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14 décembre 2011 3 14 /12 /décembre /2011 14:46

http://cdn-premiere.ladmedia.fr/var/premiere/storage/images/tele/news-tele/michel-debre-le-dernier-des-gaullistes-france-3-ile-de-france-et-lcp-diffusent-un-documentaire-inedit-sur-l-homme-politique/32224814-1-fre-FR/Michel-Debre-le-dernier-des-Gaullistes-France-3-Ile-de-France-et-LCP-diffusent-un-documentaire-inedit-sur-l-homme-politique_image_article_paysage_new.jpgJe précise sans plus attendre que je n’ai aucune sympathie politique, ni personnelle, pour Rachida Dati, loin de là. J’ai toujours éprouvé une réelle aversion pour ceux qui, venant d’en-bas d’en-bas (comme on dit à Abidjan), se rallient sans état d’âme à la caste des dominants dont ils épousent en un tournemain les valeurs et dont ils deviennent des exécutants obligés et zélés. Ce qui est exactement le cas de Rachida Dati.

 

 

Je précise par ailleurs que je me fiche complètement de savoir si la bourgeoisie parisienne sera représentée au Parlement par l’actuel Premier ministre ou par la récente égérie de la « diversité ».

 

Avec le tact qui le caractérise, l’homme politique et urologue Bernard Debré vient de publier dans son blog (link), en date du 13 décembre 2011, une très vive admonestation à Rachida Dati, lui demandant de démissionner de tous ses mandats, après lui avoir fait la morale. La lettre est suivie de commentaires, tous hostiles à l’ancienne confidente du kleiner Mann.

 

En mai dernier, je m’étais permis de relever dans ce blog (link) à quel point l’ancien soutien de Balladur (ohé, Donnedieu de Vabres !) savait frapper un opposant politique en situation de faiblesse (DSK, en l’occurrence). Il faut croire que j’avais vu juste car lorsqu’on tape « le blog de Bernard Debré » sur Google, ma note figure en tête de gondole.

 

Je cite la lettre de ce médecin hospitalier, grand défenseur de la médecine libérale :

 

"Ta lettre est dramatique en ce qu'elle révèle de ta personnalité profonde, non pas de révoltée mais de petite fille gâtée par la vie. Je parle de la vie publique.

Il faut, devant tes caprices, s'incliner ou disparaître. Jusque là, je te le signale, tu as été élue sans effort, sans compétition. En réalité, tu as été nommée, purement et simplement ! Essaie de conserver un minimum de gratitude.

Mais ton acharnement, qui n'a d'égal que ton ego (c'est bien peu dire), est devenu insupportable, s'il n'était pas pathétique.

Maintenant que tu as craché ton venin, il faut que tu en tires les conséquences. Donne ta démission du poste de député européen que tu méprises tant et où l'on ne te voit jamais. D'ailleurs, ne l'as-tu pas dit toi-même dès le début de ton mandat ? A l'époque, tu ne l'as choisi que pour faire ta promotion. Tu n'as pas, semble-t-il, brillé au Parlement européen.

Donne aussi ta démission de la mairie du VIIe arrondissement. Les électeurs pensaient voter pour l'UMP et non un 'rachidadatisme' outrancier".

 

« Petite fille gâtée par la vie ». Voyons voir. Née dans une banlieue de Chalon-sur-Saône de parents maghrébins, deuxième de onze frères et sœurs, Dati est partie de rien pour, à moins de quarante ans, être la première femme issue de l’immigration à occuper des fonctions régaliennes au sommet de l’État français. Comme elle était très ambitieuse et très pressée, elle n’eut de cesse de frapper à des portes prestigieuses : entre autres celles des dirigeants de Matra, du sulfureux Albin Chalandon et de Simone Veil, la vieille dame préférée des Français. Dès lors que ses dents rongeaient le parquet, il lui était impossible de faire autrement.

 

Lorsqu’on s’appelle Debré, on ne rencontre pas ces problèmes vulgaires car, justement, on est un héritier « gâté par la vie ». Un des arrière-grands-pères de Bernard Debré (Simon) fut le premier rabbin de Neuilly (Wikipédia nous informe qu'à la fin de sa vie, en 1937, il obtint l'agrandissement de la synagogue dont l'architecte, comme un fait exprès, fut son fils Germain). Son grand-père Robert est considéré comme l’un des fondateurs en France de la pédiatrie moderne. Son père Michel fut haut fonctionnaire, Premier ministre puis ministre régalien.

 

Les Debré sont alliés aux La Panouse, au grand architecte Lemaresquier, et cette famille  a compté en son sein le brillant mathématicien Laurent Schwartz, premier Français médaille Fields. Bernard Debré eut pour oncle l’un des grands peintres non figuratifs de notre pays.

 

Attachons-nous au parcours politiques de Michel et Bernard, pas vraiment rectilignes pour de grands donneurs de leçons.

 

Officier de cavalerie, Michel Debré est fait prisonnier en juin 40. Il s’évade et intègre, non pas un mouvement de résistance, mais le Conseil d’État. Il est alors favorable au général Weygand, militaire d’extrême droite, antidreyfusard acharné, fidèle lecteur de l’antisémite Libre Paroled’Édouard Drumond. Contre Reynaud, Weygand prône l’armistice et fait condamner De gaulle à mort par un tribunal militaire. En 1941, Michel Debré est, au Maroc, un fonctionnaire important du régime de Vichy. Il prête serment au maréchal Pétain avant de retourner comme maître des requêtes au Conseil d’État en 1942.

 

Il s’engage dans la Résistance en février 1943, quatre mois après l’invasion de la zone libre. Durant l'été 1943, il se rapproche de De Gaulle qui lui demande d’établir la liste des préfets (ohé, Papon !) qui remplaceront ceux de Vichy. Il devient lui même préfet (commissaire de la République) à Angers en août 1944. À partir d'un projet du socialiste Jean Zay formulé avant-guerre, il rédige les statuts de l’ENA.

 

Il est battu aux élections législatives de 1946 en Indre-et-Loire avant d’être élu sénateur dans ce département de 1948 à 1958.

 

De Gaulle en fait son Premier ministre puis remplace ce farouche partisan de l’Algérie française par le banquier Georges Pompidou (quand je pense qu'il existait des "gaullistes de gauche" !). En 1963, Debré est à nouveau battu en Indre-et-Loire. Il jette son dévolu sur La Réunion, où il est élu dans un fauteuil. Soutenu par les socialistes locaux, il est l’opposant principal du communiste Paul Vergès, partisan de l’indépendance de l’île.

 

Debré prend alors une mesure absolument scandaleuse. Je cite Wikipédia : « Considérant que la démographie de l'île est une menace pour son développement, Michel Debré organise durant les années 60 la migration de 37000 Réunionais vers la métropole en moins de vingt ans. Il crée pour ce faire le BUMIDOM et le CNARM. Dans le même état d'esprit, il fait procéder au déplacement vers l'Hexagone de plus de 1 600 enfants réunionnais (entre 1963 et 1982) arrachés à leur famille en vue de repeupler certains départements métropolitains en cours de désertification, notamment la Creuse. Au professeur Denoix qui s'insurgeait de ces pratiques, il répond dans une lettre : « L'entreprise doit être poursuivie avec d'autant plus de constance qu'elle peut être combinée avec un admirable mouvement d'adoption que nous n'arrivons pas toujours à satisfaire. »

Pour nous en tenir aux développements récents de la carrière de Bernard Debré, notons qu’il est élu en 2004 dans le quartier très prolétarien du nord du XVIe arrondissement. Candidat de droite sans étiquette, il l’emporte contre l’impétrant de l’UMP. Il s’inscrit alors au groupe UDF de l’Assemblée Nationale – comme apparenté (Bernard est un homme libre) –, puis passe à l’UMP – toujours comme apparenté. Il adhère en 2007 à l’UMP comme adhérent direct.

 

Si Dati perd face à Fillon, je ne verserai pas une seule larme, même de crocodile. Mais je me souviendrai de la lettre médiocre du mandarin. 

 

PS : je ne voudrais pas passer pour plus féministe que je suis (même si c'est moi qui fais la vaisselle à la maison), mais je crois pouvoir dire que si Rachida s'était appelée Rachid, l'acharnement eût été moindre. Et si elle s'était appelée Jean-Louis ?


PPS : Chez les Debré, les hommes meurent entre 90 et 100 ans. On n'en a pas fini avec Bernard et son jumeau...


PPPS : Reconnu coupable de recel d'abus de confiance par le tribunal correctionnel de Paris, dans le cadre de l'affaire des emplois fictifs de la ville de Paris, François Debré, frère de Bernard, a été condamné le 15 décembre 2011 à une peine de deux mois de prison avec sursis. Il faut dire qu'il était en bonne compagnie, avec le chauffeur de Marc Blondel et les Havane de Marc Blondel. Qui a dit que FO, qui fut créé avec l'argent de la CIA, n'était pas un syndicat indépendant ?


PPPPS : Bernard Debré, qui voit des "soviets partout" dans l’hôpital public, rencontre parfois des résistances, forcément soviétiques, dans ce même hôpital public. L’important pour ce combattant de l’armée des ombres, c’est qu’il ait essayé. En témoigne ce petit article publié par Libération au mois de mai dernier :


Bernard Debré, privé de consultanat


On le sait, Bernard Debré est professeur d’urologie, chef de service à l’hôpital Cochin, mais aussi député, conseiller municipal. Ces derniers temps, il est aussi trés abvard. Il n’a jamais été à cours d’un cliché sur l’hôpital, sur la crise du monde de la santé, ou encore sur Dominique Strauss Kahn. Notre homme a pris l’habitude de parler à tort et à travers. Certes, il est très critiqué par ces collègues hospitaliers, -en raison aussi d’un secteur privé ahurissant-, mais les dites critiques restent confinées au petit milieu.

 

Bernard Debré est né en 1944, l’âge de partir à la retraite. Mais voilà, comme tout mandarin, il a le droit de continuer encore quelques années sous le statut de consultanat. Et c’est ce qui devait être voté récemment par la commission médicale de Cochin-Hotel Dieu. Normalement, un vote de routine. Mais une petite voix s’est élevée dans la commission pour dire : « Mais quand même il passe son temps à cracher sur nous, sur l’hôpital, et en plus il faudrait voter pour son consultanat ».Cette petite voix a provoqué son effet : 19 personnes ont voté contre, et son consultanat lui a été refusé. Ce qui est rarissime.

 

Mais que l’on se rassure… Ce « grand médecin » a des réseaux, il va sûrement arriver à les faire fonctionner. En attendant, il va répéter que c’est en raison de ses prises de position courageuses sur l’hôpital qu’on cherche à le censurer.

 

Eric Favereau

 

J'ajouterai à ce qui vient d'être narré que, parce qu'il est viscéralement de droite, Debré ne peut pas intégrer la chose suivante : si en tant qu'homme de sciences il appartient au dessus du panier, en tant qu'être humain il ne vaut pas plus qu'un autre être humain. Qu'il relise la dernière phrase des Mots de Sartre.


 

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commentaires

Z
Vous remerciant pour cet article salutaire sur le meilleur représentant de la sous-lie censée nous représenter. Je reste encore indigné de son intervention honteuse après la mort du député à la<br /> veste rouge, plus vivant que lui, à jamais. Quel con ce type !
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B
J'avais entendu parler de l'affaire des enfants réunionnais par un article du Guardian : http://www.guardian.co.uk/world/2005/sep/13/france.jonhenley<br /> <br /> A ma connaissance, aucun média français n'avait parlé de cette affaire avant l'article du Guardian.
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I
Bien envoyé !! Excellent !
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