3 juin 2012 7 03 /06 /juin /2012 15:18

 

http://louvreuse.net/images/stories/divers/esquimaux2009/ferenczitro.jpgIl ne se passe pas une semaine sans que Télérama n’utilise quatre ou cinq fois le mot « british ». Dans une publication tellement soucieuse de culture et de précision, ce travers me laisse pantois.

 

Un exemple : dans une note d’une vingtaine de lignes sur le film L’Ombre d’un homme, Aurélien Ferenczi utilise le mot deux fois (plus deux autres fois dans la légende de la photo qui illustre son article). La première m’a fait sursauter : « Immense acteur british primé à Cannes, Michael Redgrave… ». D’abord « immense » ne veut rien dire, ne dit rien, même sous la plume d’Aurélien Ferenczi, qui est peut-être un « prodigieux journaliste magyar ». Utiliser le mot « immense » pour qualifier Michael Redgrave, puis sa fille Vanessa, c’est enfoncer une porte ouverte.

 

Mais le problème, qui renvoie à tout ce que j’ai pu écrire sur l’aliénation linguistique (link), est ailleurs. À propos de mon très cher Horst Tappert (link), par exemple, Ferenczi commencerait-il une phrase par « Immense acteur deutsch » ? Sûrement pas. Mais avec british, non seulement ça passe, mais ça devient une obligation, un must. Bien sûr, on ne sait pas si le journaliste évoque le passeport de Redgrave ou son jeu tellement « britannique ». British, en tant que propriété organoleptique, ne veut strictement rien dire non plus : entre l’acteur écossais Robert Carlyle et le tellement british Laurence Olivier, il n’y a de commun, justement, que le passeport. À part nous mordre la queue, one ne va pas très loin avec ce jugement à l’emporte-pièce.

 

Essayons avec une légende du cinéma français : « Immense acteur french primé à Pétaouchnok, Pierre Fresnay … ». C’est ridicule, du Télérama  dans le texte.

 

Et puis, quand on veut faire british, il faut le faire jusqu’au bout des ongles. Ce qui existe dans la langue anglaise, ce n’est pas british  mais British. En anglais, en effet, les adjectifs de nationalité portent systématiquement une majuscule : An immense Italian actor, a priggish French journalist.

Partager cet article

Published by Bernard Gensane - dans culture
commenter cet article

commentaires

BM 03/06/2012

Les journalistes n'utilisent en effet jamais le mot "French", mais, systématiquement, le mot "Frenchie". Je pense que ce dernier mot se veut (dans la bouche des journalistes français) un diminutif
affectueux ; quoique je doute qu'il se trouve réellement dans la langue anglaise un mot à connotation affectueuse pour désigner les Français...

L'emploi de ce barbarisme qui se veut affectueux dénote, chez les journalistes français qui l'emploient, un sentiment d'infériorité qui en dit long sur le degré d'aliénation culturelle (pas
seulement linguistique) vis-à-vis du monde anglo-saxon.

  • Bernard Gensane
  • Né à Hénin-Liétard en 1948, j’ai passé mon enfance dans cette ville minière où mes parents étaient instituteurs. Je suis angliciste. Spécialiste de George Orwell et des Beatles.
  • Né à Hénin-Liétard en 1948, j’ai passé mon enfance dans cette ville minière où mes parents étaient instituteurs. Je suis angliciste. Spécialiste de George Orwell et des Beatles.

Recherche

Articles Récents

  • Claude Guéant et les arts ménagers
    Robert Chaudenson revient sur les mésaventures de Claude Guéant, qui a tenté de minimiser la violence du flot d'argent qui coule autour de lui depuis des années. Comme s'ils s'agissait de bavures, d'égarements...
  • Note de lecture (122)
    Jérôme Garcin. Bleus Horizons. Paris : Gallimard, 2013.   Ceci est un roman, roman historique, est-il précisé en quatrième de couverture. Jérôme Garcin évoque, de manière romancée,...
  • Videla : dictature et Coupe du monde de Football
    Lors de la Coupe du monde de football de 1978 en Argentine, le pays hôte s’est qualifié miraculeusement par un 6 à 0 face au Pérou. Cette victoire écrasante a toujours parue suspecte à beaucoup. Mais l’important...
  • La mort du français à l’université
    En nommant Nicole Fioraso ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, Hollande savait très bien qu’en confiant cette responsabilité à une femme d’affaires, il poursuivait et amplifiait la démarche...
  • Spéculation sur la mort aux États-Unis
    Le capitalisme financier a décidé de tout acheter et de tout vendre : l’eau, l’air, le génome humain, les recettes de grand-mère, les contrepoisons amazoniens à base de plantes. Il achète maintenant...
  • Jusqu'où peut aller le libéralisme ?
    Comment caguer sur les piétons en seulement 12 leçons
  • La débâcle hollandaise
    Dans les colonnes du Grand Soir , Yann Fivet brosse un tableau cruel mais juste de la première année de Hollande à l'Élysée.     Nous étions sans grande illusion quand François Hollande fut...
  • Médias : quand Mélenchon est assimilé à Hitler
    Cela fait un bon moment que je suis le blog d'André Gunthert,  chercheur en histoire visuelle et éditeur multimédia à l'EHESS. Son blog, L'Atelier des icônes , est une mine.   Je propose ici des...
  • Le sens politique des “ grands projets inutiles ”
    Alors que les Français vont au plus mal, le gouvernement s’obstine à vouloir financer au moins deux projets pharaoniques : l’aéroport de Notre-Dames-des-Landes et la ligne grande vitesse Lyon-Turin. L’ego...
  • L'inspiration de la "manif' pour tous"
    Les manifs' pour tous furent des rassemblements relativement hétéroclites : droite, extrême droite, cathos bon teint, cathos intégristes, cfdtistes, homophobes (j'ai de bons amis homosexuels mais...).   Neuf manifestants...
Créer un blog gratuit sur overblog.com - Contact - CGU -
Partager cette page Facebook Twitter Google+ Pinterest