Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
28 août 2013 3 28 /08 /août /2013 06:16

La paradoxe du déclin du Royaume-Uni c’est qu’il a été concomitant d’un enrichissement matériel de la population et d’une augmentation régulière du taux de croissance (1% entre 1900 et 1913, 2,3% entre 1957 et 1965) et du taux de productivité (0% entre 1900 et 1913, 1% entre 1922 et 1938, 2,4% entre 1957 et 1965). Malgré cela, le pays est passé en cent ans de la première à la septième place pour ce qui est du PNB global et à la 26ème si on se réfère au PNB par habitant. C’est que le taux de croissance britannique a augmenté plus faiblement que celui des autres puissances industrielles. De 1967 à 1972, la production industrielle durant cette période faste d’avant le premier choc pétrolier a augmenté de 2, 2% par an contre 3% aux États-Unis, 3,6% en Allemagne, 3,9% en Italie, 4,7% en France et 9,2% au Japon. Ainsi lorsqu’en 1900 un Britannique recevait 100 du PNB un Italien n’en recevait que 47. En 1973, l’Italien avait rejoint le Britannique.

 

Dans la droite britannique la plus dure, on expliqua le déclin du pays par la trop grande puissance des syndicats – qui comptaient à l’époque environ 10 millions d’adhérents – et de la classe ouvrière en général. Par leurs demandes « exorbitantes », ils auraient ruiné le pays. Cette argument n’avait aucune pertinence si l’on se souvient que tous les gouvernements travaillistes, censés défendre les intérêts du salariat, se sont avérés financièrement parlant plus orthodoxes que les conservateurs (à l’exception de Margaret Thatcher) et qu’ils ont eux-mêmes fait voter des lois limitant les prérogatives, les acquis syndicaux.

 

 

La raison majeure du déclin britannique relève d’erreurs – conscientes ou non – de stratégie de la part de la classe dirigeante. Au cours du XXe siècle, les industriels et les financiers britanniques n’ont pas suffisamment investi dans le pays. Les outils de production sont devenus de plus en plus archaïques. Le taux de productivité a conséquemment baissé par rapport à celui des autres grandes puissances économiques : 100 pour le Royaume-Uni, 115 pour la France, 116 pour l’Italie, 127 pour l’Allemagne et 150 pour les États-Unis. En 1978, un an avant l’arrivée de Margaret Thatcher au pouvoir, si l’on divisait la valeur des outils de production par le nombre de travailleurs, on obtenait 7 500 livres pour le Britannique, 23 000 livres pour l’Allemand et 30 000 livres pour le Japonais. Évoluant dans une société moins “ ouverte ” que celle des Etats-Unis, peu soucieux de créer une économie nationale (malgré les campagnes « Buy British », la première datant de 1931, alors qu’il n’y avait plus grand chose à acheter), la classe dirigeante britannique ne s’est pas adaptée au monde en changement quand il le fallait, d’autant qu’elle se sentait confortée par les richesses de l’Empire ou du Commonwealth et par la puissance de la Cité de Londres, troisième place financière au monde. Rappelons que la Bourse de Londres est le premier marché mondial de l’assurance et de la réassurance, le second marché des produits dérivés, le premier des métaux non ferreux, le seul marché à terme du pétrole en Europe. Le mile carré de la “ City ” contient la plus grande concentration de banque étrangère au monde. Face à la concurrence des autres puissances industrielles, le pays s’est spécialisé dans le commerce, la finance et quelques techniques traditionnelles parfaitement dominées (le maximum de production dans le domaine de la sidérurgie a été atteint en 1970). Mais ce choix ne pouvait engendrer que des profits à court terme, sans réelle planification, sans politique économique à long terme. La classe dirigeante était duale avec, d’une part, les banques et quelques industries d’avant-garde et, d’autre part, le reste de l’industrie gérée rarement par les plus compétents car, traditionnellement, les élites d’outre-Manche préféraient embrasser les carrières libérales, voire la haute fonction publique.

 

Le pays a perdu son rôle dominant en tant que puissance exportatrice. La mention « Made in England » s’est raréfiée. En 1899, 33% des exportations mondiales étaient britanniques contre 25% en 1950, 9,7% en 1979, le pays étant désormais devancé par la France, le Japon, l’Allemagne et les États-Unis. La balance commerciale fut le plus souvent déficitaire. De fait, le commerce visible britannique a toujours été en déficit, une des raisons principales du déséquilibre de la balance des paiements après 1945 étant le coût des dépenses militaires et l’investissement massif à l’étranger.

 

(à suivre)

Partager cet article

Repost 0
Published by Bernard Gensane - dans culture et politique
commenter cet article

commentaires

  • : Le blog de Bernard Gensane
  • Le blog de Bernard Gensane
  • : Culture, politique, tranches de vie
  • Contact

Recherche