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4 avril 2012 3 04 /04 /avril /2012 12:45

 

http://francaisdefrance.files.wordpress.com/2009/04/capitalisme.jpgRichard Descoings fut, à l’évidence, un être d’exception. Travailleur infatigable, esprit très innovant, il fit évoluer l’Institut d’études politiques de Paris (« Sciences-Po ») de manière considérable.

 

En quoi fut-il un fonctionnaire hors norme ? Fils de médecin, il choisit la haute Fonction publique. Avec acharnement. Après avoir fréquenté les meilleurs lycées parisiens, il tenta par trois fois l’École nationale d’administration, réussit brillamment le concours de sortie avant d’intégrer le Conseil d’État. En tant que directeur de Sciences-Po, il osa cumuler comme personne les avantages de la Fonction publique et ceux du privé. Il se fit voter un salaire mensuel de 27000 euros (salaire d’un président d’université : environ 5000 euros). Il put par ailleurs jouir d’un appartement de fonction. Statut en béton, salaire en titane.

 

Le 26 décembre 2011, le site Riposte laïque publiait les informations suivantes :

 

« Richard Descoings s’est entouré, d’un un comité de rémunération restreint, composé de cinq membres, des bons amis. Jusqu’ici, rien d’anormal. Ce qui est moins, c’est que les « copains » votent en catimini (pas de rapport d’activité, pas de comptes rendus !!) des rémunérations aberrantes pour le brave directeur (presque 150000 € annuel, soit en moyenne le triple de la rémunération d’un président d’université). On apprend que la même somme fut acceptée pour son directrice adjointe, Mme Nadia Marik [qui vient de la pub !], ce qui pourrait être un beau signe de partage. Manque de pot, on apprend que l’heureuse bénéficiaire n’est autre que la propre épouse de M. Descoing. Les bonnes affaires (sur le compte de l’argent publique) se font en famille.

La seule information qui nous manque, c’est le montant des jetons de présence perçus par MM. Pébereau, Louis Schweitzer et consorts, membres de ce très discret comité de rémunération.

Pour l’instant, aucune réaction de la part du couple Descoings-Marik qui n’ont pas l’intention de gâcher leurs bonnes vacances au Brésil avec des broutilles du genre.

Un geste appréciable, l’ensemble des membres du bureau du Comité d’Entreprise de l’IEP a donné sa démission en bloc, pour marquer leur désapprobation quant à ce que j’ose nommer détournement de fonds publics. Pour quand la démission de la honteuse bande de prévaricateurs composant le comité de rémunération ? » (link) 

 

Par-delà les réformes et l’innovation, Descoings a donc fait de « Sciences-Po » sa petite entreprise familiale et amicale.

 

La Cour des comptes a-t-elle jamais dénoncé ces pratiques exorbitantes ?

 

Aucun haut fonctionnaire français n’a, à ce point, mélangé les genres entre public et privé. Personne autant que lui n’a fait appel aux financements privés (45% du budget de l'établissement), ce qui n'a pas empêché une augmentation très substantielle des frais de scolarité. Ainsi, les entreprises qui parrainent les conventions ZEP versent plusieurs milliers d’euros à l’Institut par élève. Depuis longtemps, certains enseignants ont dénoncé la privatisation de fait de Sciences-Po.

 

La « gouvernance » de l’établissement repose sur deux pratiques fort simples : d’abord un corps d’enseignants en poste (enseignants-chercheurs) très limité et l’appel à des milliers d’intervenants extérieurs vacataires ; pour les vacataires, pas de congés payés, pas d’arrêt maladie ; 50 euros de l’heure net ; les cours payés tous les six mois ; ensuite, une gestion opaque et autocrate, les enseignants de base n’ayant quasiment aucun rôle dans la définition des programmes. Jamais de vraies réunions pédagogiques. Décision autoritaire de la suppression de l'épreuve de culture (À mort La princesse de Clèves !).

 

Certains enseignants n’assurent que 20 heures de cours par an au lieu des 192 statutaires. Certains touchent des primes, d’autres pas (des petites enveloppes allant de 23,50 à 3000 euros). Le salaire de Descoings était, quant à lui, fixé par un « conseil de rémunération » mis en place par lui-même. Une pratique qui n’existe nulle part ailleurs dans la Fonction publique. Mais une masse salariale globale ridicule comparée à celle des autres universités.

 

En 2009, les personnels bénéficient d’un accord sur l’intéressement des salariés. Avec à la clé un plan d’épargne d’entreprise, de ses primes d’intéressement atteignent 25% du salaire brut. Placés pendant 5 ans, ces fonds sont défiscalisés tandis que les primes sont exonérées de cotisations sociales.

 

Pas de vie syndicale, pas de grèves, des étudiants menacés oralement de perdre leurs diplômes pour avoir protesté contre la LRU.

 

À côté de cela, un homme très abordable, mais à une condition : que l’on soit en demande.

 

Bref : copinage, réseaux, connivence avec certains médias et le personnel politique de droite comme de gauche (de plus en plus de droite, cela dit). De la belle ouvrage. Du sarkozysme à l’état pur.

 

PS : Les grands médias baveux nous disent que Descoings a ouvert Sciences-Po aux jeunes défavorisés. Parfaitement exact. Cela aurait pu être fait dans la démocratie et dans le respect de toutes les règles de la Fonction publique.

 

PPS : Oserais-je ajouter (c'est le sens de l'illustration de l'article) qu'un type qui fait tripler son salaire est un type dénué de morale, qu'il s'agisse du kleiner Mann ou du fonctionnaire Descoings ?

 

 

 

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Published by Bernard Gensane - dans culture et politique
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commentaires

Oldfart 06/04/2012 10:25

Cher Bernard ,
je viens de prendre connaissance des coms a propos de cet article sur LGS et certains sont vraiment abjects , à vous dégoutter dirai-je étant persuadé de votre intégrité intellectuelle humaine et
passionnelle (ok j'arrete).
Je me demande ou vous trouvez la force de continuer à vous "battre" contre ces troupeaux d'autruches....vos petits enfants certainement , je ne vois que ça .
Que cette force vous accompagne jusqu'au bout c le pire que je puisse vous souhaiter
PACE é SALUTE

Bernard Gensane 06/04/2012 11:02



Cher vieux pet,


Je sais que je peux toujours compter sur vous. Merci pour votre gentil commentaire. J'ai été, comme vous dites, trop intègre. En effet, c'est Riposte Laïque qui a été la première à fournir ces
infos croustillantes. Elles ont été reprises et amplifiées par de nombreux autres médias par la suite. J'ai donc voulu attribuer à César ce qui était à César.


Pourquoi continuer à me battre ? Plus que pour mes petits-enfants, pour mes deux dernières, qui voient leur père, mais aussi leur mère, ne jamais se résigner. J'ai toujours été militant, avec ou
sans carte.


Un de mes textes préférés pour LGS est celui-ci :


http://www.legrandsoir.info/Syndicat.html


Dans l'intro de mon livre sur Orwell, j'écrivais ce qui suit; c'est un peu de moi que je parlais, si j'avais été écrivain :





Avec ce livre, j'espère faire avancer la réflexion sur Orwell de trois manières :


— en essayant de déterminer pourquoi Orwell écrivait, comment il a laissé en lui se forger un destin parce qu'il se voulait avant tout le défenseur d'un univers
moral, sain, amical et sans peur. En tentant de déterminer pourquoi Blair voulut écrire, c'est à dire mettre une plume dans la main d'Eric, et écrire
quelque chose, c'est à dire devenir Orwell grâce à l'écriture.


— En débusquant “ Orwell ” par rapport à Orwell, en montrant que
Blair ne s'est pas fondu dans un moule mais que le masque d'auteur était un repoussé martelé du dedans par de grands coups frappés par la volonté de toute
une vie, que cette persona était l'enveloppe du discours. Nous poserons qu'Orwell n'a jamais consciemment cessé de se narrer en tant qu'acteur et
de s'énoncer en tant que narrateur. Nous montrerons quand et pourquoi il se dissimulait derrière son masque, le déplaçait, esquivait le lieu de
l'énonciation.


— En empruntant les voies de la voix d'Orwell — et les voix de sa voie, en particu­lier dans les premières œuvres, que l'on pourrait qualifier de formation, mais
qui fu­rent élaborées en pleine conscience par un auteur remarqua­blement maître de ses choix et pleinement lucide quant à la portée esthétique et didactique de ce qu'il écrivait. Quelles que
soient les forces qui agissent à travers un auteur, nous le tenons pour responsable de ses propos et, contrairement à l'écrivain étudié ici, nous lui accordons très difficilement, pour reprendre
une expression d'Orwell lui-même, le bénéfice de clergie.





 





BM 04/04/2012 18:15

Je me souviens du qualificatif que les (eux aussi) défunts "PLPL" et "Plan B" utilisaient pour nommer Sciences-Po, qualificatif que j'ai toujours trouvé très pertinent.

Sciences-Po servant à former les "élites", et la notion "d'élites" étant à mon sens foncièrement antidémocratique, je ne vois pas en quoi peut consister le progrès quand on ouvre cette école à des
gens issus de milieux "défavorisés". La seule conséquence de cette ouverture (et donc à mon sens sa seule véritable et inavouable raison d'être) est de fournir un alibi à l'oppression sociale.

Mais de cela, on ne dira mot ; "De mortuis nihil nisi bene".

müde 04/04/2012 15:00

Informations passionnantes : je renonce immédiatement à

pleurer ce " bienfaiteur de l'humanité " et à croire


les médias...

Bernard Gensane 04/04/2012 15:03



On peut toujours pleurer l'homme. cette histoire de téléphone portable qu'on a retrouvé dans une autre chambre m'intrigue. J'ai ma petite idée...