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28 septembre 2013 6 28 /09 /septembre /2013 06:09

 

Pour résorber la pauvreté et le chômage, les conservateurs n’avaient que faire d’une politique sociale : il suffisait de « créer de la richesse », le rôle de l’État n’étant pas d’offrir des emplois, de réguler, de planifier mais d’aider les entreprises  à accroître leurs marges de profit en rendant le marché du travail plus « flexible » (un vocable qui fait fureur dès le début des années 1980). Il faut désormais selon le principe de l’adhocratie (du latin ad hoc), une configuration qui mobilise, dans un contexte environnemental instable et de plus en plus complexe, des compétences (et non pas des savoirs) afin de résoudre des problèmes précis dans un souci d’efficacité maximum. Le travailleur est pris dans un « groupe-projet » relativement autonome, mais à l’intérieur duquel il n’a, quant à lui, aucune autonomie. Ce mode de fonctionnement implique le plus grand pragmatisme, et surtout aucune remise en cause de quoi que ce soit, aucune réflexion globale sur le système.

 

Margaret Thatcher croyait au dynamisme spontané des entreprises, aux théories philosophiques ultralibérales inspirées d’Adam Smith pour qui l’individu a un besoin naturel de créer de la richesse. Cette philosophie implique une forte division du travail, une répartition toujours plus spécialisée du processus de production, donc une meilleure productivité.

 

 

Ce bouleversement idéologique ne pouvait que plaire à des classes moyennes frustrées, en quête d’un nouveau Far West. Dans les manifestes électoraux du parti conservateur pour 1979 et 1983, le primat allait à l’économie capitaliste. Afin de redonner de l’oxygène à l’entreprise privée, les conservateurs proposaient de « légiférer de façon à limiter les augmentations excessives et irresponsables des impôts locaux décidées par des assemblées locales trop dépensières, et pour mettre en place une limitation générale des augmentations d’impôts locaux qui serait employée si nécessaire à l’encontre des autorités locales. » On observe donc que ces conservateurs « libéraux », membres d’un parti fondé à la fin du XVIIe siècle par une aristocratie campagnarde souhaitant résister au pouvoir de Londres, savait être terriblement interventionnistes et dirigistes.

 

J’ai écrit ailleurs comment me fut révélé le thatchérisme, un matin de rentrée des classes dans un petit village résidentiel du Yorkshire au début des années 1980. Une manière d’épiphanie.

 

J’accompagnais des amis anglais, conservateurs bon teint, qui inscrivaient leurs enfants dans l’école publique du village. Je fus décontenancé de voir des parents sortir de leur portefeuille des billets de cinq livres et les donner à tel ou tel membre du personnel de l’école. De quelles mystérieuses transactions s’agissait-il ?

Des coupes sombres – et même franchement claires – ayant sérieusement affecté l’enseignement (je ne parle même pas de la suppression de la pinte de lait quotidienne par Thatcher quand elle avait été ministre de l’Éducation et des Sciences au début des années soixante-dix), les écoles durent trouver de nouvelles ressources. D’où, dans cette école comme dans d’autres, la création de clubs de toutes sortes (photo, football, philatélie, aéromodélisme etc.) que les enfants ne pouvaient fréquenter que contre espèces sonnantes et trébuchantes. Comme je me trouvais dans un environnement bourgeois et de droite, je n’entendis aucune récrimination parentale.

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Published by Bernard Gensane - dans culture et politique
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