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11 avril 2011 1 11 /04 /avril /2011 14:47

Le 12 mars dernier,  l'Italie fêtait le 150ème anniversaire de sa création et à cette   occasion fut donnée, à l'opéra de Rome, une représentation de l'opéra   le plus symbolique de cette unification : Nabucco de Giuseppe Verdi,   dirigé par Riccardo Muti.


http://graphics8.nytimes.com/images/2007/01/20/arts/20muti.650.jpgNabucco de Verdi est une oeuvre autant musicale que politique : elle   évoque l'épisode de l'esclavage des juifs à Babylone, et le fameux   chant « Va pensiero » est celui du Choeur des esclaves opprimés. En   Italie, ce chant est le symbole de la quête de liberté du peuple, qui   dans les années 1840 - époque où l'opéra fut écrit - était opprimé par   l'empire des Habsbourg, et qui se battit jusqu'à la création de   l'Italie unifiée.


Avant la représentation, Gianni Alemanno, le maire de Rome, est   monté sur scène pour prononcer un discours dénonçant les coupes dans  le budget de la culture du gouvernement. Et ce, alors qu'Alemanno est   un membre du parti au pouvoir et un ancien ministre de Berlusconi. Cette intervention politique, dans un moment culturel des plus  symboliques pour l'Italie, allait produire un effet inattendu,  d'autant plus que Sylvio Berlusconi en personne assistait à la  représentation...


Selon le Times, Riccardo Muti, raconte ce  qui fut une véritable soirée de révolution : « Au tout début, il y a   eu une grande ovation dans le public. Puis nous avons commencé  l'opéra. Il se déroula très bien, mais lorsque nous en sommes arrivés au fameux chant Va Pensiero, j'ai immédiatement senti que l'atmosphère  devenait tendue dans le public. Il y a des choses que vous ne pouvez  pas décrire, mais que vous sentez. Auparavant, c'est le silence du  public qui régnait. Mais au moment où les gens ont réalisé que le Va  Pensiero allait démarrer, le silence s'est rempli d'une véritable  ferveur. On pouvait sentir la réaction viscérale du public à la  lamentation des esclaves qui chantent : « Oh ma patrie, si belle et  perdue ! ».


  Alors que le Choeur arrivait à sa fin, dans le public certains  s'écriaient déjà : « Bis ! » Le public commençait à crier « Vive  l'Italie ! » et « Vive Verdi ! » Des gens du poulailler (places tout  en haut de l'opéra) commencèrent à jeter des papiers remplis de  messages patriotiques - certains demandant «Muti, sénateur à vie ».

 

Bien qu'il l'eut déjà fait une seule fois à La Scala de Milan en  1986, Muti hésita à accorder le « bis » pour le Va pensiero. Pour lui,  un opéra doit aller du début à la fin. « Je ne voulais pas faire  simplement jouer un bis. Il fallait qu'il y ait une intention  particulière. », raconte-t-il. Mais le public avait déjà réveillé son sentiment patriotique. Dans  un geste théâtral, le chef d'orchestre s'est alors retourné sur son podium, faisant face à la fois au public et à M. Berlusconi, et voilà  ce qui s'est produit :
  [Après que les appels pour un "bis" du "Va Pensiero" se soient tus,  
on entend dans le public : "Longue vie à l'Italie !"]

Ricardo Muti : Je n'ai plus 30 ans et j'ai vécu ma vie, mais en tant qu'Italien qui a beaucoup parcouru le monde, j'ai honte de ce qui se passe dans mon pays.
 Donc j'acquiesce à votre demande de bis pour le "Va Pensiero" à nouveau. Ce n'est pas seulement pour la joie patriotique que je ressens, mais parce que ce soir, alors que je dirigeais le Choeur qui chantait "O mon pays, beau et perdu", j'ai pensé que si nous continuons ainsi, nous allons tuer la culture sur laquelle l'histoire de l'Italie est bâtie. Auquel cas, nous, notre patrie, serait vraiment "belle et perdue". [Applaudissements à tout rompre, y compris des artistes sur scène]


 

Muti : « Depuis que règne par ici un "climat italien", moi, Muti, je me suis tu depuis de trop longues années. Je voudrais maintenant... nous devrions donner du sens à ce chant ; comme nous sommes dans notre Maison, le théâtre de la capitale, et avec un Choeur qui a chanté magnifiquement, et qui est accompagné magnifiquement, si vous le voulez bien, je vous propose de vous joindre à nous pour chanter tous ensemble. »


Muti invita alors le public à chanter avec le Choeur des esclaves. « J'ai vu des groupes de gens se lever. Tout l'opéra de Rome s'est levé. Et le Choeur s'est lui aussi levé. Ce fut un moment magique dans l'opéra. Ce soir-là fut non seulement une représentation du Nabucco, mais également une déclaration du théâtre de la capitale à l'attention des  politiciens. »

 

http://g.sheetmusicplus.com/Look-Inside/large/3133009_01.jpg

http://niurka39.canalblog.com/archives/2011/04/09/20851216.html
http://www.dailymotion.com/video/xhpdw3_verdi-le-choeur-des-prisonniers_newsiframe

 

 


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