31 juillet 2012 2 31 /07 /juillet /2012 07:19

http://4.bp.blogspot.com/-gDqPZxrXJqQ/TloFNzJBSYI/AAAAAAAAGM4/mSrJOblGwy0/s1600/corruption.pngJe me promène en compagnie de mon beau-père dans une petite ville du nord de l’Italie. Un Italien d’une soixantaine d’années nous aborde. Très gentiment. Il a envie de parler. On évoque l’alternance chaleur torride/chaleur insupportable et, brutalement, notre homme se lance dans le seul sujet de conversation qui l’intéresse et le préoccupe : les immigrés.

 

Depuis quelques années, les immigrés ne manquent pas en Italie. Principalement en provenance de l’ancienne Europe de l’Est (surtout dans le bâtiment et la restauration), sans parler des Chinois, des Pakistanais (dans le commerce), des ressortissants de l’Afrique du Nord, etc. Comme tous ceux que la mauvaise foi tenaille, notre Italien cible un problème différent que celui qu’il a en tête : « Ils n’ont pas de papiers, ils sont illégaux ». Son problème n’est évidemment pas là. Il est tout simplement hostile à la présence de ces étrangers qui, dans un pays où le taux de natalité est d’à peine 1, risquent de submerger à terme les Italiens de souche. J’essaie de lui faire entendre que, là comme ailleurs, les immigrés bouchent des trous, comblent des vides. Comme, par exemple, les Turcs, les Bulgares … ou les Français en Allemagne.

Notre homme ne veut pas entendre raison. Ils n’ont pas de papiers. Là est le stigmate.

Mon beau-père, né italien, lui dit que lorsque ses parents, oncles et tantes ont émigré vers la France dans les années vingt et trente, pour fuir soit la misère, soit le fascisme, soit les deux, ils n’avaient pas de papiers et n’eurent jamais l’impression de voler leur travail aux maçons, ouvriers agricoles et autres coiffeurs français. « La roue tourne », lui dit mon beau-père. Autrefois les Italiens, aujourd’hui les Roumains, dans des flux organisés qui dépassent les sorts et les histoires individuels.

En rassemblant les trois mots que je possède de la langue des footballeurs professionnels étrangers qui jouent dans le calcio, je lui demande s’il se sent concerné par un fait socio-économique d’actualité, réellement perturbant : la faillite de la Sicile dont les comptes présentés aux autorités européennes ont été truqués. « Ne me parlez pas de la mafia », me dit-il. Alors là, je bondis : « résumer la corruption en Italie à un problème de mafia est trop simple. Un de mes cousins italiens a dû débourser 8000 euros pour être correctement soigné dans un hôpital public après un infarctus. Une de mes cousines a dû donner 20000 euros en dessous de table pour pouvoir intégrer une administration comme secrétaire. Et je ne vous parle pas des centaines de chercheurs italiens qui rejoignent des labos français parce qu’il n’y a plus de postes sauf pour les cousins de la tante à Silvio. Les prélèvements obligatoires en Italie sont supérieurs à ceux de la France. Où est l’argent ? Qu’a donc à voir la présence massive de travailleurs immigrés, avec ou sans papiers, avec ces pratiques ? »

Nous en restâmes là. Il faisait si chaud…

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Published by Bernard Gensane - dans Politique
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