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21 septembre 2011 3 21 /09 /septembre /2011 06:00

http://www.rue89.com/files/2008009223troymamOK.jpgLe comité des grâces de Georgie a refusé de gracier Troy Davis, malgré l’absence de preuves véritables et bien que la plupart des témoins accusateurs se soient rétractés.

Davis étant noir, la première réaction qui vient à l’esprit est que nous avons affaire à une justice de classe. Mais nous sommes peut-être au-delà d’une telle construction raisonnée. La décision des juges ne relève-t-elle pas de l’idéologie et de la folie à l’état pur ? Un pays dont le dirigeant suprême estime que l’assiette fiscale n’a rien à voir avec la lutte des classes mais avec les mathématiques est un pays qui ne pense plus. Ni aux vertus civilisatrices de l’abolition de la peine de mort, ni même au martyre d’un être qui, même s’il a tué, n’avait certainement pas mérité de passer la moitié de sa vie à la porte de la chambre d’exécution.

Tout exécuté devient une figure christique. C’est ce qu’avait très bien exprimé Orwell lorsque, après avoir servi l’impérialisme britannique dans ce qu’il avait de plus répressif, écrivit “ Une pendaison ” pour rejoindre, en 1931, les abolitionnistes de son pays.

Je dédie à Troy Davis un extrait de ce puissant texte :

À un moment, malgré les deux hommes qui le tenaient par les épaules, le prisonnier fit un léger pas de côté pour éviter une flaque d’eau. Jusque-là je n’avais jamais réalisé tout ce que signifie l’exécution d’un homme conscient et en parfaite santé. Lorsque je vis le prisonnier faire cet écart pour éviter la flaque, je vis le mystère, l’injustice indicible qu’il y a à faucher une vie en pleine sève. Cet homme n’était pas à l’agonie. Il était aussi vivant que nous. Tous les organes de son corps fonctionnaient – les intestins digéraient les aliments, la peau se renouvelait, les ongles poussaient, les tissus se formaient – tous continuaient à travailler avec une solennelle absurdité. […] Ses yeux voyaient le gravier jaune et les murs gris, et son cerveau se souvenait, prévoyait et raisonnait toujours – il raisonnait même sur les flaques d’eau. Lui et nous nous formions un groupe d’hommes qui marchaient ensemble, voyaient, entendaient, ressentaient, comprenaient le même monde ; et d’ici deux minutes, d’un coup sec, l’un de nous aurait disparu – un esprit de moins, un univers de moins.

 

 

Traduction : Éditions Ivréa.

En photo : Troy Davis et sa sœur

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commentaires

I
<br /> Il a passé 20 ans dans les couloirs de la mort , il a donc purgé sa peine .<br /> Cette barbarie nous révolte et nous consterne .<br /> <br /> <br />
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