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18 avril 2011 1 18 /04 /avril /2011 09:55

1997---copie.jpgVendredi dernier, une petite fille a été enlevée, séquestrée pendant sept heures, violée par un prédateur pervers, récidiviste. L’enlèvement a eu lieu vers 18 heures dans le parc de Fontaine l’Estang, quartier de la Faourette à Toulouse.


Ce jardin public est à l’image de notre société : il est spacieux, agréable, les enfants des écoles viennent y courir avec leurs instituteurs. Mais le soir, il est un des lieux de rendez-vous préférés des junkies de cette partie de Toulouse où le chômage des jeunes avoisine les 30%.


Une de mes proches, elle-même accompagnée de sa fille de cinq ans, était présente. Elle n’a rien vu. Ou plutôt si : elle a vu des gamins et gamines jouer sous la surveillance de leurs parents. Quelques secondes d’inattention de tous et le prédateur enlevait sa victime.


Des malades, des tarés, il y en a toujours eu. Mais ce drame, qui n’a malheureusement rien d’exceptionnel, nous dit quelque chose sur un pays où le malheur s’est installé durablement avec la “ crise ” économique. Dans tous les domaines, les tabous, les interdits sautent les uns après les autres. J’avais exprimé cette délitescence de notre société dans mon blog censuré à propos d’une visite effectuée dans un de mes cimetières de famille, en Picardie.


Je me permets de republier ce petit texte in extenso :


Je me suis récemment rendu au cimetière de M., en Picardie. Des membres collatéraux de ma famille y sont enterrés depuis cinq générations. Je souhaitais, tout particulièrement, me recueillir sur la tombe d’un de mes cousins mort d’une leucémie à 14 ans, au début des années soixante. Son calvaire avait duré deux ans. Vers la fin, il ingurgitait 90 cachets par jour. En vain, puisque cette maladie était incurable.

 

À l’époque, à l’exception d’une petite poignée de jeunes morts au champ d’honneur durant les deux Guerres mondiales, ce cousin était le seul adolescent enterré dans le cimetière de M. Mais dans ces allées où je n’avais pas déambulé depuis quelques lustres, je dénombrai pas moins d’une douzaine de caveaux contenant les restes de jeunes gens âgés de 16 à 35 ans. Une douzaine sur 300 environ.

 

Je demandai à une parente, résidant dans le village, quelles étaient les causes de ces décès précoces. Sa réponse me désarçonna quelque peu : trois accidents de voiture (dont un de mes petits-cousins de 20 ans), cinq victimes d’alcoolisme et de drogue (héroïne, entre autres), deux femmes et un homme qui s’étaient suicidés après des années de mal-être personnel couplé à de longues périodes de chômage.

 

Comme beaucoup de villages de Picardie, M. est situé à proximité d’une ville d’importance, et l’on n’y compte pratiquement plus aucune activité agricole. Les adolescents, les jeunes gens vivent dans la ruralité, mais pas de la ruralité. À la ville toute proche, ils se rendent uniquement les vendredi et samedi soir pour boire, glander, danser, draguer. Ils ne sont donc ni ruraux ni urbains.

 

Faut-il donc que ces populations soient déstructurées, par l’absence de travail au premier chef, mais aussi par un manque de repères, de vrais rapports sociaux, et de ce que Lucien Sève appelle « une conquête d’autonomie par rapport au monde comme à eux-mêmes » ?

 

En 1957, un commis agricole du village âgé d’une vingtaine d’années, brave garçon, travailleur sérieux, “ emprunta ” une mobylette. Il fut condamné à deux mois de prison ferme. Ce fait-divers causa un émoi collectif comme le village n’en avait pas connu depuis la Libération.

 

Aujourd’hui, à M., on se pique à l’héroïne et on meurt. Dans l’indifférence la plus totale.

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commentaires

P
<br /> Ce viol est-il lié à la crise que nous vivons ? Peut-être : les assassinats commis par Landru et le docteur Petiot ont eu lieu, tous les deux, au cours de chacune des deux guerres mondiales, au<br /> cours desquelles la société était profondément ébranlée.<br /> <br /> D'un autre côté, il faut se faire à l'idée que toute population humaine recèle nécessairement, selon la loi de la probabilité, son lot de "déviants" : je pense, par exemple, à Natascha Kampusch,<br /> séquestrée durant huit ans ou à la séquestrée de Poitiers (en 1901). Ou bien à ce Japonais cannibale qui, en 1981, avait mangé une étudiante néerlandaise. Ou, plus proche de nous, à Véronique<br /> Courjault et à ses enfants dans le congélateur.<br /> <br /> Je ne vois guère de possibilités d'éviter de telles horreurs, sauf à les traiter comme les dangers "ordinaires" qui tuent bien plus nos enfants (par exemple la noyade, la chute ou l'accident de<br /> voiture), c'est-à-dire par une attention redoublée. Mais peut-on les prévenir ? Avant qu'un "déviant" commette son premier méfait, il est souvent considéré comme "normal"...<br /> <br /> Il y a sans doute plus de ces déviants qu'on ne l'imagine. Lors des guerres, des horreurs sont commises par des gens auparavant parfaitement normaux...<br /> <br /> <br />
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