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1 juillet 2013 1 01 /07 /juillet /2013 05:50

Dans son éditorial du Monde Diplomatique de juillet 2013, Serge Halimi constate, après la fermeture de la télévision publique grecque, que l’Europe s’éloigne chaque joue davantage de la démocratie :

Les politiques économiques imposées par la défense de l’euro sont-elles encore compatibles avec les pratiques démocratiques ? La télévision publique grecque fut créée au lendemain d’une dictature militaire. Sans autorisation du Parlement, le gouvernement qui exécute à Athènes les injonctions de l’Union européenne a choisi d’y substituer un écran noir. Avant que la justice grecque suspende la décision, la Commission de Bruxelles aurait pu rappeler les textes de l’Union selon lesquels « le système de l’audiovisuel public dans les Etats membres est directement lié aux besoins démocratiques, sociaux et culturels de toute société ». Elle a préféré cautionner le coup de force, plaidant que cette fermeture s’inscrivait « dans le contexte des efforts considérables et nécessaires que les autorités fournissent pour moderniser l’économie grecque ».

 

Une réflexion intéressante de Kenneth Cukier et Viktor Mayer-Schönberger sur la menace induite par le « déluge numérique » actuel :

Amitiés, pensées, échanges, déplacements : la plupart des activités humaines donnent désormais lieu à une production massive de données numérisées. Leur collecte et leur analyse ouvrent des perspectives parfois enthousiasmantes qui aiguisent l’appétit des entreprises. Mais la mise en données du monde risque aussi de menacer les libertés, comme le montre le tentaculaire programme de surveillance conduit aux États-Unis.

 

Sa tablette Galaxy l’a propulsé sur le devant de la scène, au point qu’il dépasse Apple. Du coup, Samsung et son concurrent se livrent une guerre sans merci devant les tribunaux et les instances internationales. Mais, au-delà de l’électronique, le groupe sud-coréen, aux activités multiformes, constitue un conglomérat si puissant qu’il influence aussi bien la politique que la justice ou la presse du pays.

 

 

Les médias évoquent, pour s’en délecter, le « coût du travail ». Laurent Cordonnier s’intéresse au « coût du capital » :

Afin de justifier toutes sortes de réformes, médias et gouvernants se prévalent de leur disposition à bousculer les « archaïsmes » et à faire preuve de courage. Mais il s’agit toujours en définitive de réduire salaires et prestations sociales. Il existe pourtant bien un tabou pénalisant tous ceux qui souhaitent investir et créer de l’emploi : le coût prohibitif du capital.

 

 

Lamia Oualalou demande en quoi les Les « telenovelas » sont un miroir de la société brésilienne :

Promues sous la dictature (1964-1985) dans l’optique de souder ce pays-continent, les « telenovelas » brésiliennes ont évolué. Suivies par l’ensemble de la population, elles tendent un miroir à une société en plein bouleversement. Or la transformation récente du géant sud-américain ne saurait se résumer à sa devise, « Ordre et progrès », comme le révèlent les récentes manifestations dans les grandes villes du pays.

 

 

Hélène Bienvenu et Sébastien Gobert  décrivent la naissance d’un bloc de l’atome en Europe de l’Est :

Alors que l’Allemagne conduit à marche forcée son programme de sortie du nucléaire, ses voisins de l’Est relancent la construction de réacteurs. Pour la Hongrie, la Pologne, la République tchèque et la Slovaquie, il s’agit de conquérir leur indépendance énergétique par rapport au gaz russe. Mais Moscou vendrait volontiers des centrales à ses anciens satellites…

 

 

Noëlle Burgi et Antoine Postier consacrent une forte étude aux suicides chez les postiers :

Hier peu fréquents et rarement médiatisés, les suicides sur le lieu de travail deviennent de plus en plus nombreux, surtout dans les grandes entreprises. En cause, l’intensification des tâches et, bien souvent, l’isolement, alors que les collectifs se brisent sur la mise en concurrence des salariés. A La Poste, l’hécatombe continue sans que les dirigeants s’en émeuvent.

Entre mai 2009 et mai 2013, au moins quatre-vingt-dix-sept employés de La Poste se sont suicidés ou ont tenté de le faire. Le décompte élaboré par des postiers, encore très largement méconnu, n’est pas exhaustif, mais il est vérifiable. Cette hécatombe coïncide avec l’accélération de la restructuration à marche forcée de l’entreprise, devenue société anonyme de droit privé en mars 2010.

 

Pendant ce temps, pour faire plaisir à Bruxelles, la Croatie dit adieu à ses navires (Jean-Arnault Dérens) :

Pour être fin prêt à rejoindre l’Union européenne, le 1er juillet, Zagreb a lancé un vaste programme de privatisations qui touche en particulier l’une de ses plus anciennes industries : la construction navale.

« Pourquoi l’Europe veut-elle empêcher la Croatie de continuer à construire des navires ? » L’ingénieur Duje Kovacic, employé depuis quarante ans aux chantiers navals de Split, rumine la question sans parvenir à trouver une réponse. L’intégration européenne risque en effet de sonner le glas de la construction navale, l’une des plus vieilles traditions industrielles du pays. Avec sa longue façade maritime, la Croatie est une nation de navigateurs, de pêcheurs… et de chantiers. Lesquels devaient être totalement privatisés avant son entrée officielle dans l’Union, le 1er juillet.

 

 

En Suisse, y a-t-il de faux emplois pour vrais chômeurs (Morgane Kuehni) ? :

Les syndicats et le patronat s’apprêtent à renégocier, à la fin 2013, la convention d’assurance-chômage française. Ils devront trouver comment remédier au déficit de l’Unedic, alors qu’il n’y a jamais eu autant de sans-emploi dans le pays. Pendant ce temps, la Suisse, elle, pousse jusqu’à son terme la logique d’activation, c’est-à-dire la politique visant à remettre au travail ceux que l’on soupçonne toujours de fainéantise.

 

 

Philippe Warin évoque pour sa part la « face cachée de la fraude sociale » :

« La fraude sociale : ce sport national qui plombe notre économie » ; « Fisc, Sécu, chômage : ce que les fraudeurs nous coûtent » ; « Fraudeurs de la Sécu. Ceux qui ruinent la France » ; « La grande triche. Enquête sur les 15 milliards volés à la protection sociale » ; « La France des assistés. Ces “allocs” qui découragent le travail » … La meilleure façon de saper la légitimité de la protection sociale, c’est de laisser entendre qu’elle ressemble à une passoire. Les tricheurs se glisseraient aisément entre les mailles d’un filet trop lâche, et leur parasitisme finirait par transformer la solidarité nationale en une menace pour le pays. Le 8 mai 2011, au micro d’Europe 1, l’ancien ministre des affaires européennes Laurent Wauquiez n’hésitait pas à comparer l’« assistanat » au « cancer de la société française ». Conclusion (implacable !) : protéger la France impliquerait d’éradiquer la fraude ; et éradiquer la fraude, d’élaguer les droits sociaux.

 

 

Alain Gresh revient sur « l’impasse syrienne » :

Alors que se poursuivent les préparatifs de la conférence de Genève 2 sur la Syrie, la situation militaire a été marquée par la victoire des troupes gouvernementales appuyées par le Hezbollah à Qoussair, et par la décision des Etats-Unis d’armer les insurgés. Rien ne laisse augurer une fin prochaine des affrontements. Au contraire : le conflit prend un tour plus confessionnel et s’étend à toute la région.

 

 

Selon Tristan Coloma, le Premier ministre turc espère « rebondir » :

En juin, des dizaines de milliers de personnes, regroupées autour de la place Taksim à Istanbul, mais aussi à travers toute la Turquie, ont défié le gouvernement et dénoncé les dérives autoritaires du premier ministre, M. Recep Tayyip Erdogan. Si ce dernier a pu reprendre l’initiative, et si la contestation s’est calmée, ce mouvement aux multiples facettes reflète les changements de la société depuis dix ans.

« Capulcu » (« racailles ») : c’est ainsi que le premier ministre turc, M. Recep Tayyip Erdogan, qualifie les milliers de personnes engagées dans le soulèvement populaire qui défie son autorité ; un mouvement né en réaction à la brutalité de l’intervention policière contre les manifestants qui dénonçaient la destruction du parc Gezi, à Istanbul, le 31 mai 2013. Depuis, les réseaux sociaux ont adapté ce mot en anglais (chapulling) et lui ont donné cette nouvelle signification : celui ou celle qui se bat pour les droits de chacun. Or ils sont nombreux, actuellement, ceux qui en Turquie revendiquent leur volonté de « chapuller ».

 

 

 

L’Éthiopie va-t-elle capter les eaux du Nil (Habib Ayeb) ? :

La situation géopolitique du bassin du Nil a brusquement changé avec l’annonce officielle par l’Ethiopie de la mise en chantier du barrage de la Renaissance, sur le Nil Bleu. Cette décision a réveillé en Egypte la peur viscérale de manquer d’eau, avivant les tensions régionales autour du contrôle du fleuve.

« En tant que président de la République, je vous confirme que toutes les options sont sur la table, menaçait le président égyptien Mohamed Morsi le 10 juin dernier. L’Egypte est un don du Nil, et le Nil est un don de l’Egypte. » La réaction du Caire face à la décision d’Addis-Abeba de construire le barrage de la Renaissance sur le Nil Bleu s’explique par le sentiment que la vie de l’Egypte est suspendue à ce cordon fluvial.

« L’Ethiopie n’est pas intimidée par la guerre psychologique [menée par] l’Egypte et ne suspendra pas une seule seconde la construction du barrage », a rétorqué le lendemain Mme Dina Mufti, la porte-parole du ministère des affaires étrangères éthiopien. Le pays rejette l’idée d’un droit historique de l’Egypte sur les eaux du Nil, évoquant plus volontiers des « droits coloniaux illégitimes ».

 

 

Dominique Kerouedan demande comment la santé est devenue un enjeu géopolitique :

Ni l’altruisme ni la philanthropie n’expliquent la préoccupation des grandes puissances pour la santé mondiale. Mais plutôt des intérêts tantôt sécuritaires, tantôt économiques ou géopolitiques. Néanmoins, l’Europe pourrait mieux utiliser les fonds octroyés aux institutions internationales. La priorité revient à l’Afrique francophone, où se concentrent les défis des décennies à venir.

 

 

Un article de fond de Laura Raim sur la nouvelle science économique :

Longtemps, les économistes classiques ont élaboré leurs modèles comme si les humains étaient des machines à calculer. Echec. Nourrie de psychologie, l’économie dite comportementale étudie donc nos réactions et nos décisions afin de les anticiper. Et de les influencer par des incitations subtiles. Il suffirait en effet d’un simple coup de pouce pour remettre travailleurs et consommateurs sur le droit chemin.

La théorie économique dominante, dite « néoclassique », vit des jours difficiles. Non seulement les liens incestueux de ses spécialistes avec les institutions financières sont révélés. mais leur responsabilité dans la dernière crise éclate au grand jour. L’autorégulation se justifiait, avaient coutume d’expliquer les maîtres incontestés de la discipline, par la parfaite efficience des marchés, elle-même découlant de la rationalité sans faille des agents. Un conte pour enfants sages mis à mal par la crise financière.

 

 

Evelyne Pieiller  se demande si l’action peut redevenir « sœur du rêve » : L’art « engagé » est souvent soupçonné de trahir la cause... de l’art. Certes, il y eut des exemples destructeurs de créations soumises à des dogmes officiels, et des œuvres réduites à l’expression d’une thèse. Mais les choix esthétiques s’inscrivent toujours, même quand ce lien est nié, dans un ensemble de valeurs politiques : l’engagement se traduit réellement dans l’œuvre quand il interroge aussi les moyens artistiques.

 

 

Guy Scarpetta  revient sur l’ouvre de Carlos Fuentes : Un an après sa disparition, en mai 2012, sans doute le moment est-il venu de prendre toute la mesure du grand écrivain mexicain, au-delà de l’image un peu trop policée qui a souvent été donnée de lui.

La cause est entendue : ce qui qualifie les grands romans, c’est de produire des effets de vérité qui échappent à tous les autres systèmes de représentation ou d’interprétation ; de révéler une part de l’expérience humaine à laquelle seul l’art du roman permet d’accéder.

C’était là la grande thèse d’Hermann Broch, développée aujourd’hui par Milan Kundera, et que Carlos Fuentes, de son côté, n’a cessé de reprendre et d’amplifier.

 

 

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Published by Bernard Gensane - dans culture et politique
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lyonnais 01/07/2013 08:14

Il n'est pas moi mais de Pierre Mendès-France que nos "socialistes" ont curieusement oublié :

"Le projet de marché commun tel qu’il nous est présenté est basé sur le libéralisme classique du XXème siècle selon lequel la concurrence pure et simple règle tous les problèmes. L’abdication d’une démocratie peut prendre deux formes, soit elle recourt à une dictature interne par la remise de tous les pouvoirs à un homme providentiel, soit à la délégation de ses pouvoirs à une autorité extérieure, laquelle au nom de la technique exercera en réalité la puissance politique, car au nom d’une saine économie on en vient aisément à dicter une politique monétaire, budgétaire, sociale, finalement une politique au sens le plus large du mot, nationale et internationale."
Pierre MENDES FRANCE - Discours prononcé à l'Assemblée Nationale, le 18 janvier 1957

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