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1 mars 2012 4 01 /03 /mars /2012 07:04

http://nad.b3-everquest.pagesperso-orange.fr/Eugene_pottier.jpgEugène Pottier. Sur le portrait, son regard porte loin et fort. On sent que, quand il tient la plume, il n’a pas peur.


À 14 ans, il travaille douze heures par jour dans l’atelier de son père. Il compose sa première chanson à cette époque : “ Vive la liberté ”. Un peu plus tard, “ Il est bien temps que chacun ait sa part ”. Il participe à la révolution de 1848. Il adhère à la preière Association Internationale des Travailleurs en avril 1870. Membre de la Garde nationale, il est élu pour le 2è arrondissement. Il participe aux combats de la Semaine sanglante. Caché quelque part dans Paris, il écrit “ L’internationale ” (link). Réfugié en Angleterre, il est condamné à mort par contumace en 1873. Il s’installe aux États-Unis, où il adhère à la franc-maçonnerie puis au Parti ouvrier socialiste d’Amérique. Amnistié, il revient en France en 1880, ruiné et a demi paralysé. Ses chansons se répandent dans le peuple. 10000 personnes assistent à son enterrement au Père-Lachaise le 6 novembre 1887. Un an après sa mort, Pierre Degeyter met en musique “ L’internationale ”. Pottier entre dans la légende du mouvement ouvrier.

 

Dès 1848, il chante le peuple, qu’il compare aux arbres de la liberté :

 

Peuple la feuillaison commence

Te voilà comme un arbre immense

Dressé de toute sa hauteur.

 

D’emblée, il dénonce la bourgeoisie qui maintient le peuple dans la misère :

 

J’ai faim ! J’ai faim, dit le corps

Je n’ai pas le nécessaire ;

Le ver ronge moins les morts

Que les vivants la misère.

 

Il dénonce les futurs B.O.F. et le gouvernement qui les soutient :

 

Protégez la boutique

Comme ont fait tous vos devanciers

Et que la République

Profite aux épiciers

 

En 1848, après avoir échappé de peu à une exécution sommaire,, il lance sa “ Propagande des chansons ”, des textes d’une très grande force :

 

Le monde va changer de peau

Misère, il fuit ton bagne,

Chacun met cocarde au chapeau,

L’ornière et la montagne ;

Sac au dos, bourrez vos caissons.

Entrez vite en campagne

Chansons !

 

Après le coup d’État de 1851, il dit sa certitude de la revanche :

 

Du soir jusqu’au matin

Gorgez-vous du butin.

La verra qui vivra ! [la République]

Sonnez, les temps sont proches

La verra qui vivra !

La terre enfantera !

Le marteau chantera !

Le travail fleurira !

La rose rougira !

 

Il nargue Napoléon avec ironie, en vers de huit pieds (très efficace, le 8) :

 

Cayenne a fait monter la rente

Vive la prime et le coupon

Vive, vive Napoléon !

[…]

Sous le lard étouffons le rêve,

Gavons le ventre et qu’il en crève ;

Vive notre auge et notre son !

Vive, vive Napoléon !

 

Au moment de la guerre du Mexique (Napoléon III avait dit que « L’Empire, c’est la paix »), Pottier en appelle à la grève des femmes :

 

S’il faut recruter vos milices

Fécondez tigresse ou guenon

Nous ne sommes plus vos complices

Pour fournir la chair à canon

 

En 1857, il fonde le plus important atelier de dessin de Paris. Il encourage ses employés à constituer une chambre syndicale qu’il fait adhérer à l’Internationale.

 

Après la défaite de Sedan, il encourage les Parisiens à défendre l’indépendance nationale :

 

Sur tes coteaux vois la fumée

Des avant-postes allemands.

Voilà ce que l’Empire coûte

La défaite et le désarroi.

 

Pottier consacre un poème à la tentative insurrectionnelle du 31 octobre 1870 :

 

Chez les chamarrés, rien ne bouge

Va-nu-pieds, marchons de l’avant,

Nommons une Commune rouge,

Rouge comme un soleil levant !

 

En juin 1841, il écrit sa saisissante “ Terreur blanche ” :

 

Messieurs les conservateurs,


Vous le grand parti de l’Ordre,


Procédons, plus de lenteur !


L’hydre peut encor nous mordre.


On a pris Paris et huit jours durant


Par la mitrailleuse on sut faire grand,


Taper dans le tas, c’était à se tordre,


Mais fallait finir comme on commença.


Fusillez-moi ça !


Fusillez-moi ça !


Pour l’amour de Dieu, fusillez-moi ça !



 

Dans les premiers jours d’exploit


On n’a pas manqué de touches,


Quand on relit le Gaulois,


L’eau vous en vient à la bouche.


Parlez-moi des gens comme Galliffet :


Avec la canaille, il va droit au fait,


Mais l’esprit public d’un rien s’effarouche.


Bref ! Dans les pontons, on les entassa !…


Fusillez-moi ça !


Fusillez-moi ça !


Pour l’amour de Dieu, fusillez-moi ça !



 

Dès qu’on juge, c’est gâché,


On tombe dans le vulgaire.


Ils sont en papier mâché


Vos fameux conseils de guerre !


Pourquoi les Gaveaux, les Boisdenemets,


Vous embarquez-vous dans les si, les mais ?


La peine de mort encor ce n’est guère,


Mais pas de Cayenne ou de Lambessa,


Fusillez-moi ça !


Fusillez-moi ça !


Pour l’amour de Dieu, fusillez-moi ça !



 

Quels lâches, que ces meneurs,


Ils ont gagné la frontière.


C’était tous des souteneurs


Et des rôdeurs de barrière,


Des joueurs de vielle et des vidangeurs.


Que d’argent trouvé sur ces égorgeurs !


C’est vingt millions qu’emportait Millière,


Enfin Delescluze était un forçat.


Fusillez-moi ça !


Fusillez-moi ça !


Pour l’amour de Dieu, fusillez-moi ça !



 

Quoi ! Rochefort qui traita,


Dans ces immondes sornettes,


Un illustre homme d’Etat,


De vieux serpent à lunettes !


L’homme à la Lanterne, un esprit cassant,


Marquis journaliste et buveur de sang,


Quoi, vous le tenez dans vos mains honnêtes,


Ce petit monsieur qui nous agaça.


Fusillez-moi ça !


Fusillez-moi ça !


Pour l’amour de Dieu, fusillez-moi ça !



 

Les petits sont pétroleurs


Dans le ventre de leur mère ;


Pour supprimer ces voleurs


Nul moyen n’est trop sommaire.


Exemple : à Montmartre un mâle étant mort,


La femelle en pleurs s’élance et nous mord ;


Bien qu’elle fût pleine, on prit la commère :


À faire coup double, elle nous força.


Fusillez-moi ça !


Fusillez-moi ça !


Pour l’amour de Dieu, fusillez-moi ça !

 

Il rentre d’exil malade, diminué mais plein d’allant :

 

Au cœur, pas de ferments aigris

Dans ses rameau pas de chenilles.

Voyez ! Ses cheveux sont tout gris

Mai jouerait encore aux billes.

 

La mort de Blanqui lui inspire un chant magnifique :

 

Ce cœur qui ne bat plus battait pour une idée :

L’Égalité ! … Gens sourds. Terre, esclave ridée

Qui tournes dans ta cage ainsi que l’écureuil,

À présent qu’il est mort, tu l’entendra peut-être !

Ce combattant passant de la geôle au cercueil,

Du fond de son silence, il dit : Ni Dieu, ni maître !

 

Le monument des Fédérés lui inspire un texte rageur et émouvant :

 

Oui, pour tout monument, peuple, un amas de pierres !


Laissons l’Académique aux tueurs de bon goût,

Et sur ces pavés bruts qu’encadreront les lierres,


Simple, allant à la mort, Delescluze debout,


Des cadavres autour dans leur vareuse brune,


Des femmes, des enfants, mitraillés, éventrés ;

Qu’il ressuscite la Commune,

Le monument des Fédérés !

 

Tout comme Jules Vallès :

 

Paris vient de lui dire:Adieu!

Le Paris des grandes journées,

Avec la parole de feu

Qui sort des foules spontanées.

Et cent mille hommes réveillés

Accompagnent au cimetière

Le candidat de la misère,

Le député des fusillés.

 

D'idéal n'ayant pas changé

La masse qui se retrouve une,

Fait la conduite à l'Insurgé

Aux cris de : Vive la Commune!

Les drapeaux rouges déployés

Font un triomphe populaire

Au candidat de la misère,

Au député des fusillés.

 

Et que dire de ce “ Mur voilé ”, dédié à « Séverine, qui eut la première idée de cette pièce » :

 

Ton histoire, Bourgeoisie,

Est écrite sur ce mur.

Ce n’est pas un texte obscur…

Ta féroce hypocrisie

Est écrite sur ce mur !


Le voici, ce mur de Charonne,


Ce charnier des vaincus de Mai ;


Tous les ans, Paris désarmé


Y vient déposer sa couronne.


Là, les travailleurs dépouillés


Peuvent énumérer tes crimes,


Devant le trou des anonymes,


Devant le champ des fusillés !

 

Un sacré bonhomme !

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