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31 mars 2011 4 31 /03 /mars /2011 06:59

Vous êtes prévenus : ce qui suit risque de n’intéresser que moi.

 

J’écris ces lignes au moment où j’enterre ma dernière tante. Ça ravive des souvenirs…

 

J’ai sous les yeux deux photos : l’une représente le père de ma grand-mère paternelle (un de mes arrière-grands-pères, donc) ; l’autre représente la grand-mère maternelle de ma grand-mère paternelle.

 

Je me suis intéressé aux secrets de famille, de manière inconsciente, dès l’âge de sept ans. J’habitais à l’époque Hénin-Liétard, la ville convoitée par Steve Briois et Marine Le Pen, une cité de 25000 habitants dans le Pas-de-Calais minier. À l’école primaire – où mon père enseignait, je me trouvais dans une situation linguistique et onomastique intéressante : la majorité des enfants était d’origine ch’ti, avec des noms en “ court ” ou en “ ez ” (Delecourt, Deramecourt, Bultez) ; une minorité était d’origine franchement flamande (Van de Kerkove – Du Cimetière et non Du Champ de blettes, ce qui est le cas de Beethoven – Van de Putte, qui nous faisait bien rire et qui n’est que l’équivalent de Dupuis, Annaert, Deloddère, Bruyneel ; pour finir, les Polonais : Lech, Zajac, mais pas l’improbable Skaslageulenski. Dans tout cela, pas la moindre de trace de Gensane. Ce qui m’intriguait par-dessus tout, c’était que personne, en pays ch’ti, n’était spontanément capable d’épeler notre nom correctement. Nous disions "Gensane", on écrivait "Janssen", le fils de Jean.

 

Je découvrirais une trentaine d’années plus tard que la raison de ce mystère, de cet improbable nom catalan avait tout simplement à voir avec un secret de famille du côté de mon grand-père paternel. Secret que plusieurs membres de ma famille ne souhaitent pas me voir évoquer, entre nous, à plus forte raison publiquement.

 

Dans mon blog censuré par Nouvelobs.com, j’ai relaté une dizaine de secrets de famille, de manière anonyme, bien sûr. J’en reprendrai peut-être deux ou trois pour la rubrique “ Florilège ”. De fait, ce sont les travaux, déjà anciens, de Serge Tisseron, qui m’ont incité à m’intéresser consciemment au secret qui avait plombé ma famille paternelle – moi, moins que les autres puisque je suis capable d’en parler.

 

Ce qui me titille les neurones, c’est qu’avec ces deux photos, je suis peut-être (ou peut-être pas) en présence d’un autre secret. Je n’ai eu connaissance de ces documents qu’à l’âge de 61 ans. Mes parents, mon père en l’occurrence, n’en possédaient pas d’exemplaires. La mère de ma grand-mère maternelle était pour moi une personnage familier. Elle était décédée après ma naissance et l’on me racontait quand j’étais enfant, que, dans les mois qui avaient précédé sa mort, elle me promenait dans mon landau, dans le bien nommé Bois-Bernard, situé aux portes d’Hénin-Liétard. Pendant toute mon enfance, mon père évoqua souvent sa “ Grand-Mère Neuville ”, ses talents de pâtissière, sa gentillesse. Mais jamais, au grand jamais, il ne me parla de son “ Grand-père Neuville ”. Au point que j’imaginais qu’il avait dû mourir pendant la Première Guerre mondiale, voire avant, et que la “ Grand-mère Neuville ” avait été sa vie durant une veuve méritante.

Un jour de 1972, ma grand-mère paternelle m’écrivit une longue lettre, dans laquelle elle racontait par le menu la tristesse de son veuvage récent. À l’époque, nous n’avions pas le téléphone et ne correspondions que par écrit. Je fus frappé par la qualité du français de cette vieille personne qui n’avait pas poursuivi ses études au-delà du Certificat d’études et dont la seule lecture, sa vie durant, avait été celle du journal quotidien que son mari lisait avant elle. Pas une faute d’orthographe, des phrases courtes, nerveuses, précises. De l’ironie maniée à bon escient, de l’humour à ses dépens. Je montrai cette lettre à ma mère en lui exprimant mon étonnement.

 

— Mais ne sais-tu pas, me dit-elle, que ta grand-mère a eu pendant toute son enfance un précepteur à la maison ?

 

J’en tombais sur le séant : cette femme très réservée, toujours dans l’ombre de son mari instituteur, fille de paysans, me disait-on et assurait-elle en personne, avait reçu une éducation de princesse ? Et ma mère d’ajouter que mon arrière-grand-père, dont j’entendais enfin parler, était un riche paysan, un vrai propriétaire terrien qui, vers 1914, roulait carrosse à essence et qui – ce que je n’ignorais pas – avait donné en dot à sa fille une ferme dans le Boulonnais.

 

Cet aïeul s’était-il enrichi par des voies légales ou illégales ? Comment un paysan pouvait-il devenir riche dans le bocage du Boulonnais autour de 1900 ? Nous n'étions pas dans les vastes étendues de la Brie et l’on ne connaissait pas encore les moiss’ batt’ à l’époque ! Naïvement, je crus que mes questions finiraient par avoir leurs réponses. Je n’eus pas le réflexe de la curiosité. Un jour, je m’en ouvris vaguement à ma grand-mère. Elle éluda et me dit simplement que sa grand-mère maternelle s’appelait Dina et qu’elle était de mère portugaise. Le mystère s’épaississait : comment, vers 1850, une Portugaise s’était-elle retrouvée dans le canton de Fruges ; comment et pourquoi avait-elle épousé un Charles Flahaut (patronyme germanique très courant dans le Nord) dont elle aurait cette Dina ? Je n’en ai jamais rien su.


Dina-Flahaut---copie.jpg

 

 

Je contemple cette photo de Dina. Je n’y connais pas grand-chose en vêtements féminins du XIXe siècle. Mais cette femme semble correctement habillée. Je ne sais ce que vaut sa coiffe, mais elle est soignée, recherchée même. Je trouve qu’il y a quelque malice dans ce doux regard, une calme résignation. Mais bon sang (3% du mien), d’où vient-elle, qui fut-elle vraiment ?

 



Louis-Neuville-1---copie.jpg

 

Le regard de Louis n’est ni doux ni malicieux. Mon bisaïeul louche comme ce n’est pas permis. Ce qui renforce le mystère : personne dans sa descendance n’a eu de réels problèmes oculaires. Mon père est mort à 67 ans sans avoir jamais porté de lunettes. Un paysan, cet homme ? Que nenni ! On dirait un notaire. Sa coiffure et sa moustache sont soignées. Taillé dans un tissu de qualité, le costume est bien coupé et il tombe bien. Comme le duc Philippe d’Édimbourg, Louis a les mains croisées dans le dos. Il se sent assuré, fort bien campé sur ses pieds.

 

Que me dis-tu, Louis ? J'ai beau savoir  qu'il y eut chez toi, à demeure, une femme de ménage (enfant, ma grand-mère n'essuya jamais une petite cuiller mais, mariée, elle fut la bonne à tout faire de son mari, l'instituteur IIIe République, le notable au village), une cuisinière et un précepteur, en plus des ouvriers agricoles, tu ne me dis rien et je crains que tu ne sois à jamais muet.

 

PS : Depuis que j'ai écrit ce billet, une information donnée par une parente renforce encore le mystère: Louis le bigleux tenait sa fortune de son père, Pierre-Louis (ah, l'originalité des prénoms en ces temps!), instituteur ET riche (et non instituteur DONC riche). Il semble que cet ancêtre possédait – pourquoi, comment ? – d'importantes propriétés terriennes.

 


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Published by Bernard Gensane - dans Tranches de vie
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commentaires

kulturam 07/04/2011 16:09


http://www.archivespasdecalais.fr/Chercher-dans-les-archives/Archives-en-ligne


kulturam 07/04/2011 16:08


http://www.archivespasdecalais.fr/Chercher-dans-les-archives/Archives-en-ligne


kulturam 07/04/2011 15:34


ça fait 10 ans que je fais de la généalogie et j'ai découvert beaucoup au travers des contrats de mariage qui étaient systématiques autrefois , donc il faut pour ça consulter les archives
départementales du lieu de naissance de vos ancêtres et trouver le nom des notaires de famille , une fois que l'on amis le nez dedant on ne s'arrête plus en général!!