Il ne se passe pas une semaine sans que Télérama n’utilise quatre ou cinq fois le mot « british ». Dans une publication tellement soucieuse de culture et de précision, ce travers me laisse pantois.
Un exemple : dans une note d’une vingtaine de lignes sur le film L’Ombre d’un homme, Aurélien Ferenczi utilise le mot deux fois (plus deux autres fois dans la légende de la photo qui illustre son article). La première m’a fait sursauter : « Immense acteur british primé à Cannes, Michael Redgrave… ». D’abord « immense » ne veut rien dire, ne dit rien, même sous la plume d’Aurélien Ferenczi, qui est peut-être un « prodigieux journaliste magyar ». Utiliser le mot « immense » pour qualifier Michael Redgrave, puis sa fille Vanessa, c’est enfoncer une porte ouverte.
Mais le problème, qui renvoie à tout ce que j’ai pu écrire sur l’aliénation linguistique (link), est ailleurs. À propos de mon très cher Horst Tappert (link), par exemple, Ferenczi commencerait-il une phrase par « Immense acteur deutsch » ? Sûrement pas. Mais avec british, non seulement ça passe, mais ça devient une obligation, un must. Bien sûr, on ne sait pas si le journaliste évoque le passeport de Redgrave ou son jeu tellement « britannique ». British, en tant que propriété organoleptique, ne veut strictement rien dire non plus : entre l’acteur écossais Robert Carlyle et le tellement british Laurence Olivier, il n’y a de commun, justement, que le passeport. À part nous mordre la queue, one ne va pas très loin avec ce jugement à l’emporte-pièce.
Essayons avec une légende du cinéma français : « Immense acteur french primé à Pétaouchnok, Pierre Fresnay … ». C’est ridicule, du Télérama dans le texte.
Et puis, quand on veut faire british, il faut le faire jusqu’au bout des ongles. Ce qui existe dans la langue anglaise, ce n’est pas british mais British. En anglais, en effet, les adjectifs de nationalité portent systématiquement une majuscule : An immense Italian actor, a priggish French journalist.
BM 03/06/2012