26 janvier 2012 4 26 /01 /janvier /2012 15:25

http://lewebpedagogique.com/bourguignon/files/2009/05/signature.jpegS’il est un poète du XIXe siècle facilement classable, politiquement parlant, c’est bien Arthur Rimbaud.


Son père étant en garnison militaire lointaine et prolongée, le garçon de 13 ans se révolte, d’abord contre sa mère despotique, dévote et austère, puis contre l’ordre du monde. Immédiatement, son cri est un appel à la révolution. À un condisciple de son collège de Charleville qui lui demande ce qu’il pense du coup d’État du 2 décembre, il répond sans ambages : « Napoléon III mérite les galères. » Rimbaud n’a connu durant son enfance que le régime autoritaire de la bourgeoisie possédante et de l’ordre moral de l’Église catholique. Dans un texte qui lui a été inspiré par une gravure de l’Histoire de la Révolution française d’Auguste Thiers (“ Le Forgeron ”, 1870), il évoque la misère des paysans :

 

[…] Tous ceux dont le dos brûle

Sous le soleil féroce

 

Il exalte la prise de la Bastille :

 

Et c'était dégoûtant, la Bastille debout

Avec ses murs lépreux qui nous rappelaient tout

Et, toujours, nous tenaient enfermés dans leur ombre !

Citoyen ! citoyen ! c'était le passé sombre

Qui croulait, qui râlait, quand nous prîmes la tour !

 

Il vitupère le roi par la bouche de son forgeron :

 

Et, si tu me riais au nez, je te tuerais !

- Puis, tu dois y compter, tu te feras des frais

Avec tes avocats , qui prennent nos requêtes

Pour se les renvoyer comme sur des raquettes

Et, tout bas, les malins ! Nous traitant de gros sots !

 

Il se nourrit d’Helvétius, de Rousseau, mais aussi de Babeuf, de Louis Blanc, de Proudhon. Il préconise une nouvelle révolution : « La hache, la pioche, le rouleau niveleur doivent passer sur la Société. » Contre Napoléon, il préconise le communisme. « Il y a trop de propriétaires », écrit-il à son camarade Delahaye.

 

Pour les pauvres, l’Église, c’est l’opium du peuple :

 

Parqués entre des bancs de chêne, aux coins d'église

Qu'attiédit puamment leur souffle, tous leurs yeux

Vers le choeur ruisselant d'orrie et la maîtrise

Aux vingt gueules gueulant les cantiques pieux ;

 

Comme un parfum de pain humant l'odeur de cire,

Heureux, humiliés comme des chiens battus,

Les Pauvres au bon Dieu, les patrons et le sire,

Tendent leurs oremus risibles et têtus.

 

Dans “ Les premières communions ” (1871), poème inspiré par la sienne et surtout celle de sa sœur, il s’effraie des dégâts que peut occasionner ce rite sur une enfant mystique :

 

Et mon coeur et ma chair par ta chair embrassée

Fourmillent du baiser putride de Jésus !"

 

Le poème se finit par un « Merde à dieu » d’une violence inouïe :

 

Christ ! ô Christ, éternel voleur des énergies,

Dieu qui pour deux mille ans vouas à ta pâleur,

Cloués au sol, de honte et de céphalalgies,

Ou renversés les fronts des femmes de douleur.

 

Il ne participe pas physiquement à la Commune, mais son soutien est sans failles. Son 29ème poème s’intitule “ Chant de guerre parisien ”. Il y réécrit le “ Chant de guerre circassien ” de François Coppée. Il chante le printemps révolutionnaire de la Commune et raille la poésie sentimentale des romantiques et des parnassiens. Il  moque l’armée des Versaillais :

 

Ils ont schako, sabre et tam-tam,

 Non la vieille boîte à bougies

 Et des yoles qui n'ont jam, jam...

 Fendent le lac aux eaux rougies !

 

Une armée vêtue de schakos, des soldats jouant du tam-tam, oisifs, sans armes.

 

Le massacre des Communards est à peine achevé qu’il lance, avec “ L’orgie parisienne ou Paris se repeuple ”, un cri terrible contre les bourgeois lâches, jouisseurs et accapareurs. Il plaint le Paris révolutionnaire (« fauve ») qui a perdu :

 

Quand tes pieds ont dansé si fort dans les colères,

Paris ! quand tu reçus tant de coups de couteau,

Quand tu gis, retenant dans tes prunelles claires

Un peu de la bonté du fauve renouveau,

 

Et s’acharne contre la société dominante restaurée :

 

Société, tout est rétabli : — les orgies

Pleurent leur ancien râle aux anciens lupanars :

Et les gaz en délire aux murailles rougies

Flambent sinistrement vers les azurs blafards !

 

Un mois plus tard, alors que la répression accable les vaincus, il chante les femmes combattantes et désirées dans “ Les mains de Jeanne-Marie ”. Ces femmes n’ont pas la frivolité de la Juana de Musset ou la vénalité de la cigarière de Mérimée. Rimbaud oppose la peau brune et la sensualité des ouvrières aux mains pâles et mortes fardées par des « crèmes brunes »

 

Remuant comme des fournaises,

Et secouant tous ses frissons,

Leur chair chante des Marseillaises

Et jamais les Eleisons !


 

Ça serrerait vos cous,

ô femmes
Mauvaises, ça broierait vos mains,

Femmes nobles, vos mains infâmes

Pleines de blancs et de carmins.

 

Même dans “ Le bateau ivre ” (Rimbaud n’avait jamais vu la mer), les allusions à la Commune sont évidentes :

 

Je ne puis plus, baigné de vos langueurs, ô lames,

Enlever leur sillage aux porteurs de cotons,

Ni traverser l'orgueil des drapeaux et des flammes,

Ni nager sous les yeux horribles des pontons.

 

Nous sommes en présence d’un “ tombeau ” de la Commune. À la fin de ce long poème, Rimbaud évoque « les yeux horribles des pontons » : au lendemain de la semaine sanglante mai 1871, ceux qui n’avaient pas été fusillés furent entassés dans des pontons qui servaient de prisons flottantes.

 

Dans la foulée, il élabore un projet de constitution communiste. Le jeune homme de 17 ans rédige, selon son ami Delahaye, « un texte considérable tant par sa forme que par son esprit ». De ces pages malheureusement perdues, Delahaye a retenu le projet d’une Agora, d’une démocratie directe, de référendums permanents supprimant la représentation élue. Rimbaud supprime l’argent et ne garde du travail que ce qui est nécessaire à la vie. La propriété lui paraît un monstrueux abus car souyrce de misère et d’injustice. Dans “ Une saison en enfer ” (1873, il écrira que « Le sommeil dans la richesse est impossible. La richesse a toujours été bien public. »

 

Rimbaud se méfie de la gauche établie comme de la peste : « On se fait de fausses idées de ces gens-là … Ils sont en somme beaucoup plus accommodants qu’on ne pense. Les vieux se convertissent et se frappent la poitrine à la tribune et à la cour d’assises. […] Les jeunes ont de l’ambition et se tiennent prêts à tout événement. »

 

Dans “ Qu’est-ce pour nous, Mon Cœur … ” (1872), il en appelle à la vengeance :

 

Et toute vengeance ? Rien !... — Mais si, toute encor,

Nous la voulons ! Industriels, princes, sénats,

Périssez ! puissance, justice, histoire, à bas !

Ça nous est dû. Le sang ! le sang ! la flamme d'or !

 

Peut-être serons-nous « écrasés », prévient-il, irrémédiablement engloutis :

 

Ô malheur ! je me sens frémir, la vieille terre,

Sur moi de plus en plus à vous ! la terre fond,


 

Rimbaud a dit tout ce qu’il avait à dire. Il termine “ Une saison en enfer ”. Il réitère son amour des ouvriers, « Bétail de la misère », « Pauvres hommes travailleurs », pour lesquels il « ne demande pas de prières ». Il souhaite que des « Que des accidents de féerie scientifique et des mouvements de fraternité sociale soient chéris comme restitution progressive de la franchise première. »

 

Rimbaud n’a pas encore dix-neuf ans. Il n’écrira plus.

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Published by Bernard Gensane - dans culture et politique
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jim 13/09/2013

R-évolution

Dis moi que je suis fou et je te dirai tout
le pourquoi du comment j'en suis arrivé là
parce que l'homme est un loup pour l'homme
mais en quoi a-t-il foi ?
Es-tu à ce point aveuglé par ton ignorance
ou juste incapable de faire la différence
entre le bien et le mal
toi tu trouves ça normale
que l'on s'entre-tue
tué un homme c'est comme se tué soi-même
tu es un homme qui ne sais plus voir par lui-même
si tu cherches la vérité
écoutes-moi
je partagerai volontiers avec toi
ma vision de ce monde
oublie tout ce que tu sais
rien de tout cela n'est vrai
viens suis-moi dans les sous-sol
de notre société là ou se prépare la révolte des insurgés
oublie ce monde où ils te disent comment penser
parce que c'est justement la clé
pour te libéré de se consumérisme
si tu te demande comment ils ont pus
à ce point te contrôler
regarde au travers du prisme tout va s'éclairer
tu verras comme j'ai vu, tu comprendras, comme j'ai compris
l'homme ne sait pas pourquoi il est ici
pourquoi il existe, tu comprendras, qu'il ne sert a rien de chercher
mais qu'il faut juste vivre, exister, aimer.
la vie est un cadeau un miracle une chance
notre époque est celle où tout peux changer
où tu peux changer
notre temps est peut-être celui qui verra renaître l'humanité
l'homme doit être un frère pour l'homme
sans aucune inégalité que chacun puisse s'épanouir en liberté
sans avoir peur du lendemain sans avoir de crainte pour leur destin
mais pour cela il y a des têtes à faire tomber
celle de ceux qui pense pouvoir nous dicter notre conduite
si nous marchons ensemble notre révolution sera une réussite L

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