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26 avril 2011 2 26 /04 /avril /2011 06:15

Ce drame de Septembre 2008 m'avait complètement échappé.

 

http://www.letelegramme.com/ar/imgproxy.php/PhotoIntuitions/2011/04/18/1273328_ubo.jpg?article=20110418-1001273328&aaaammjj=20110418Une femme de 39 ans, maître de conférence stagiaire de philosophie à l'université de Brest s'est donné la mort. Elle a expliqué sa décision en quelques mots graves :

 

"Devant l'accumulation des difficultés à laquelle je dois faire face depuis des mois, j'ai décidé de mettre fin à mes jours. L'événement qui a précipité ma décision a été la nouvelle de ma non-titularisation à l'université de Brest, que j'ai apprise il y a tout juste une semaine."

 

Elle s'est noyée devant la Bibliothèque nationale de France. Un temple du savoir. Ses proches ont dit d'elle qu'elle aimait la vie, qu'elle était très bonne musicienne, qu'elle aimait les bons vins, les soirées entre amis.

 

Un petit point technique et administratif : lorsqu'une personne est nommée maître de conférences, elle doit, comme la plupart des fonctionnaires, exercer pendant un an comme stagiaire avant d'être titularisée. L'institution vérifie que cette personne a les compétences requises. Toujours possible, prévue par les textes, une non-titularisation est rarissime. En quarante ans de vie universitaire, j'en ai connu personnellement trois ou quatre. Jusqu'au vote de la LRU, une non-titularisation était proposée par la commission de spécialistes qui avait nommé la stagiaire. Cette commission était composée d'un nombre variables de collègues (environ une dizaine). L'avis de la commission était transmis au président de l'université qui ratifiait - ou non- et transmettait au ministre. Je me souviens tout particulièrement de deux cas de proposition de non-titularisation. La première concernait une MCF de chimie qui, durant son année de stage, n'avait strictement rien fait, malgré les admonestations répétées de sa hiérarchie. La personne n'intégra jamais l'Université. L'autre concernait un MCF d'anglais. La commission de spécialistes de Rennes (la Bretagne, décidément), dont je connaissais plusieurs membres, estimait que le collègue était par trop instable. De fait, il connaissait quelques problèmes d'ordre affectif. En bon syndicaliste, je passai plusieurs heures au téléphone pour convaincre mes amis de Rennes de ne pas commettre un véritable crime administratif. En effet, si ce jeune collègue n'avait pas été titularisé, il aurait été rayé des cadres de la Fonction publique et aurait perdu sa qualité antérieure de professeur certifié de l'enseignement secondaire. Dans son infinie bonté, la commission de spécialistes décida - pour ne pas perdre la face, j'imagine -  de prolonger le stage d'un an au bout duquel le jeune MCF fut titularisé. Il est, depuis plusieurs années, professeur des université, très apprécié en tant que collègue et en tant que personne.

 

Revenons à Marie-Claude Lorne. Il fallut deux ans au ministre Pécresse pour faire diligenter une enquête par l'Inspection générale de l'Education nationale et de la recherche. L'Inspection dénonça dans son rapport des insuffisances et des irrégularités. Elle releva des manquements aux règles de déontologie. La commission de spécialistes ayant siégé réduite à deux membres, le quorum n'était évidemment pas atteint. Le reproche principal fait à la candidate est qu'elle n'envisageait pas de résider à Brest. Cette critique était non seulement infondée mais illégale. La commission avait siégé en juin. Son président n'osa pas informer Marie-Claude Lorne de sa décision. Marie-Claude apprit ce qu'il en était à la rentrée de septembre dans un courrier dépourvue de toute formule de politesse. L'opinion publique n'a pas toujours conscience que le secteur public est parfois bien plus dur dans sa "gestion des ressources humaines", comme on dit désormais, que les patrons du privé.

 

Avec la LRU, des couacs administratifs de ce type (avec ou sans suicide) seront de plus en plus nombreux. En effet, les commissions de spécialistes, malgré leurs imperfections, étaient démocratiquement élues. Elles fonctionnaient de manière stable, pour une période de trois ans. Elles ont été remplacées par des "comités de sélection" nommés, pour chaque poste à pourvoir, par le président de l'université. Ce qui contribue à renforcer le copinage et le localisme. Donc l'arbitraire. Un des "ravages" de la LRU.

 

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