraire, les parents devant débourser une dizaines d'euros pour la journée du<br /> cancer du sein, ou quelque chose comme ça (http://www.odyssea.info/pages/reglement-REUNION.php?ville=REUNION). Elle a terminé sa course couverte de bleus, quantité d'autres enfants lui flanquant<br /> des gnons pour lui passer devant.<br /> <br /> <br /> Un de mes amis de 60 ans vient de faire le marathon de Toulouse. Désormais tous les concurrents portent une puce : en effet, il y avait des pépés de 50, 55, 60 et au-delà (qui arrivent deux ou<br /> trois heures après les premiers) qui trichaient en coupant par telle ou telle rue. Les mecs ne se battent que contre eux et ils trichent.<br /> <br /> <br /> <br />