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5 octobre 2011 3 05 /10 /octobre /2011 06:19

 

http://www.musee-fossiles.com/uploads/images/Fossiles%20La%20Voulte/pieuvre.jpgCherchez sur une carte Saint-Paul de Vence. Vous risquez de chercher longtemps car ce charmant petit village rendu célèbre par Montand et Signoret n’existe pas.

 

Vence existe. Au pied du col du même nom. Cette cité de près de 20000 habitants connut des résidents célèbres : Matisse, D.H. Lawrence, Célestin Freinet qui y créa son école, et l’un de mes maîtres en anglistique, Émile Delavenay, traducteur du Zéro et l’infini  de Koestler et qui travailla avec Orwell à la BBC pendant la guerre.

 

Et puis, il y a Saint-Paul, un gros village de 3000 habitants, où vécurent Chagall, Lurçat, Freinet (avant qu’il en soit chassé par le maire pour « bolchévisme »), et où Mylène Farmer et Aldo Maccione (sont-ils bolchéviques ?) coulent des jours heureux.

 

« Saint-Paul de Vence » est une invention de journalistes, qui s’est tellement fossilisée qu’elle a fini par être officiellement accréditée : depuis cette année, pour ne pas être confondue avec les autres Saint-Paul (il en existe neuf en France , aucune autre dans les Alpes Maritimes), la commune est officiellement dénommée « Saint-Paul de Vence ».

 

 

Lorsque Giscard est élu président de la République en 1974, le grand public découvre que sa résidence parisienne se trouve dans le XVIe arrondissement, près de l’avenue Foch, rue Bénouville. On mentionne aussi le château de sa famille, en Auvergne, et celui d’Authon, appartenant à la famille de sa femme Anne-Aymone Marie Josèphe Christiane Sauvage de Brantes. Une manière de bling-bling, quoi, mais tellement prout-ma-chère ! Mais « Rue Bénouville », ça fait un peu nul. Bénouville est un gros village du Calvados dont tout le monde se fiche. Alors, les journalistes – tout comme le rédacteur de Wikipédia récemment – vont rebaptiser cette petite artère de 100 mètres de long en « Rue de Bénouville ». Ce qui sied évidemment davantage à un président qui a failli s’appeler « de la Tour Fondue » et que De Gaulle surnommait en privé « Monsieur de Puipeu ». Il existait autrefois un homme politique français du nom de Pierre Guillain de Bénouville. Ancien Camelot du roi, ami d’André Bettencourt et de François Mitterrand, il fut un authentique résistant sur qui, malheureusement, plane toujours une vapeur de trahison vis-à-vis de Jean Moulin. Bénou (je préfère l’appeler comme ça dans l’intimité) est à peu près aussi noble que je suis « Gensane de la Croix de Pierre de Toulouse ». Ce catholique traditionaliste, administrateur de la société Dassault-Bréguet, dut se sentir extrêmement flatté. Si tant est, évidemment que l’anoblissement – voire l’ennoblissement – de la rue giscardienne avait quelque chose à voir avec lui.

 

Il est un homme politique que les journalistes ont, totalement contre son gré, tendance à anoblir, c’est Arnaud Montebourg. Faut-il y voir une dérive arnaldienne dans la mesure où Arnaud signifie « l’aigle qui gouverne » ? Le fait est que le père de Montebourg, fonctionnaire de son état, était le fils d’un Algérien, préfet du temps de la colonisation tout de même (je l’ai dit 100 fois dans les pages de ce blog : on ne vient jamais de nulle part).

 

Trois derniers pour la route, qui n’ont rien à voir. Dans nos écoles, nos braves professeurs s’ingénient à expliquer aux enfants pourquoi « après que » est suivi de l’indicatif, alors que « avant que » gouverne le subjonctif. On dit « après qu’il est venu » parce qu’au moment où on le dit, il est effectivement venu. On dit « avant qu’il soit venu » parce qu’au moment de l’énoncé, il n’est pas encore venu et qu’il peut ne pas venir. Neuf fois sur dix, les journalistes de radio et de télévision (là où ça fait le plus mal) fossilisent après que + subjonctif.

 

Chez les nœux-nœux des médias, on est plus compétent quand on fait du marketing que de la commercialisation, on est meilleur journaliste quand on donne des news et non des nouvelles (ce doit être parce que les news sont plus neuves que les nouvelles), on est plus dynamique quand on offre un best of et non un florilège, et l’on est plus prétentieux quand on mentionne un site dédié à la sclérose en plaques et non consacré. Parmi les chaînes télévisées, Canal + me semble très en pointe dans ce massacre de notre langue.

Mais la chaîne massacre également l’anglais : quand on est inculte, il n’y a pas de frontière linguistique. Au lieu de parler de perdant, ce qui fleure bon les années cinquante, j’imagine, et qui fait vraiment pauvre type (Poulidor était un perdant face à Anquetil), la chaîne utilise et affiche à l’écran le mot “ looser ”. Or ce substantif n’existe pas en anglais. On peut uniquement trouver “ looser ” (avec une prononciation légèrement différente) en tant que comparatif de l’adjectif loose : flasque, mou, desserré, branlant, approximatif (comme la science de la bande à Denisot). Un perdant, en anglais, c’est “ a loser ” (« I’m a Loser », célèbre chanson des Beatles), du verbe irrégulier “ to lose ”, perdre. Une perte se dit a loss (un seul o). Ces mots viennent du vieil anglais losian (toujours un seul o).

« Sympathisons avec les perdants », dit le roi Henri IV chez Shakespeare, « car rien ne peut sembler déloyal aux vainqueurs. »

 

La prochaine fois, nous parlerons des conséquences tirées par les gens des médias et de nombreux hommes politiques, à commencer par Sarkozy. Réfléchissons une seconde : comment peut-on tirer des conséquences, par exemple celles d'une vague géante qui fait 200000 morts ?

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