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11 août 2013 7 11 /08 /août /2013 09:36

J’ai toujours eu un faible pour le génie et les déboires de la famille Mann. Né en 1906, Klaus est le deuxième enfant de Thomas Mann. Bien que très doué, il aura du mal à être autre chose que le fils de son père.

 

Il publie sa première pièce de théâtre en 1925, puis son premier roman l’année suivante. Il y évoque sans honte son homosexualité. En 1927, il entreprend un tour du monde, à partir des Etats-Unis. À Paris, il rencontre Gide, Cocteau, Crevel.

 

Opposant au nazisme, il quitte l’Allemagne en 1933. Il est déchu de la nationalité en 1934. Il obtient, comme les siens, la nationalité tchécoslovaque. Il devient dépendant à divers drogues mais tente de se soigner. En 1938, il part couvrir la guerre d’Espagne comme journaliste. Il publie ensuite son ouvrage le plus important : Le Volcan, où il se fait l’avocat d’un socialisme humaniste. Enfin, son père reconnaît ses talents d’écrivain : « Je l'ai lu de bout en bout, avec émoi et amusement... Plus personne ne contestera que tu es meilleur que la plupart – ce qui explique ma satisfaction en te lisant... »

 

Il décide de ne plus écrire en allemand, la langue pervertie par les nazis. De plus en plus dépressif, il tente de se suicider en 1942. Il s’engage dans l’armée des États-Unis en 1943 et obtient la nationalité du pays. En 1945, il est envoyé en reportage en Europe, il visite le camp de Theresienstadt et interviewe Goering, et aussi Richard Strauss.

 

Il ne se fait guère d'illusion sur la dénazification de l’Allemagne. Il est très affecté par les suicides de Zweig, Crevel et Toller. Il sent sa sœur Erika s’éloigner de lui (l’inceste dans la famille Mann est un tropisme) et sombre à nouveau dans la drogue. Il tente à nouveau de se suicider en 1948. Il ne se rate pas en 1949, à Cannes. Seule de la famille, son frère Michael assiste à l’enterrement.

 

Son père écrivit ceci :

 

« Il n'aurait pas dû faire ça. L'acte s'est visiblement produit alors qu'il ne s'y attendait pas lui-même, avec des somnifères qu'il avait achetés dans une droguerie à New York. Son séjour à Paris a été lourd de conséquences. Mes rapports avec lui étaient difficiles et point exempts d'un sentiment de culpabilité puisque mon existence projetait par avance une ombre sur la sienne [...]. Il travaillait trop vite et trop facilement. »

Sur sa tombe, sa sœur, Erika, fit graver une phrase de l’évangile selon Luc : « Celui qui cherche à sauver sa vie la perdra, mais celui qui perd sa vie, celui-là la sauvera ».

 

(Impatienta doloris).

 

 

Klaus et Erika

 

 

 

Simone Mareuil (1903-1954) est l’actrice qui se fait sectionner l’œil dans Un chien andalou de Bunuel. Malheureusement, elle ne résistera pas à l’avènement du cinéma parlant et s’immolera par le feu, une nuit, en plein milieu de son village.

 

(Impatienta doloris).

 

 

 

 

 

Thierry de Martel était le fils de la femme de Lettres Gyp, notoirement antisémite. Il naquit comte en 1875 à Lunéville. En tant que médecin, il fut un des pionniers de la neurochirurgie française. Lorsqu’il mourut en 1940, André Maurois déclara « Avec lui nous perdons un ami incomparable ».

 

Joueur de rugby de haut niveau, Martel servit pendant la Première Guerre mondiale comme médecin officier. Son fils mourut lors du conflit, vraisemblablement par suicide, traumatisé par les combats. Martel jura de ne plus adresser la parole à un Allemand.

 

Lorsque les troupes allemandes entrèrent dans Paris, ce nationaliste bon teint décida de se supprimer en s’injectant une dose mortelle d’acide cyanhydrique. À côté de lui, Hernani, de Victor Hugo, avec ces mots soulignés :

 

« Puisqu’il faut être grand pour mourir, je me lève. »

 

Il avait auparavant écrit à son ami Bullit : « Je vous ai promis de ne pas quitter Paris. Ne vous ai pas dit si j'y resterai mort ou vivant. ……. Adieu. Martel. »

 

(Jactatio).

 

 

 

 

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Published by Bernard Gensane - dans culture
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microsoft email address 23/05/2014 09:21

I am a big fan of Bernard Gensane. He is such a talented individual. He doesn't care about what people thinks about him or talks about him. He doesn't live to impress anybody. Inspired writers like him are hard to find these days.

Torsade de Pointes 17/08/2013 22:21

En fait, le Volcan de Klaus Mann était une partie, ou est devenu par la suite une partie, du Tournant (der Wendepunkt), son grand et passionnant ouvrage autobiographique. Un passage en particulier m’avait frappé dans ce livre; au début du chap. XI (1940 – 1942), il écrit :

Les nouvelles de France sont de plus en plus affreuses. Il est clair à présent que certains milieux très influents en France ont souhaité et favorisé la défaite de leur propre pays. « Plutôt l’occupation allemande que la domination du front populaire socialiste! » J’ai entendu ce type de déclarations de mes propres oreilles. A coup sûr, le maréchal Pétain était aussi de cette opinion. Le vainqueur de Verdun comme suppôt de l’ennemi ! Haïssable vieillard.

Fin de citation. Comme quoi l’idée (ou la rumeur, ou le constat) d’une complicité d’une partie des classes dirigeantes françaises avec Hitler était courante au début de la guerre.

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