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19 janvier 2012 4 19 /01 /janvier /2012 07:13

Par Philippe Arnaud

 

http://titanic.pagesperso-orange.fr/images1/nauf_stoewer.jpgOn a dit, il y a quelques années, que la catastrophe de Tchernobyl était  un symbole de l'état de l'URSS à cette époque et qu'elle préfigurait la  catastrophe qui attendait le régime à peine 5 ans plus tard (et même  trois ans, si l'on fait remonter le naufrage à la chute du Mur de Berlin).

 

A partir de cette observation, il m'a semblé que le naufrage du Costa Concordia, sur le rivage d'une île toscane, pouvait être vu comme une  parabole (ou une métaphore) du naufrage actuel de l'économie capitaliste.

 

1. A l'instar des entités financières (banques, assurances, fonds de  pension, fonds de placement), les moyens de transport et de  communication deviennent de plus en plus gigantesques (comme des  pyramides de La Grande-Motte sur l'eau). Là où les uns entassent les  milliards, d'autres entassent les passagers - ce qui est d'ailleurs  également observable pour les avions. Là où la première version de  l'avion Caravelle, en 1958 (il y a 54 ans) emmenait 80 passagers,  l'Airbus A-380, en 2012, dans sa version charter A-380-800, emmène, lui,  853 passagers et 20 membres d'équipage.

 

1 bis.  Et notons que la logique à l'oeuvre est la même : comme les  milliards placés en Bourse ou prêtés aux Etats ou aux particuliers ne  servent qu'à engranger d'autres milliards, la course au gigantisme de  moyens de transport (avions ou bateaux), par l'économie d'échelle  qu'elle permet, ne sert aux croisiéristes ou compagnies aériennes qu'à  engranger le maximum d'argent.

 

2. Dans les deux cas, lorsqu'il arrive une catastrophe, elle est donc à  proportion des moyens engagés. Lorsqu'une Caravelle s'écrasait, c'était  80 morts. Lorsqu'un Airbus A-380 s'écrasera (car, hélas, cela arrivera),  ce sera près de 900 morts. Lorsqu'une crise financière avait lieu jadis,  elle était fonction des sommes engagées, qui, elles-mêmes, dépendaient  des instruments financiers. Aujourd'hui, ces instruments financiers ont  été démultipliés par les combinaisons mathématiques et les ordinateurs à  un niveau où ils n'existaient pas il y a un demi-siècle (par exemple à  l'époque de la Caravelle) : les dégâts sont donc à la mesure des sommes  engagées.

 

3. Comme dans l'économie boursière, c'est le "pilotage" de l'instrument,  toujours aux limites de l'équilibre ou de la flottaison, qui provoque le  naufrage. Dans le cas des placements en Bourse, chacun spécule sur la  montée de ses actions, en essayant de grappiller "le" dernier centime  (un "dernier petit sou", comme dit Grezillo - remarquablement interprété  par Michel Piccoli - dans Le Sucre), avant que la conjoncture ne se  retourne. Et c'est précisément cette attente du dernier centime, cette  avidité à ne rien laisser perdre, qui provoque la catastrophe – car,  comme les spéculateurs sont moutonniers, personne ne veut vendre le  premier. Et tout le monde se casse la figure en même temps. De même aux  États-Unis, les banques ont prêté à des emprunteurs à chaque fois moins  solvables, elles ont titrisé le plus qu'elles ont pu, pour essayer de  "fourguer" à d'autres banques ou à d'autres "investisseurs" le maximum  de leurs actions et obligations pourries avant que quelqu'un ne siffle la fin du jeu.

 

3 bis. Dans le cas du Costa Concordia, le capitaine du navire, qui avait  l'habitude de naviguer très près des côtes, a voulu naviguer encore plus  près, pour montrer ce qu'il savait faire, pour que les passagers "en  aient pour leur argent" (donc pour qu'ils fassent de la publicité de  bouche-à-oreille et touchent de nouveaux clients, qui rapporteront  encore plus d'argent). Mais il n'a pas su distinguer où était la limite  du fond...

 

4. Comme dans la crise financière, ce sont les gros qui se sauvent en  premier. Des passagers rescapés témoignent que des hommes ont bousculé  femmes et enfants pour embarquer les premiers dans les canots de  sauvetage, certains allant même jusqu'à crier : “ I am a V.I.P. ! ” [Very  Important Person], pour (tenter de) justifier leur muflerie et leur  sauvagerie. De même, dans la crise financière, les mesures de rigueur,  réclamées ici et là à cor et à cri, ne toucheront que les passagers des  cabines du bas, pas ceux des suites princières.

 

5. Comme dans le cas de la crise financière, les dégâts sont socialisés  (comme les bénéfices antérieurs avaient été, eux, privatisés). Après le  naufrage du Costa Concordia, ce sont les services publics italiens  (police, carabiniers, pompiers, plongeurs, hôpitaux...) qui sont venus  au secours des passagers, les membres d'équipage, s'étant eux, défilés,  en particulier le capitaine. [De la même façon que Papandréou,  Berlusconi ou Madoff avaient été "débarqués"].

 

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commentaires

B
Excellent article.<br /> <br /> Je voudrais revenir sur l'anecdote sur les pseudos "vieilles pies". Elle est à mon sens très révélatrice d'une société où l'inégalité entre riches et pauvres (et surtout, le fait que les riches<br /> aient plus de droits que les pauvres) a été complètement intériorisée par une effarante proportion de la population (même chez les pauvres, sinon, pourquoi joueraient-ils au loto ?). Le pire, c'est<br /> que les "vieilles pies" bénéficient de privilèges même quand ils se retrouvent dans des situations infamantes pour le commun des mortels : l'existence assez choquante d'un "quartier vieille pie"<br /> dans des prisons comme la Santé me fait irrésistiblement penser à la situation des citoyens romains dans l'Antiquité : même quand ils étaient condamnés à mort, les citoyens romains bénéficiaient<br /> encore de privilèges jusque dans cette situation : ils étaient décapités, alors que le commun des mortels était crucifiés ou livrés aux fauves dans l'amphithéâtre (cf. saint Paul).<br /> <br /> P.S. Cela n'a rien à voir, mais voici un article intéressant sur les universités uhesse : http://www.counterpunch.org/2012/01/18/neo-racism-in-the-southwest/
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